‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 49 sur 93 · ilack Tuke, cité par J., I · texte numérisé non relu

ilack Tuke, cité par J., I

3. Professeur F. Raymond, Névroses et Psychonévroses, passiin.

ttieut dans des horizons plus vastes et imprime une blessure plus profonde. Elle ne fait pas trembler pour de mesquins égoïsmes, mais pour des idées générales, pour des tendances de religion, de perfection, de devoir, de justice, de charité, pour ce qu'il y a de plus haut dans les préoccupations humaines, dans tous les cas, pour ce qu'il y a de plus haut dans ses préoccupations à lui, pour ce qui doit constituer la clef de voûte du moi qu'il s'efforce de construire1.

Mais la différence qui saute surtout aux yeux consiste dans la manière de réagir du malade. L'obsédé, nous le savons, subit une angoisse très profonde, faite de doute, de peur et d'impuissance ; il se sent désagrégé et condamné à une lutte sans trêve entre le moi morbide et le moi normal. Rien de tel chez le neurasthénique : il n'éprouve ni ce doute angoissant, ni cette lutte, et, s'il n'acceple pas son mal, il accepte son idée.

Il est donc possible, malgré des frontières communes, de discerner pratiquement l'obsession de la neurasthénie. L'origine du mal peut fournir une première indication ; mais l'objet de l'idée doulou-

1. Même quand sa santé semble constituer pour lui cette clef de voûte, ses préoccupations sont d'ordre plus intellectuel que chez le neurasthénique ; la santé en est à l'ordinaire le symbole ou l'occasion plutôt que l'objet direct. Ainsi, tel fonctionnaire se préoccupe de sa mauvaise santé, parce qu'il s'agit de savoir s'il pourra tenir bon jusqu'à la retraite qui doit assurer l'avenir de sa famille ; tel autre, parce qu'il y voit un obstacle à son devoir social, un châtiment, une indignité, etc. Si, dans quelques cas très rares, les symptômes à cet égard semblent se confondre, il reste pour faire le diagnostic l'origine du mal, dont nous avoni parlé, et surtout la manière de réagir, dont il va être question.

reuse et la manière de réagir du sujet suffisent à préciser le diagnostic1.

Entre l'obsession et Y hystérie, les analogies non plus ne manquent pas, ni d'ailleurs les différences.

L'une et l'autre constituent une psychonévrose2, c'est-à-dire un état morbide où, sans aucune lésion connue de l'organisme, se présentent des troubles singuliers dans les fonctions psychologiques; non pas que les fonctions soient supprimées, mais elles ne sont plus au point, elles retardent sur le moment présent ou elles sont au-dessous de leur tache. Elles peuvent répéter correctement des actes anciens, habituels, ou s'adapter, dans le moment, à des réalités

1. Il ne suffirait pas, pour exclure l'obsession, de constater dans un malade les symptômes essentiels et primitifs de la neurasthénie. Nous avons dit [IIe partie, ch. m] qu'ils se trouvent souvent chez l'obsédé. Il faut donc voir si les caractères de l'obsession s'y superposent.

2. Le professeur Raymond (Névroses et Psychonéoroses, 16), ne reconnaît pas d'autres « psychonévroses légitimes ». C'est peutêtre contestable. Il faut observer, dans tous les cas, que cet auteur partage, sur la nature de l'obsession, un peu comme tous ses confrères aujourd'hui, l'opinion de M. Janet, qui en fait une psychasthénie, un « abaissement de tension vitale » (Qôsess. et Psych.), « une forme de la dépression mentale » (Névroses, 307^. Nous croyons et nous avons dit qu'elle est une improportion de la tension vitale dont on dispose avec le besoin du moment, avec la difficulté de l'acte à produire. Cette improportion peut exister soit par l'abaissement de la tension normale, soit pai l'exagération des besoins. Dans ce dernier cas, l'obsédé ne mérite plus, au point de vue biologique, tout le ma! qu'en pensent les auteurs, et ia psychonévrose, si psychonévrose il y a, est d'un caractère beaucoup plus bénin. Nous disons : « Si psychonévrose il y a », ce qui n'est pas toujours vrai chez les obsédés occasionnel».

