EXPLICATION PROPOSÉE
hypothèse, nous avons vu que l'idée reste Vêlement indispensable et principal pour la production d'un sentiment quelconque. Comme d'ailleurs l'élément physiologique, s'il n'est pas donné du dehors ou provoqué — ce qui reste obscur — par l'acte correspondant, peut toujours être produit par l'évolution de l'idée, il nous suffira donc d'expliquer l'existence de cette idée pour rendre compte de l'origine du sentiment. En d'autres termes, toute notre explication se ramène à dire comment, quand je fais comme si j'avais le sentiment que je veux avoir, cet acte m'en suggère l'idée efficace.
On voit que, ramené à ces termes, le problème n'existe presque plus.
Il est impossible, en effet, que cet acte, surtout quand il est accompli, comme c'est le cas, avec attention et intention, ne suggère pas au moins l'idée de lui-même. Or nous savons que toute idée tend à se réaliser. Cette id43 de l'acte va donc évoluer vers son accomplissement et tendre à le répéter. Mais le sentiment est la phase du phénomène où l'acte futur, déjà indiqué par l'idée comme possible, apparaît à la conscience comme bon, désirable, à faire, et où la tendance se précise donc pour y aboutir; en d'autres termes, c'est l'intermédiaire normal entre l'idé* d'un acte et sa réalisation ; et voilà pourquoi, puisque l'idée tend h se réaliser, l'accomplissement répété d'un acte,
en suggérant l'idée de lui-même, suscitera peu à peu le sentiment qui est le trait d'union normal entre cette idée et son exécution.
L'explication vaut môme pour les sentiments supérieurs. Pour les autres, elle est encore plus manifeste : l'idée est donnée au vivant pour faire la mise au point de ses tendances, pour adapter son activité à l'acte qui convient (p. 71) ; voilà pourquoi, avons-nous dit, toute idée tend vers l'acte correspondant. Au sommet de la série psychologique, au point de départ, il y a donc une idée plus ou moins rapprochée de la pensée pure; tu terme final, il y a un acte, un résultat plus ou moins mécanique ; entre ces deux points, la transformation de l'idée en acte se fait en perdant de plus en plus de son intellectualité pour s'enfoncer à mesure et finir par disparaître dans l'organisme. Or, le point où l'idée garde encore assez d'intellectuaiité et où déjà elle a produit assez de modifications organiques pour que la conscience témoigne à la fois de ces deux éléments, c'est le point où le sentiment commence. Puisque l'idée tend normalement vers les actes et que le sentiment se trouve ainsi au point de transition entre l'idée et l'acte, il est donc normal que l'idée passe par le sentiment. Mais en faisant un acte comme si j'avais le sentiment, je me donne l'idée même de cet acte; je mets donc en moi une force qui va tendre à susciter spontanément, par voie d'évo-
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lution psychologique, l'acte que je viens de faire avec effort, par un à-coup de ma liberté. Or, cette force psychologique, en se dégageant d'intellectualité, comme nous venons de le dire, pour se transformer en acte, sera au point de transition, précisément le sentiment que je cherche — du moins si son évolution peut aller jusque-là.
Ira-t-elle jusque-là?
Oui, à trois conditions*