‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 83 sur 91 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

du contact et remarquant l'image1. Il a, de la

sorte, un signe de la présence et de la manière d'être de l'objet; il saisit l'apparition et la représentation de quelque chose : c:est Iidée (efBoç).

Cette idée est d'abord une sensation. Dans l'homme, en effet, ni la matière ni l'esprit ne sont à l'état pur ; la matière y est vivante, et l'esprit, s'il ne peut devenir matériel, — ce qui serait contradictoire, — y habite dans la matière ; le « corps est animé » et « l'âme incorporée2 ». En uir mot, l'homme est un composé de matière et d'es* prit, un « composé » vraiment où les deux élé< ments s'unissent en une seule et môme substance distincte de l'un et de l'autre, pour constituer un être nouveau. Il en suit que le contact du dehors avec le moi, avec la réalité humaine, se fera, non avec la matière ou avec l'esprit, mais avec le « composé », et en portera la marque : il sera conscient — c'est la marque de l'esprit — et à la fois étendu dans l'espace — c'est la marque de la matière; ce sera une sensation.

Mais l'esprit qui, mêlé à la matière, a senti ce choc matériel, n'a pas épuisé toute son énergie. Etant uni intimement, mais non confondu avec la matière, sa manière d'agir doit être conforme

!. De là le côté subjectif de la connaissance, la prise <îe possession par le 9ujet — par son activité et s«lon se& capacités propres — de l'empreinte objective.

2. Liberatore, Du composé humain^ traduction franc., Lyon* ÔFMiay, 1965, p. M.

à cette manière d'être. Puisqu'il est uni et qu'il ne peut agir ni nâtir que là où il se trouve, c'est donc toujours par le composé, par une sensation, qu'il prend d'abord contact avec le dehors, qu'il est mis en branle; c'est toujours dajis une sensation qu'il s'appuie, même pour voir plus haut, et qu'il travaille, qu'il puise les matériaux & traififormer dans son œuvre propre. Mais puisqu'il ne se confond pas avec la matière et par suite avec la sensation, il la déborde. Eh bien, cet excédent d'énergie spirituelle qui déborde la sensation et s'en distingue, qui a passé par elle, mais pour aller plus loin, lui laissant tout ce qui est fixé aux conditions matérielles e\ concrètes du temps ou de l'espace, mais lui empruntant tout ce qui s'en dégage, tout ce qui peut s'en abstraire et se retrouver identiquement ailleurs, ce côt^> du phénomène qui n'existe qu'en se détachant de la matière, qui n'en révèle plus à l'analyse la moindre trace, qui, sans tenir à l'organe, tient à la conscience et la met en contact avec un objet que le temps ni l'espace n'enferment pas, cette lumière nouvelle n'est plus la sensation, c'est la pensée. On voit bien que ce n'est pas la pensée d'un pur esprit. Sans doute, si je ne considère que cet épanouissement terminal où il n'y a plus trace de matière, je dois l'attribuer à l'activité de l'esprit comme à sa cause immédiate; mais, si je prends l'ensemble du phénomène, tel qu'il se pré-

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sente dans la réalité, il a des débuts plus modestes, il dérive d'une activité vitale faite d'esprit et de matière, et, jusqu'au bout, il garde la marque de ses origines; puisque la pensée elle-même, puur se produire, a besoin de la sensation; puisque, si elle a sa cause immédiate dans l'activité de l'esprit, elle a ses causes lointaines et ses conditions prochaines indispensables dans l'activité de la matière *.

Sensation ou pensée, le contact du moi avec le dehors, avec un point plus ou moins précis vers lequel pourra s'écouler l'activité de l'être, la tendance s'éclairant, se « mettant au point » (p. 71), c'est Tidés, îa première phase du cycle psychologique.

2° La réalité psychologique ainsi illuminée farde toute la force concrète, toute l'activité

1. Beaucoup de scolaitiques ne craignent pas d'aller plus loi» et de dire que l'activité organique est plus qu'une condition sine qua non, mais « la cause efficiente subordonnée de la formation de l'espèce intelligible ». (Ainsi parle M*T Mercier, la Psychologie, 5- édit, 1899. Bruxelles, Oscar Scbepens, p. 479.) On sait que, d'après l'Ecole, l'espèce intelligible est essentiellement prérequise à lacté de la pensée, et qu'elle n'influe pas seulement sur son existence, mais encore sur sa nature.

Nous croyons d'ailleurs que notre explication, poui employer d'autres termes, ne diffère pas, dans le fond, de celle de saint Thomas. — Cf., par exemple, I', q. XII, a. 13; — 1% q. LXXXIV, a. 7 ; — I*, q. LXXV, a. 2 ad 3; etc. — On peut voir dans Libératore, la Connaissance intellectuelle (Lethielleux, 1863), l'exposé méthodique de la doctrine scolastique. On y constatera une fois de plus que ce spiritualisme est loin de ressembler à celui de Descartes ou de Cousin, et qu'il n'a pas à modifier ses principes pour s'accorder avec toutes les observations récentes,

qu'elle tient de la poussée de nature; en un mot, toute son intensité1 Mais sa direction sera modifiée peut-être. Les gouttelettes d'eau qui se forment dans l'atmosphère ne sont pas autre chose que la vapeur du nuage; mais elles vont se comporter autrement sous l'action de la pesanteur. La boule de sureau une fois électrisée va subir des attractions ou des répulsions nouvelles. Ainsi, la portion d'activité vitale qui est devenue idée. Or, elle rencontre d'autres idées qui évoluent déjà dans le champ de conscience avec leur intensité et leur direction propres ; de plus, les actions et réactions provoquées par cette rencontre se propagent jusqu'à certaines activités subconscientes qui, sous le choc, grandissent assez pour remonter dans la conscience et se transforment, elles aussi, en idées. Les idées anciennes, déjà connues, déjà harmonisées, retrouveraient vite leur place dans le système de ces forces. Mais la dernière venue, c'està-dire cette activité vitale qui, en se faisant idée,

1. Peut-être même pourrait-on conclure de certaines expériences (cf., par exemple, Féré, Sensation et Mouvement, Àlcan, 2' édit., 4900) qu'il y a augmentation. Du moins, il semble que toute sensation nouvelle met une force plus considérable à la disposition de 1 être sentant. Cela peut tenir À ce que la sensation précisi la tendance et en permet ainsi un meilleur emploi, diminue la déperdition. — On ne peut pas dire que ce surcroit de force ~\ent uniquement de l'excitation physique extérieure, puisque les expérimentateurs (par exemple, Péré, op. cit., 41 sq.) assurent que les « hallucination* provoquées chex les hypnotiques » produisent le même eilet que les sensations réelles. L* C$use dynamogène est de ne psychique et mon nnysiquo.

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