La remarque est de HoUding, op. cit., p. 415, note
rains par où seulement nous nous distinguons de la bête. En dehors de là, il n'y a que les poussées de l'instinct ou les réactions de l'automatisme, et par suite une vie qui se dégrade, qui s'enlize dans des habitudes que nous n'avons pas choisies et qui, en dehors d'elles, flotte auvent mobile des impressions — une vie analogue au rêve, dispersée,, incohérente, absurde et dont il ne reste rien, ou, du moins, rien de bon. Ou, s'il y a une différence avec la vie de rêves, elle est faite précisément pat une série de petites résolutions à courte vue, destinées à corriger au fur et à mesure ce qu'il 5 a de trop instinctif ou de trop absurde dans la poussée du moment.
Car, même ceux qui condamnent les résolutions en prennent, malgré eux, pour rester des hommes. Il n'y a que les brutes qui s'en passent, parce qu'elles sont des brutes, — et les fous, qui sont fous parce qu'ils s'en passent. Quant à l'homme normal, il en fait usage, non seulement pour se marquer un but et y atteindre, mais encore pour grandir, par l'exercice, sa raison et surtout sa liberté. La liberté, en psychologie comme en politique, « se prend », et « c'est en forgeant qu'on devient forgeron1 ».
1. La pression dynamométrique (exprimant l'effort momentané et volontaire) est faible chez les nègres, les sauvages, les manouvriers ; elle est forte dans les professions libérales. Cependant, la force musculaire réelle est inversement faible chez ceux-
2° Efficacité de la résolution. — Si la résolution est nécessaire, elle est aussi efficace. C'est une force vraie et considérable qu'on introduit dans sa conscience au bénéfice de lacté qu'on a décidé d'accomplir.
Elle constitue, en effet, une idée d'une force particulière, très incarnée, très riche et très complexe (Voyez p. 121, 1, 1°). Elle est précise d'abord, elle sait où aboutir, et la voie est toute tracée à son évolution ; elle est, de plus, considérée comme possible, pratique, réalisable, dans telles et telles circonstances, de telle et telle manière ; mieux que cela : elle apparaît comme nécessaire, c'est « ce qu'il faut faire », et, par suite, si elle n'exclut pas psychologiquement les idées contraires, du moins elle les affaiblit, ou elle en renverse l'influence en les présentant comme mauvaises, haïssables; ellemême, au contraire, pèse de tout le poids des motifs adoptés, et elle se fait des alliances, elle s'associe, non seulement aux conditions voisines
ci, et forte chez ceux-là. S'il s'agit d'actes habituels, de la tâche quotidienne des manouvriers, par exemple, il est à prévoir que les académiciens leur feront une assez pauvre concurrence. Mais la pression au dynamomètre ne mesure pas la force musculaire brute n\ celle que peuvent exercer spontanément les centres nerveux; elle mesure la force musculaire^ la disposition d'un acte de volonté libre, d'une résolution. Or, dans les professions libérales, on a conquis par l'usage une liberté psychologique plus étendue, l'idée de la résolution est plus riche et plus complexe : voilà pourquoi, avec un moindre capital do forces musculaires, on peut en utiliser davantage.-— Cf. Grasset, op. cit., 128 ; — et Féré, Sensation et Mouvement, 2* éd., Alcan,
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de l'acte, mais encore aux conséquences de son omission et à toute la synthèse de la conscience ; enfin elle est décidée, résolue ; nous pensons avec plaisir à sa réalisation, nous l'anticipons, cet acte à faire nous apparaît déjà comme nôtre, comme faisant partie de notre moi1 ; et, en plus des énergies qui viennent à une telle idée, de cette richesse et de cette complexité de pensées, de souvenirs, d'images, de sensations, groupés ensemble de tous les horizons en une large synthèse et concentrant, à un moment donné, toutes les forces de la conscience, elle reçoit la poussée du vouloir qui met h sa disposition la maîtrise actuelle qu'il exerce sur les forces de l'organisme.
Eh bien ! si la moindre idée, la plus ténue, la plus inconsistante ne peut passer en nous sans y mettre une force impulsive, je dis que l'idée de la chose nécessaire et résolue, que la résolution y met un appoint énorme pour l'action correspondante.
Regardons les faits : ils sont d'accord avec la théorie.
Si l'acte résolu est immédiatement réalisable, il s'exécute, sans autre intervention de la conscience ; et il suffirait au spectateur de constater sa non-exécution pour affirmer avec certitude que la résolution n'est pas sincèree c'est-à-dire qu'elle n'a
i. Voyez Holding' op. cit., p. 427.
pas été prise. « Je me lèverai, dit le Prodigue, j 'irai vers mon Père et je lui dirai. . . Surgam. ..ibo... dicamque ei... » — Et qu arrive-t-il? — « Et surgens... venit... dicitque ei... Il se lève, il va et lui dit... » Sa résolution était sincère, elle pouvait se réaliser, elle se réalise.
Si l'exécution est à échéance plus ou moins éloignée, elle est préparée du moins par la résolution, Tordre est transmis, les réserves de force sont emmagasinées dans les centres nerveux; le polygone, pour parler comme M. Grasset1, ou la subconscience, pour parler comme M. Janet, garde Tordre reçu, et, le moment venu, ponctuellement Texécute, — à moins de contre-ordres, ou de résistances nouvelles introduites dans Torganisme, ou d'obstacles imprévus. Mais, que le contre-ordre puisse supprimer Tordre, cela va de soi; que des résistances nouvelles ou que des obstacles imprévus puissent contrecarrer les forces existantes, si cela prouve que ces forces ne sont pas infinies, cela ne prouve pas qu'elles soient nulles ; et qu'elles suffisent à elles seules, quand on laisse le tout en état, cela prouve qu'elles sont considérables. Or elles suffisent, et en voici des exemples :
« Une fois que nous nous sommes préparés à
4. Op. cit., p. 40-154. Il distingue Je centre psychique supérieur d'où part l'influence de la personnalité consciente, et le « polygone des centres automatiques j> qui, présidant au psychisme inférieur, transmettent les ordres du centre, ou parfois prennent l'initiative des actes d'exécution.
exécuter un mouvement, l'attention n'a qu'à se porter sur l'image kinesthésique (c'est-à-dire l'image du mouvement) pour que le mouvement s'accomplisse avec facilité et rapidité1. » Le gymnaste, par exemple, a résolu d'exécuter certains exercices, dans une séance; la séance venue, il prend son trapèze, il pense aux mouvements, et ils s'exécutent, sans appoint nouveau de la volonté. On a « montré que, lorsqu'on s'est une fois préparé à l'exécution d'un certain mouvement sur un signal donné, le mouvement a lieu involontairement, sans que sa production demande du temps et sans qu'une nouvelle volition soit nécessaire. Au contraire, il faut un certain temps pour supprimer cet état de préparation ou annuler en quelque sorte la première volition » par une autre, pour s'empêcher d'agir; « et si le signal est donné avant qu'on y soit parvenu, le mouvement peut se produire... malgré notre volonté2 ». Il est assez clair par là que la résolution avait laissé une force dans l'organisme, puisque la volonté même ne peut pas toujours l'arrêter à temps.
L'acte peut même s'exécuter sans conscience ; par exemple, quand on prend des résolutions à repère, quand on se dit : Je ferai ceci ou cela dans telle circonstance, à tel signal, après telle action, etc. Il