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CHAPITRE II L'EXPLICATION DE LA LOI

Les phénomènes psychologiques qui ont fait, une fois, partie d'un même état de conscience, tendent à se rappeler ensuite les uns les autres. Or, l'acte a été, en d'autres circonstances, l'aboutissement d'un certain état affectif; il se trouve de la sorte lié avec lui par l'habitude, qui est comme le souvenir de l'organisme. Il est donc à penser que désormais chacun des deux phénomènes, acte ou état affectif, évoquera l'autre. Telle est la première explication qui se présente à l'esprit.

Mais est-ce bien une explication? Si nous comprenons maintenant pourquoi le sentiment suscite l'acte1, nous ne comprenons pas encore pour-

1. Il n'est pas autre chose, en effet, que l'idée à moitié chemin déjà «Je son évolution normale, nous l'indiquerons mieux

quoi l'acte suscite le sentiment ; et si nous constatons l'analogie ou la réciprocité des phénomènes, rien ne nous a montré jusqu'ici l'identité des causes.

On peut bien essayer de transposer, pour ainsi dire, l'explication une octave plus bas et de dire que les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs ayant pris l'habitude d'agir ensemble, il est naturel, quand les moteurs sont ébranlés par l'acte, que les sensitifs entrent en jeu à leur tour.

Ce n'est peut-être pas aussi naturel qu'on veut le dire. Les nerfs sensitifs ont pris l'habitude d'agir, non pas en même temps ni après, mais avant les moteurs; et quand je fais comme si j'avais tel sentiment, ils ont agi déjà pour amener, par l'intermédiaire de3 centres nerveux, l'acte qui est en train de s'accomplir. Ils ont joué leur rôle, quand les nerfs moteurs entrent en scène. Ceuxci peuvent les rappeler, les remettre en branle peut-être par un choc en retour ; ou plus exactement d'autres nerfs sensitifs peuvent constater les mouvements qui s'accomplissent et en rendre témoignage ; mais il en résultera quoi? — Une sensation de mouvement, une sensation que l'acte est accompli : il reste à dire comment tout cela provoque le sentiment.

Que si l'on descend un peu plus bas encore,

tout à l'heure ; il faut donc dire de lui, à plus forte raison, c$ qu6 nous ayons dit de l'idée : i! mcline à l'acte*

pour nous parler d'un contre-coup mystérieux sur le gr.°nd sympathique, sur l'état des vaisseaux et le reste, tout cela est bien mystérieux pour être une explication. Il faudrait dire pourquoi, ou du moins comment l'acte dispose ainsi l'organisme, et ne pas se contenter de traduire, sous prétexte de le résoudre, le problème psychologique en langage physiologique.

Et même cette traduction, qui est toujours imparfaite, se trouve, dans l'espèce, être un contresens. Elle semble dire — et on a voulu lui faire dire1 — que les sentiments étaient constitués par un état particulier de notre vie physiologique et spécialement du système vaso-moteur; que l'idée ou la conscience ne sont qu'une sorte d'épiphénomène, une addition accessoire et accidentelle l'envers psychologique du sentiment déjà créé par la physiologie, l'écho perçu, mais qui pourrait ne pas l'être, du mouvement des forces organiques. Non, la conscience, l'idée n'est pas un écho; c'est un chantre endormi que l'organisme réveille, mais qui., sur. l'instrument bien ou mal accordé, va chanter sa propre chanson. Quels que soient les efforts et la science déployés en faveur de l'autre thèse, les faits violentés protestent, et, en dehors même des raisons générales qui ne permettent pas

1. Par exemple, G. Lange, op. cit.; — W. James» Théorie de témotion, Alcan, 1902; — A. Monso, la Peur, Alcan, 1886 — Th Ribot, Peyoholo&w <*** tentimentê, Alcan, 1896,

d'expliquer les états de conscience par la physiologie, ou, en d'autres termes, le simple par Tétendu et la vie par la matière, il y a des raisons spéciales de mettre le sentiment au-dessus du processus physiologique.

KXPLICÀTION PROPOSÉS

Qu'est-ce que le sentiment1? Qui ne le sait... aussi longtemps qu'on ne le lui demande pas Y Le difficile est de le dire d'un mot limpide et sûr.

Du moins, nous savons le reconnaître dans la pratique, et nous constatons qu'il y en a toute une gamme, depuis la vague sensation de bien-être ou de malaise, jusqu'aux sentiments esthétiques, moraux et religieux. Or, à travers toute la gamme, même si je suppose que c'est l'organisme qui vibre, je suis obligé d'admettre que c'est l'idée qui choisit la touche du clavier et détermine la note. En d'autres termes, l'état physiologique n'est, au plus, que l'élément indéterminé, la matière du sentiment, dont l'état particulier de la conscience fera la forme.

1. Nous prenons ce mot dans le sens le plus large, pour dési«> gaer tout phénomène de l& vie aifcctiYf,

Prenez, par exemple, le sentiment que provoque un soufflet. Certes, la physiologie y a son rôle ; mais supposez le résultat physiologique parfaitement connu, vous ne savez encote rien du sentiment de la victime. Pour en connaître la nuance et le degré, il vous faut savoir les idées qui accompagnent le choc sur l'organisme. Si, pour un motif quelconque, il n'y a que la sensation de la joue heurtée, il n'en résulte qu'une douleur physique; si, au contraire, cet homme a vu le geste et en a compris l'intention, il y a aussi douleur morale, et son degré comme sa nuance dépendront des idées que cet homme se fait sur l'honneur, sur l'insulteur, sur les témoins, sur les conséquences, etc. C'est elle, donc, qui travaille le phénomène organique et donne au sentiment son cachet propre. Pourquoi encore la douleur est-elle plus profonde chez les civilisés que chez les barbares, et presque nulle chez la bête et le petit enfant? Sans doute la délicatesse de l'organisme y entre pour quelque chose; mais c'est le rôle de l'idée surtout qui explique ces différences. La bête — et le petit enfant un peu comme la bête, le barbare un peu comme l'enfant — ne sent que la douleur présente, ne l'agrandit pas, ne l'envenime pas avec la pensée, ne la relie pas avec ses causes ou ses conséquences. C'est par le souvenir du passé et la préoccupation de l'avenir, par tout ce que nous mêJoPs d'idées

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