P. Jaaet, Automatisme
FAITS TlliÉS DE L*IIY&TÉRIE 43
Tidée directrice, tous les expérimentateurs nous le répètent à l'envi.
En somme, suggérées ou non, les idées de l'hystérique manifestent la triple tendance à l'acte, à la persistance, au développement.
Dans le sommeil, par le rétrécissement du champ de conscience et l'extrême fragilité de la synthèse, l'homme normal se rapproche de l'hystérique ; et cependant, s'il est manifeste que l'idée alors descend très vite vers la sensation et le sentiment, s'il est manifeste que l'acte extérieur luimême se déclenche parfois automatiquement, par exemple chez les somnambules; l'expérience démontre aussi que, dans la plupart des cas, l'évolution de l'idée s'arrête en route et n'arrive pas à influencer les organes moteurs. N'y a-t-il pas dans ce fait une exception évidente à la loi que nous essayons d'établir?
Il y a une objection; mais on peut y répondre, et l'exception est facilement explicable.
L'idée tend, comme toujours, à poursuivre son évolution jusqu'au bout; mais les conditions physiologiques s'y opposent. Un des caractères habituels du sommeil est d'engourdir les membres ou, pour parler comme les biologistes, de désarticuler les neurones.
Comment se fait cette désarticulation? L'onde nerveuse, pour aller exciter les muscles, doit-elle
passer, comme un courant électrique, à travers un filet nerveux continu ; ou bien, comme dans la télégraphie sans fil, par des vibrations hertziennes à travers les espaces intercellulaires? Est-ce que, dans le sommeil, les neurones perdent le contact de l'un à l'autre., en se repliant sur eux-mêmes pour se reposer, d'après une théorie naguère à la mode1? Ou bien, d'après celle qui prévaut aujourd'hui, est-ce qu'ils ne sont plus harmonisés par suite du travail de nutrition qui trouble, pour un temps, les conditions de leur milieu et leurs relations réciproques2? Peu importe; un fait reste certain, c'est que l'onde nerveuse ne passe pas ou passe mal ; c'est que les neurones, quel que soit leur mode d'articulation (d'adaptation fonctionnelle), sont alors désarticulés.
4. C'est l'hypothèse émise par le professeur Lépine et popularisée par Mathias Duval (Histologie, Masson, 1897, p. 846 et passim). Elle est très simple et très « élégante»; mais nulle expérience n'est venue la confirmer et, malgré sa jeunesse, elle est déjà vieillie.
2. C'est la théorie du professeur Renaut, appuyée sur ses expériences et en particulier sur sa découverte du dispositif perlé, une série de renflements du filet nerveux, gorgés de plasma et enfilés comme des perles. Ils semblent varier en fonction du passage de l'onde nerveuse, et on peut supposer qu'ils ont pouï mission d'accorder les filaments réceptifs avec les filaments inducteurs. Voyez le discours du professeur Renaut sur le Neurone et la Mémoire cellulaire, pour la Rentrée solennelle de l'Université, le 3 novembre 1898, à Lyon, chez Storck, p. 23 et suiv. — Cf. du môme auteur, Traité d'histologie pratique^ Ruef, 1899, p. 677 sqq. et 796 sqq.
FAITS TIRÉS DE L'HYSTÉRîB 4&
C'est pour cette raison que la force psychologique qui descend de l'idée vers Pacte n'aboutit pas, comme le courant électrique coupé par un interrupteur ou comme la vibration hertzienne, dans un système désaccordé. S'il y a parfois des idées qui passent jusqu'à l'acte, c'est que nos organes ne sont pas tous également endormis1, ou que l'idée a été assez forte pour réveiller l'organe en question ou même tout l'organisme et rétablir le courant. Ainsi les réflexes, auxquels suffit un minimum de courant vital, ne s'endorment pas ou se réveillent au moindre choc, comme on peut le voir en chatouillant la main du dormeur qui aussitôt se retire; ainsi la chute imaginaire dans l'abîme creusé par le cauchemar nous éveille brusquement sous le choc de l'émotion, qui est assez énergique pour rétablir les contacts; ainsi encore les femmes et les enfants, qui ont l'imagination plus vive et par conséquent l'idée psychologiquement plus forte, et qui ont, d'autre part, les neurones moins endormis, plus excitables, et par conséquent la résistance physiologique plus faible, sont les personnes parmi lesquelles se rencontrent le plus souvent les phénomènes de rêves parlés ou de somnambulisme2.