PRISE DE LA LIBERTÉ SUR LA PASSION
pour devise : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Il s'appelait François de Sales.
La poussée originelle d'où la passion dérive — appétit ou inclination — est d'ailleurs tellement indéterminée, que le vouloir libre peut seul décider du point précis où elle s'orientera.
L appétit est le même chez tous les êtres de même nature, puisqu'il n'est que la poussée normale de cette nature (p. 233); chez l'homme, il demande du bonheur; mais, si personne n'échappe à ce besoin, chacun décide de la satisfaction à lui donner. Sans doute, le succès dépend d'un bon choix ; mais le choix, bon ou mauvais, dépend de la liberté.
L'inclination, si elle est déjà moins vague que l'appétit, l'est assez cependant pour que, entre elle et la passion, le fait — sinon le moment — de l'intervention de la liberté soit manifeste. Tel homme a une tendance marquée à l'ambition; mais il la tournera vers la littérature ou la politique, vers les spéculations de bourse ou les rêves de conquête. Qui en décidera? Un peu les circonstances; mais pas h rencontre de sa liberté. La femme tient de ses inclinations une grande vitalité affective1, un besoin presque fatal de passion;
1. Son organisée plus frêle est plus facilement ébranlé, ses aerfs plus délicats sentent plus vivement la modification, le dcatoaete; son imagination pins vive, ses désirs souvent pm#
it
mais elle se passionne pour le devoir aussi bien que pour le plaisir, pour l'idéal aussi bien que pour les fanfreluches, et sa vie affective peut se concentrer dans un égoïsme féroce ou s'épanouir en de merveilleux dévouements. Les êtres ardents, trépidants, pour ainsi dire, tourmentés du besoin d'agir, poussés à l'extrême, sont également capables de l'extrême en bien ou en mal, et euxmêmes répètent volontiers qu'ils seront des saints ou des scélérats.
La passion ne s'explique donc pas uniquement par l'appétit ou les inclinations : elle en reçoit l'impulsion, comme la balle du fusil la reçoit de l'explosion de la poudre; mais c'est la visée, c'est l'intervention de la liberté qui fait la direction. La coulée jaillit du haut fourneau ; mais c'est le moule creusé dans le sable mouvant des actes libres qui va lui donner sa forme. Le train s'élance sous la poussée de la vapeur ; mais c'est l'aiguillage qui décide de la route qu'il va suivre.
Quand la passion se forme spontanément, sans idée préconçue, par acquisitions lentes, elle comporte une multitude de petits à-coups de volonté à portée réduite, comme le train parfois
ardents augmentent encore la portée du choc : voilà l'état effectif. D'ailleurs, moins apte ou moins habituée que l'homme au raisonnement, elle profite moins du pouvoir de diminuer, en l'intellectualisant, l'état affectif une fois créé. Plus de facilité à sentir et à s'abandonner au sentiment, c'est ce que j'appelle plus de vitalité affective.
PRISE DE LA LIBEKTÊ SUR LA JPASSÎOfl 24,1
n'est mis sur sa direction définitive que par une série d'aiguillages. Mais il y a aussi des passions auxquelles on peut, d'un seul aiguillage, ouvrir la voie jusqu'au bout. Ce sont celles qui naissent non plus avec la permission plus ou moins explicite de la volonté, mais sur son ordre formel. De même, en effet, qu'on peut empêcher la passion d'être — nous venons de le voir, — on peut délibérément, par un choix réfléchi, décider qu'elle sera — - nous en donnerons la preuve en quelques mots.
Elle se tire de ce que nous savons déjà. La passion est caractérisée par l'attention et le sentiment en permanence; or il dépend de la liberté de fixer l'attention et d'arriver graduellement à pouvoir la maintenir en permanence ; et il dépend de la liberté d'agir comme si on avait déjà le sentiment qu'on désire avoir; mais de la sorte, suscité par l'idée et par les actes, le sentiment voulu naîtra et se développera de plus en plus, jusqu'à devenir permanent, et ce sera la passion.
Nous reviendrons sur cette méthode quand nous parlerons des applications pratiques ; il nous suffit maintenant de l'avoir signalée pour conclure qu'il dépend de nous de créer une passion délibérément, comme il dépend de nous de l'empêcher de naître, et que, par conséquent, Y origine âe la passion est sous la prisa de la liberté.
2° Il en est de même de sa durée.
Sans doute, — et cela découle de toute noir©
étude, — la passion, dans la mesure où elle existe, diminue !a liberté. C'est une force qui, nne fois introduite dans la conscience, y évolue spontanément d'après ses lois par un chemin et vers un but déterminés.
Or la liberté d'un être consiste précisément à n'être pas déterminé; c'est la puissance pratique de choisir entre deux actes ou deux séries d'actes contradictoires. Ces deux forces, passion et volonté, peuvent agir de concert, et elles s'additionnent, quand elles visent en fait le même résultat; mais, quand elles entrent en conflit, elles s'opposent de face, et tout ce que l'une gagne, l'autre le perd, et réciproquement.
Toutefois, tant que la passion ne va pas jusqu'à la folie1; en d'autres termes, tant qu'il reste un minimum de raison et, par là, de liberté (p. 78 et suiv.), celle-ci est assez forte pour abattre sa rivale. Voici pourquoi :
Nous avons dit que l'attention en permanence est un des éléments essentiels de la passion, et que la répétition des actes constitue son développement normal, sa floraison, pour ainsi dire. Or, la liberté peut l'atteindre dans ces deux points, et
I. Bile irait jusqu'à la folie si elle absorbait à la lettre tout le efcamp de conscience. Il n'y aurait alors plus rien en dehors d'elle avec quoi la comparer et la juger. Les autres faits, sle principes, etc., seraient comme s'ils n'étaient pas — ou plutôt, psychologiquement, ne seraient pas. En somme, une UUe i serait Mmhfofele à cette d# l'hypnotique.