LR DIAGNOSTIC 19&

simples, à des phénomènes fragmentés ou d'ordre inférieur; mais elles ne suffisent plus à l'organisation actuelle et totale de l'existence ; elles défaillent à partir d'un certain point, ne pouvant plus utiliser tous les matériaux nécessaires pour construire jusqu'à son sommet l'édifice mental.

Mais, dans ce genre commun, l'obsession et l'hystérie marquent deux espèces bien distinctes, et leurs symptômes pour la plupart sont opposés.

Si l'obsession est incomparablement plus douloureuse, l'hystérie, au point de vue biologique, constitue un désordre beaucoup plus grave. On peut la définir, avec M. Pierre Janct : ù Une forme de la dépression mentale caractérisée par le rétrécissement du champ de la conscience personnelle et par la tendance à la dissociation et à l'émancipation des systèmes d'idées et des fonctions qui, par leur synthèse, constituent la personnalité1 ».

1. Névroses, 345. — Depuis longtemps déjà, dans la littérature médicale, on a complètement rejeté, au sujet de l'hystérie, la conception grossière que s'en faisaient les anciens et qui persiste encore, ici ou là, parmi le peuplo ou môme dans ce qu'on appelle le grand public. Les discussions passionnées de ces derniers temps ont réussi, de plus, à faire tomber un à un, au moins dans le sens propre du mot, les fameux « stigmates ». (Voyez, par exemple, dans La Presse médicale, août 1908, le compte rendu de la Société de Neurologie de Paris.) De nos jours, on est à peu près unanime à en faire une maladie psychique, à l'exemple de M. Janet, qui a peut-être contribué plus que personne au progrès de ces études. Voyez F. Raymond, ouvr. cité, p. 7; Bernheim, Conception nouvelle et étiologie de V hystérie, dans le Bulletin médical de 1902, n° 89; J. Babinski, Ma conception de l hystérie, Chartres. Imprimerie Durand, 1906, notamment p. 17; L. Schnider, Définition et nature de Vhyslérie, Genève, Société Générale d'Imprimerie, 1907, notamment p. 36.) Ceux-là mêmes qui veulent maintenir quelque chose des théories physiologiques précédente»

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Ainsi donc, rétrécissement du champ de conscience et dislocation de la personnalité : Deux caractères, qui font défaut dans l'obsession, et qui sont essentiels à l'hystérie.

Le champ de conscience est mesuré par le nombre des phénomènes que la conscience embrasse à un momeot tionné*. Il est donc « rétréci », quand ce nombre décroît au-dessous de la normale. Or, tandis que l'obsédé présente un champ de conscience très étendu, souvent même au delà de la normale, il est très vé\ réci chez l'hystérique. Un grand nombre de phénomènes qui normalement doivent être perçus par la conscience réfléchie et constituer les matériaux du moi, restent, chez lui, à mi-chemin, pour ainsi dire, dans la conscience directe, sans être incorporés par le moi conscient, ou, s'ils l'ont été, lui échappent bientôt pour s'isoler et se réunir dans la subconscience, avec d'autres phénomènes analogues dont le sujet ignore l'existence.

De là suivent trois conséquences notables qui éclairent le diagnostic :

D'abord la tendance à la dissociation de la personnalité, comme le dit M. Janet dans sa définition. Chez l'obsédé aussi, nous l'avons vu [lre partie, ch. 1], il y aune certaine tendance à la dissociation, mais incom-

proclament, à peu près tous, que les caractères psychiques doivent conserver la place prépondérante. Tel, le docteur Claude, Nature et définition de l'hystérie, Genève, Société Générale d'Imprimerie, 1907.

