‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 29 sur 93 · Bévue philosophique, 1894, H, p. 40. — Cf. J., I · texte numérisé non relu

Bévue philosophique, 1894, H, p. 40. — Cf. J., I

LES INSUFFISANCES PSYCHOLOGIQUES iil

peine du subconscient. « Le premier jel est boueux et informe, dit B; la pensée s'élabore lentement. » « Elle ne va pas par bonds, dit Zr; elle monte ou elle creuse peu à peu. » Aussi chez eux l'intuition est rare; ils sont plutôt des déduetifs. Et, s'ils ont de l'esprit, beaucoup d'esprit même, c'est généralement « l'esprit de l'escalier ». La« présence d'esprit » leur fait défaut. Ils ne pensent pas au bon moment ou pas encore assez pour pouvoir le dire. A remarque vaguement quelque chose de défectueux : « j'en suis impressionnée, dit-elle, et je n'ai pas la présence d'esprit de rien signaler; si une autre personne fait la remarque, je m'écrie aussitôt : Ahl mais voilà une heure que je m'en étais aperçue. » « Je sens toujours que je ne suis pas tout à fait dans la note », dit H, c'est-à-dire pas tout à fait adapté. — La mémoire apparaît de prime abord comme excellente, nous l'avons dit; mais en y regardant de près, on constate qu'elle se dérobe ou qu'elle se trouble précisément quand l'obsédé la commande d'office pour éclairer et adapter l'action en cours; et elle vient spontanément quand il ne la sollicite plus ou quand elle ne peut que l'encombrer. — De même, l'attention spontanée, provoquée par le jeu automatique de la conscience, reste intacte; mais l'attention volontaire, le grand instrument de l'adaptation, semble faussée ; elle est faible du moins et courte, nous l'avons déjà vu; elli* est perpétuellement reprise par la distraction ou la rêverie *.

1. Voyez ci-dessus, le chapitre précédent Voir aussi J., I, 35G sqq., 302 sqq.

Quant à ce qu'il y a de morbide dans les sentiments de l'obsédé, par excès d'émotion ou par défaut; quant à cette altération du moi dont il témoigne, qu'est-ce autre chose qu'un manque de suffisante adaptation au détail et à l'ensemble des réalités qui l'envahissent?

Ce manque d'adaptation résume donc et expliqua un grand nombre des insuffisances réelles de l'obsédé. Mais il ne les explique pas toutes, et en particulier la bizarrerie de ces sentiments qui commencent d'une façon bien adaptée aux circonstances, puis brusquement tournent court, pour se perdre dans des agitations diffuses ! C'est par leur terminaison seulement qu'ils ne s'adaptent plus ; mais le début était normal. Et ces éclipses mentales, ces « pertes d'idées », dont l'obsédé se plaint dans ses lectures et qu'on observe dans ses conversations? Ce n'est pas l'adaptation ici qui défaille, mais l'idée même qu'il faudrait adapter. Et cette mélancolie foncière, cet ennui lourd qui pèse sur sa vie comme une chappe de plomb, ce besoin d'excitation, ce besoin maladif, poignant d'aimer, d'être aimé, le manque d'adaptation peut-il les expliquer, au moins de façon claireetadéquate?Ilne semble pas; d'autant plus que, parmi ces phénomènes, l'ennui du moins est permanent, tandis que le défaut d'adaptation ne l'est pas ; la plupart des malades, s'ils présentent cette infirmité, ne la présentent pas toujours ni surtout dans tous leurs actes. Il y a parmi eux des fonctionnaires, des professeurs, des industriels, des mères de famille, des femmes d'œuvres, des prêtres qui remplissent leur

tâche avec correction *, avec distinction, sans laisser aucunement soupçonner le poids qu'ils portent surleur cœjur, l'insuffisance de volonté et d'adaptation qui se manifeste à propos de certains actes. Comment concevoir ce mal mystérieux qui semble venir des sources mômes de la vie, puisqu'il peut mettre son empreinte sur tous les phénomènes qui la manifestent; mais qui recèle un fond de caprice, qui apparaît par intermittence, viciant certains actes en épargnant les autres?

A cette question, la réponse des faits n'est pas péremptoire; c'est la théorie qui devra la fournir. Retenons, pour le moment, qu'elle devra nous expliquer, avec le manque d'adapiation à la réalité concrète, ce qu'il y a de mélancolie foncière et d'inachevé, d'impuissant, dans la vie affective de l'obsédé, et aussi ce qu'il y a d'apparence capricieuse dans ces insuffisances psychologiques.

Les insuffisances physiologiques sont moins apparentes.

C'est en vain, disons-le tout d'abord, qu'on a

1. Sans doute, l'habitude a simplifié la tâche; mais il a fallu s'adapter pour prendre l'habitude, et il se présente chaque jour des actes nouveaux à organiser en rapport avec les circonstances,

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