CHAPITRE III LA DÉGRADATION DE L'IDÉE OBSÉDANTE
Définition des phénomènes dégradés. — Les uns se lient à uns manie précise : ce sont les mandes intellectuelles, les phobies, les tics. — Les autres ne sont plus que des agitations diffuses. — Leurs caractères communs. — Origine de ces phénomènes. — Comment il3 se rattachent à l'obsession. — Problème à résoudre.
Après avoir vu l'idée obsédante se développer sous l'effort du malade, il faut voir comment elle se dégrade aussi.
Nous ne voulons point diro par là qu'elle s'atténue, nous avons dit le contraire; mais qu'elle perd en valeur psychologique. L'agitation qu'elle a provoquée et qui a grandi par l'effort impuissant de la pensée et du vouloir, se prolonge ensuite, comme en vertu de la vitesse acquise, même quand cet effort défaille, quand la pensée et le vouloir épuisés se détendent; et ce sont alors des phénomènes d'ordre inférieur, qui se substituent aux premiers et continuent cette agitation permanente ; ce sont des idées, des acles, des sentiments qui en général dérivent de l'idée obsédante, mais qui semblent avoir perdu contact avec elle; et leur infériorité se manifeste par ce fait que
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tous ces phénomènes sont plus illogiques encore, plus démesurés, en restant tout aussi stériles.
Ils se présentent en nombre incalculable et avec toutes les variétés possibles. Notre expérience personnelle est assez pauvre sur ce sujet, parce que les malades ne s'y abandonnent guère au moment de la direction; mais quand ils sont à demeure dans une clinique, ils les laissent voir ou ils les détaillent plus aisément, et tous les médecins spécialistes en ont recueilli d'abondantes provisions. Après en avoir signalé quelques-uns par manière d'exemple, nous indiquerons les caractères par où ils se rattachent à l'obsession et le problème nouveau qu'ils posent devant nous.
Les uns apparaissent encore liés à une idée précise et s'y coordonnent ; les autres ne sont plus que des agitations diffuses, ne gardant guère d'intellectualité qu'autant qu'il leur en faut pour rester conscients.
Aux premiers se rattachent les innombrables manies. Tous les efforts que nous avons signalés en parlant du développement de l'idée obsédante peuvent se transformer dans une manie intellectuelle.
L'effort pour scruter le passé en vue de l'examen de conscience, ou l'avenir par d'infinies délibérations peut devenir la manie de la recherche, de la précision, des chiffres, de l'interrogation, etc.
« Autrefois, dit G..,, je recherchais mes souvenirs pour savoir si je devais me reprocher quelque chose. » C'était la phase de l'idée obsédante et cette recherche en était un développement ; mais voici la dégrada-
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tion avec la manie de la Recherche isolée de son but primitif : « Maintenant ce n'est plus du tout la môme chose. Je me raconte tout le temps ce que j'ai fait il y a huit jours, il y a quinze jours; j'en arrive à voir les choses exactement, et je n'ai aucun intérêt à les revoir; cela m'agace tout simplement, mais cela revient malgré moi1. » De même pour Cha... : A-t-ii, dans la journée, causé avec une personne peu connue, il faut absolument qu'il retrouve le nom et l'adresse de cette personne et il y passe des jours et des nuits*. Jean doit faire chaque chose à sa date et il aurait des remords épouvantables, s'il lisait un journal d'une date ancienne : « C'est un désordre, ce n'est pas à cette date qu'il devrait être lu 3. »
De là aussi la manie de compter pour préciser. Il y en a qui comptent tout ce qui leur tombe sous le3 yeux; c'est un moyen de « se raccrochera quelque chose ». L'un de ceux-là, en entrant chez son médecin, lui demanda la permission de compter les boutons de son gilet. Un autre compte lç nombre de fois qu'il avale sa salive, etc., etc.4.
Beaucoup plus nombreux, et nous en connaissons plusieurs, sont ceux qui vérifient perpétuellement si leur col, leur chapeau, leurs boucles d'oreilles sont bien à leur place ; ou encore ceux qui multiplient les pourquoi et les comment à propos de tout. Pourquoi Dieu a-t-il fait ceci ou cela? Pourquoi vingt-quatre