1. Voyez P. Janet, Autom. psych., 194, et notre article sur la Théorie de V hypnotisme, dans la Revue des questions scientifiques, numéro de janvier 1910.

plète, ne pouvant pas aller jusqu'au bout, puisqu'elle est faite précisément par l'opposition de deux systèmes d'idées conscientes qui n'arrivent pas à se supplanter l'un l'autre. Il est ainsi fatal que le sujet, en se sentant déchiré, garde la conscience des deux fractions en lutte et l'unité foncière de son moi. Chez l'hystérique, au contraire, c'est tout l'un ou tout l'autre. Les phénomènes qu'il ne peut pas assimiler, il les ignore, tout simplement. Ils nVirrivent pas à sa conscience globale, ou ils en sortent pour évoluer à paît et à leur guise, au hasard des rencontres. Dans son moi habituel, il ne sait rien de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. Mais il arrive, pour des raisons qu'il n'y a pas lieu d'expliquer ici, que ce moi habituel brusquement défaille pour faire place à un autre qui se constitue avec ces phénomènes tout à l'heure subconscients. On dirait que, chez lui, la conscience a deux faces, dont tantôt l'une et tantôt L'autre est orientée vers la lumière; on dirait d'un réflecteur élastique qui se retournerait sur son axe, renvoyant tour à tour à son double foyer la lumière venue des horizons opposés. D'une manière plus précise, et pour reprendre les termes de la définition même, les sysièines d'idées et, par suite, les actes coordonnés, les « fonctions » qui en dépendent et qui normalement doivent se grouper et s'harmoniser pour constituer la personnalité normale, se groupent et s'harmonisent mal chez l'obsédé ; mais ils « s'émancipent » chez l'hystérique, ils se disloquent et s'isolent, constituant des blocs de hasard, dont tantôt l'un, tantôt l'autre apparaît au malade comme étant son vrai et unique moi.

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Donc, tendance à la dislocation entre des moi distincts, tel est le fait. Ce fait n'est pas visible à tout instant; mais ce qui est facile à constater, c'est que l'hystérique ne souiïre pas de cette dissociation, quand elle se produit, précisément parce qu'elle est totale ; et il ne souffre pas de la tendance permanente à se dissocier, parce qu'elle est inconsciente1; tandis que l'obsédé sent le déchirement incomplet de son moi. Et ce qui est facile au&si à constater, ce sont les deux autres conséquences qui découlent de celle-là :

Dans l'obsédé, il y a impuissance d'adaptation à la réalité, insuffisance d'organisation, inachèvement; certains phénomènes échappent à la volonté. Chez l'hystérique, échappant à la conscience, ils ne sont pas seulement mal adaptés, atténués, insuffisants; ils sont supprimés. Au lieu d'une mémoire trouble, c'est r amnésie f la suppression de la mémoire, l'oubli total étendu sur toute une tranche de vie. Au lieu de la sensation faible, c'est, par plaques sur le corps ou par provinces bizarrement découpées dans le domaine des sens, Yanesthésie, !a suppression de la sensibilité. Au lieu d'une action gauche, timide, lente, c'est la paralysie, la suppression de telle ou telle fonction de l'organisme. En un mot, les troubles à caractère négatif vont jusqu'au bout. Au lieu de rendre le phénomène difficile, mal venu, ils le suppriment.

Jusqu'au bout encore — et c'est la troisième conséquence — ■ se développent les troubles à caractère

1. Elle est inconsciente, précisément parce qu'elle tend à diviser la vie en moi distincts, et non le moi actuel en fragments opposés.

