‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 32 sur 93 · Harteuberg, ouvr. cité, $b · texte numérisé non relu

Harteuberg, ouvr. cité, $b

ce chef, des fermentations anormales ; de sorte que la digestion sera lente, incomplète et de mauvaise qualité.

En fait, la plupart des obsédés ont beaucoup à en souffrir. Sans décrire les misères variées dont ils lui sont redevables1, notons seulement que leurs digestions sont pénibles et lentes. 11 semble à quelques-uns qu'elles ne sont jamais finies et que chaque repas chevauche sur le précédent. Aussi n'est-il pas rare que les obsédés présentent, au premier coup d'œil et même pour des observateurs entièrement étrangers à la médecine, les signes d'une mauvaise nutrition : « Ils sont maigres, ont un mauvais- teint et changent de mine d'une façon très rapide et très fréquente2. »

Or, par un cercle vicieux facile à prévoir, cette mauvaise nutrition due à la faiblesse nerveuse, outre qu'elle restaure mal les forces dépensées, donne naissance à des intoxications qui vicient le sang de l'organisme et qui, par là, vont augmenter encore la débilité des cellules nerveuses et le trouble de leurs fonctions.

Les oscillations de cet état neurasthénique ont leur contre-coup manifeste sur la marche de l'obsession, et les malades fréquemment s'en rendent compte. « Quand mon estomac déraille, nous dit B, ce sont les mauvais jours, les jours noirs, où

1. Voyez docteur A. Baumgarten, La Neurasthénie, trad.du docteur Bonnaymé, Paris, Maloine, 1907, p. 53sqq. ; docteur Bouveret, La Neurasthénie, J., I, 409 sqq., etc.

2. J., I, 409. — Voyez Lagrange, Physiologie des exercices du corps. Paris, Alcan, 1905, p. 337 et passim.

118 l'obsession et le scrupule

tout me semble en détresse. » « Fatiguée, nous dit A, par un sommeil insuffisant et une nourriture non réparatrice, je suis sans entrain, plongée dans le marasme... Il me semble reconnaître tous les signes de Y épuisement nerveux. .. En état de moindre résistance, je sens revenir toutes mes vieilles idées scrupuleuses. »

Il est inutile de multiplier les témoignages. Le fait, sans être constant, est banal.

Avant de clore ce chapitre, nous signalerons brièvement, sans être en mesure d'en fournir l'explication, deux faits bizarres que nous n'avons vus indiqués par aucun auteur. L'un nous est fourni par un malade très avancé, homme très intelligent d'ailleurs et très maître de sa langue : J'ai, nous dit-il, « le cerveau comme baigné dans un liquide qui me brûle. » Est-ce là une image pour traduire sa souffrance? ou bien est-ce l'expression directe de la sensation éprouvée? Nous n'avons pas insisté pour le savoir. L'autre fait est mieux caractérisé. Le témoin est un jeune homme de vingt-sept ans; nous lui avons demandé de préciser de son mieux ce qu'il éprouve, et il nous est impossible de mettre sa sincérité en doute, ni son intelligence et sa faculté d'introspection : « Je sens, nous a-t-il dit, comme des gouttes d'eau tomber au dedans de moi à intervalles réguliers d'environ deux secondes. » Il y a là, sans doute, un malaise organique traduit en fonction de la psychologie du malade ; mais quelle réalité peut correspondre à ces deux sensations ? nous ne le soup-

çonnons même pas ; nous signalons le fait; il attirera peut-être l'attention sur d'autres faits analogues, en attendant qu'on trouve le moyen de l'interpréter.

Quoiqu'il en soit, nous avons constaté que les obsédés ne présentent pas de tares proprement dites, mais, en général, des « insuffisances » psychologiques et physiologiques. Nous avons vu quelles sont, parmi les premières, celles qui méritent de retenir particulièrement l'attention; nous venons de dire que les secondes se réduisent aox troubles caractéristiques de la neurasthénie et entraînent notamment le fonctionnement défectueux du cerveau et des organes digestifs. Cette constatation est une nouvelle pierre d'attente pour la théorie que nous aurons à établir.

Mais il nous faut maintenant, après avoir constaté les caractères subjectifs et objectifs qui accompagnent l'obsession, voir si nous avons à recueillir des indications utiles dans les antécédents de l'obsédé.

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