‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 84 sur 91 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

vient d'entrer dans le système avec telle force et

telle direction, celle-Iàsharmonise ou ne s'harmonise pas avec les autres, avec l'ensemble des forcer déjà organisées dans laconscience ; comme la boule de sureau, elle est attirée ou repoussée par le système préexistant; elle s'adapte ou ne s'adapte pas à la synthèse; elle la fortifie ou elle la déséquilibre; elle l'épanouit ou elle la violente. Dans le premier cas, elle lui convient, elle lui est bonne; dans l'autre cas, elle lui est mauvaise1. Dans les deux cas, tout se passe dans le champ de conscience; la conscience enveloppe cet épisode de la vie ; elle prend acte de cet accord ou de ce désaccord ; elle sent ce bien ou ce mal, cette action et cette réaction — non plus du dehors sur le moi, comme tout à Fheure, — mais du moi sur lui-même, du phénomène nouveau qui entre dans le moi sur le moi ancien déjà constitué. C'est le second aspect ou la seconde phase de la réalité psychologique, et la conscience de ce bien ou de ce mal s'appelle le sentiment (p. 203) l.

i. Peut-être est-ce l'explication du fait signalé par les psychophysiologistes (cf. par exemple, Dumas, op. cit.), à savoir que le plaisir par lui-même, immédiatement (mais non pas toujours dans ses conséquences), est dynamogène par rapport à la douleur, se chiffre par une augmentation de force. — Gela se comprend, si la force nouvelle introduite par l'idée s'harmonise et, par conséquent, s'additionne plus ou moins avec les forces préexistantes, tandis que dans la douleur elle s'y oppose.

2. Sentiment de plaisir, si c'est la conscience duo bien; de douleur, si c'est la conscience d'un mal. — On voit, par Ta définition, que le plaisir ou la douleur ne grandissent pas eu pre*

3* Mais après l'action du dehors sur le moi, et Faction et réaction du moi sur lui-même, vient la réaction du moi sur le dehors : c'est la troisième

portion du bien ou du mal objectif, mais psychologique, c'est-àdire en proportion de la conscience qu'on en a. Tel mai qui écrase de douleur un homme, peut laisser l'autre fort indifférent; parce que l'idée se présentant à lui sous un tout autre jour, ou ses habitudes ayant organisé d'autre façon sa conscience, il ne constate aucun déchirement dans son moi.

Le bien ou le mal psychologique s'appelle donc le plaisir ou la douleur ; de même que le bien ou le mal logique s'appelle le vrai ou le faux; le bien ou le mal esthétique, le beau ou le laid; le bien ou le mal de l'homme en tant qu'homme, le bien ou le mal moral ou, par antonomase, le bien ou le mal, tout court. La convenance ou la disconvenance constitue le bien ou le mal ontologique, c'est-à-dire la notion transcendante de bien ou de mal.

Dans le concret, il y a souvent opposition entre le bien moral et le bien psychologique ou plaisir; mais il y a souvent accord aussi : la raison en est que les concepts diffèrent, mais ne s'opposent pas. Le bien moral est perçu par la conscience morale; le plaisir, par la conscience psychologique. Le premier est cons»< titué par la convenance de l'objet avec l'homme en tant qu'homme, c'est-à-dire avec le moi humain substantiel ; le second est constitué par la convenance avec l'homme conscient, c'est-à-dire avec le moi expérimental. Le bien moral devient donc psychologique (plaisir, joie) dans la mesure, extrêmement variable, où il est senti comme bien; le bien psychologique devient le bien moral (ou le mal moral) dans la mesure où il est connu comme actuellement convenable (ou non) au moi substantiel.

Le bien psychologique est d'autant plus grand qu'il nous rapproche plus du bonheur; et le bien moral, qu'il nous rapproche plus de la perfection. A la limite, ils doivent se confondre.

L'un et l'autre, en effet, rencontrent leur limite dans la fin dernière Je l'homme. Elle est ce qui convient adéquatement à l'homme en tant qu'homme, — et voilà donc la perfection; mais cette convenance adéquate étant alors parfaitement sentie, elle constituera la conscience d'un bien adéquat, d'une adaptation totale et définitive, — et voilà le plaisir parfait, qui est le bonheur. La fin dernière est donc le point où convergent et où doivent se concilier le besoin de moralité et le besoin de bonheur également eeseutieis à 1* nature humaine.

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