‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 61 sur 91 · EXPLICATION PROPOSÉS · texte numérisé non relu

EXPLICATION PROPOSÉS

plus abstraite, tend à s'incarner, à remuer quelque chose dans l'organisme et à s'avancer vers les actes, c'est-à-dire évolue vers des idées de plus en plus sensibles et senties : et voilà expliqué le rôle de l'organisme que l'expérience peut relever parfois dans les sentiments les plus nobles, sans bien distinguer peut-être s'il en est une partie essentielle ou un simple contre-coup.

Dans les sentiments inférieurs, où l'organisme joue, dès le début, un rôle manifeste, que cette modification organique soit le point de départ d'une sensation ou le résultat, au contraire, d'une idée préexistante, il importe peu; dans les deux cas, la conscience de cet état perçu comme bon ou mauvais constituera le sentiment.

Qu'il s'agisse enfin d'un sentiment supérieur ou inférieur, à mesure qu'il s'exalte ou se heurte à d'autres tendances, l'ébranlement de l'organisme peut s'exagérer et le sentiment devenir une émotion. Le développement exagéré du choc physiologique nous parait en effet conduire le sentiment à l'émotion '•

t. C'est pour cela qu'on peut souvent distinguer deux stades dans les phénomènes affectifs : dans le premier, les éléments intellectuels sont abondants et la conscience perçoit clairement la qualité de ses modifications affectives (joie, tristesse, admiration, crainte, respect, etc.) : c'est le stade du gentiment proprement dit. Dans le second, par suite d'actions et de réactions du cerveau sur les organes et des organes sur le cerveau, la force du phénomène s'accroît, mais les éléments intellectuels diminuent : c'est le stade de Y émotion.

La qualité et la force de l'état affectif paraissent donc être ea

Nous reprendrons ailleurs ces explications, avec plus de développements. Nous les avons indiquées ici pour la clarté de ce qui doit suivre ; mais elles ne sont pas indispensables à la démonstration présente. Il nous suffit présentement que l'idée entre comme élément essentiel dans l'état affectif . Or, en toute hypothèse — soit que tout sentiment s'appuie sur un état physiologique préexistant, de sorte que le sentiment élémentaire constitue le sentiment fondamental et que les autres ne s'en distinguent que par l'idée qui les accompagne; soit que tout sentiment se définisse par la conscience d'un bien ou d'un mal, et que l'idée, au moins pour les sentiments supérieurs, en constitue l'élément primitif; dans Tune et l'autre

raison inverse Si l'élément intellectuel s'accroît, le sentiment tend à se transformer dans un phénomène de connaissance, et à n'avoir plus de prise sentie sur l'organisme. Si, au contraire, c'est l'ébranlement organique qui augmente, la connaissance tend à disparaître et l'émotion, si elle ne se décharge pas dans l'acte correspondant, devient une simple agitation vague et diffuse. De même, si, par des moyens mécaniques, ou par l'absorption de certaines substances, on arrive à produire l'élément physiologique de l'émotion, sans susciter l'idée correspondante, on n'aura pas une vraie émotion, mais « un processus indéterminé de décharge ». Or, « pour l'observation interne, cette différence est très importante, quand bien même elle ne tomberait pas sous les yeux de 1* bservateur externe » (Hoffding, op. cit., p. 351). Elle confirme, notre avis, que l'idée est essentielle à l'état affectif.

Toutes ces remarques sont bien d'accord avec ce que nous avons établi dans notre premier principe : l'idée évolue vers les actes; au sommet, la pensée; au bout, l'action; dans l'intervalle, la part intellectuelle diminuant toujours, au fur et à mesure que la part matérielle augmente. La matière et la pensée sont donc aussi partout et toujours en raison inverse.

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