‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 75 sur 91 · PRISE DR LA LIBERTÉ SUR LA PASSION · texte numérisé non relu

PRISE DR LA LIBERTÉ SUR LA PASSION

par suite l'étioler en paralysant ces actes et la dissoc^r en supprimant l'idée fixe.

Comment la liberté peut-elle réussir à cette tâche? Par l'emploi de nos deux premiers principes.

a) On connaît la formule du premier : « Entretenir des idées conformes aux actions que Ton veut faire. » Et inversement : « Ne pas entretenir des idées conformes aux actions qu'on veut éviter. »

Il faut, par conséquent, ne pas entretenir l'idée fixe de la passion, et peu à peu introduire d autres idées à la place.

C'est difficile, mais c'est nécessaire, et il suffit donc que ce soit possible. C'est possible.

L'idée fixe, l'attention permanente, provoquée au début ou acceptée librement, est devenue automatique, j'en conviens ; mais la liberté peut du moins ne pas lui prêter main-forte, ne pas s'y associer, ne pas y consentir ; elle peut aussi, de temps à autre d'abord, puis, de plus en plus souvent, introduire d'autres idées, détourner l'attention sur autre chose; cela revient à ne pas jeter des sarments nouveaux dans le feu et à faire la chaîne le plus vite possible pour y jeter de l'eau : c'est assez pour qu'il s'éteigne. L'essentiel pour réussir est de « tenir bon », de se mettre à la tâche résolu à ne pas capituler, à ne jamais fixer volontairement l'idée qu'il faut détruire, et à fixer déplus en pius souvent l'attention sur autre chose

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C'est dissocier la passion en lui supprimant un élément essentiel ; c'est en dessécher la sève dans les racines.

Mais, b) il faut aussi la dépouiller de ses actes. C'est à quoi peut servir le deuxième principe : « Agir comme si on avait le sentiment qu'on veut avoir. » Et inversement : « Ne pas agir conformément au sentiment qu'on veut détruire. »

Les actes presque toujours restent libres. Nous savons que s'ils s'accomplissentconformesà la passion, ils la renforcent. Ce sont encore des sarments qui avivent le feu. Il faut les supprimer, et les remplacer, en abondance, par les actes contraires.

L'essentiel, ici encore, est de ne pas faire de concession.

Le feu — celui de la passion comme l'autre — ne se rassasie pas de ce qu'on lui donne à brûler, il s'en nourrit et il s'en exalte. Ne lui donnez rien, ni par les idées ni par les actes : c'est le réduire par inanition. Accablez-le, autant que vous le pouvez, sous des idées-ou des actes contraires : c'est procéder par extinction. Enfin, il y a une troisième méthode, souvent applicable, qui est celle de substitution, elle consiste à créer une passion à la place de la première; nous avons déjà dit tout et l'heure (p. 239 sq.) pourquoi elle est possible ; nous aurons bientôt l'occasion d'expliquer comment on peut s'y prendre pour réussir.

Sachant ce qu'est la passion, quelle force im-

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