‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 31 sur 93 · F. Raymond, laid · texte numérisé non relu

F. Raymond, laid

caché, et il nous fournit donc, « dans la pratique, le vrai critérium [le signe extérieur] de la neurasthénie... Aussi, chaque fois qu'un sujet présentera un état chronique de dépression nerveuse avec fatigue, serons-nous en droit de dire qu'il est neurasthénique1. »

Nous n'avons pas à marquer ici d'où vient cette dépression nerveuse traduite par cette fatigue perpétuelle; mais simplement à constater qu'on la rencontre habituellement chez les obsédés.

Elle peut s'y présenter avec toute la variété des troubles qui font son ordinaire cortège ; mais il faut en signaler deux qui sont d'une remarquable fréquence : Les maux de tête et les mauvaises digestions.

Comment les maux de tête se rattachent à la dépression nerveuse? Il n'est pas bien aisé de le dire. C'est probablement par une mauvaise qualité du sang due à la paresse des fonctions digestives, ou par une mauvaise circulation due à l'atonie musculaire. Quoi qu'il en soit, les maux de tête constituent, de tous les troubles neurasthéniques, celui que les obsédés accusent le plus habituellement. « Mon cerveau, nous dit H, me fait l'impression d'une étoile usée dont on déchire la trame; j'en souffre presque sans relâche. » La plupart suppriment le presque. Tantôt, selon leur témoignage, le mal envahit toute la tête ; tantôt il se localise sur les tempes, ou sur le front, ou au vertex — et c'est peut-être la forme la

1. Docteur P. Hartenberg, Psychologie des neurasthéniques. Paris, Àlcan, 1903, p. 238.

plus fréquente, — ou à l'occiput — et il semble que ce soit le point le plus douloureux.

La douleur présente tous les degrés ; parfois vive, aiguë, lancinante, comme si on enfonçait des aiguilles dans la tête, ou comme si un rat dévorait le cerveau ; le moindre mouvement du pied sur le sol, pendant la marche, suffit à le faire tressauter, semble-t-il, et se meurtrir aux parois du crâne. Le plus souvent au contraire, c'est « une souffrance sourde, obtuse, vague, où se mêlent à la fois des sensations de pesanteur, de constriclion et de vide. Le malade sent sa tête lourde, son crâne serré comme dans un cercle de fer, comme comprimé par un casque trop étroit, » et cependant, « lorsqu'il se baisse, il lui semble qu'une boule de plomb roule dans sa cavité crânienne et se déplace selon les lois de la pesanteur. Tout effort mental augmente [la douleur] ; le travail, l'attention, la lecture, la causerie même provoquent une recrudescence1. » Il faut insister sur la sensation de vide qu'on accuse avec une grande fréquence, et sur celle d'inertie : il semble que le cerveau se dérobe à tout effort et devienne comme une masse morte ne révélant plus sa vitalité que par la douleur.

Après les maux de tête, les troubles digestifs sont les plus habituels. Il est facile, ici, de voir comment ils se rattachent à la faiblesse nerveuse : La mollesse de l'excitation diminue la sécrétion des glandes gastriques, paralyse l'estomac qui devient flasque, et prolonge la stagnation des aliments qui subissent, de

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