positif. L'idée absurde, au lieu d'un contrôle insuffisant, n'a point de contrôle. L'obsédé se dit qu'il a volé ou tué, et il s'en préoccupe sans la moindre raison, et c'est morbide; mais il n'en est pas sûr et son idée ne va pas plus loin que le doute. L'idée absurde s'enfonce etse vrille bien au delà de sa valeur; le contrôle des autres idées est insuffisant, mais il existe. Chez l'hystérique, les idées qui feraient le contrôle ont souvent disparu de la conscience, et l'idée absurde se développe à fond. Il se dit ou on lui dit qu'il est un voleur, un homicide, un évoque, un général, un acteur, un enfant, et il le croit1. L'obsédé croit voir ce que lui suggère son idée folle, des parcelles d'hostie par exemple ; l'hystérique voit. Ses hallucinations comme ses jugements évoluent à Taise, dans sa conscience presque vide, et en plénitude, et les actes répondent, les impulsions se réalisent. Si les deux malades ont l'idée de sauter par la fenêtre, l'hystérique y va et saute, à moins qu'on ne le retienne ; l'obsédé ébauche à peine un mouvement, ou bien y va et la ferme, et au besoin s'enfuit ou s'attache pour résister. .

En résumé, rétrécissement du champ de conscience, et, par suite, dislocation totale et tranquille du moi, au lieu de la dissociation partielle et douloureuse, — • suppression et non pas seulement insuffisance de certains phénomènes, — développement complet et

i. Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître une suggestibilité — non pas infinie — mais extraordinaire chez les hystériques. Les obsédés n'en ont pas, au sens strict, médical, du terme.

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sans contradiction, de ridée morbide : tels sont les caractères qui permettent de distinguer l'hystérie de l'obsession1.

Il semble que l'énergie vitale trop faible, dans un cas comme dans l'autre, pour suffire à tout, se distribue, vaille que vaille, dans toute l'activité de l'obsédé, quitte à perdre ainsi en tension ce qu'elle gagne en étendue; tandis que, chez l'hystérique, elle perd en étendue, elle se ramasse au lieu de s'étendre, et, abandonnant toute une portion de la vie à l'inconscience, elle se concentre sur le reste avec un excès de tension. Voilà pourquoi « l'hystérique ne termine (ne pousse jusqu'au bout) que certains phénomènes, mais il les termine trop ; le psychasthénique, (l'obsédé) ne perd aucun phénomène, mais il n'en termine aucun* »•

Entre l'obsession et Yépilepsie, il y a aussi quelques points de contact ; mais pratiquement, dans la grande majorité des cas, le diagnostic ne peut pas faire de doute. Explosion de l'attaque, pas de place pour la lutte ou l'angoisse, oubli de ces phénomènes et vie à peu près normale en dehors de la crise : tels sont, en

4. L'âge de début peut aussi quelquefois être utilisé pour le diagnostic. D'après le docteur Claude, ouvr. cité, 20, l'hystérie peut faire son apparition vers l'âge de cinq ans. 11 parait bien difficile que les manifestations de l'obsession soient aussi précoces.

2. Janet, I, 676. Cf. 738. Voyez aussi, du même auteur, Les Névroses, où il développe, dans tout le volume, le parallèle entre les deux névroses. Nous y avons emprunté la plupart des idées précédente».

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gros, les caractères de l'épilepsie, faciles à distinguer du premier coup d'oeil. Même quand l'attaque se présente sous la forme atténuée, les vertiges, i'obnubilation de la conscience qui l'accompagnent se distinguent encore aisément des crises d'obsession. En somme, la conscience est obnubilée ou abolie, au lieu d'être atfolée et déchirée. Par ailleurs, l'agitation — actes impulsifs delà forme bénigne ou convulsions de l'accès — offre un caractère de fatalité, d'irrésislibilité, qui dépasse manifestement ce qui se voit dans l'obsession.

Si, dépassant les symptômes, on veut essayer, ici encore, d'une théorie qui les explique, on peut recourir à l'hypothèse que suggère M. Janet et qui rend compte des analogies comme des différences relevées entre ces trois maladies : l'obsession, l'hystérie et l'épilepsie. Les trois auraient pour point de départ une insuffisance d'énergie vitale. Nous avons déjà vu que l'obsédé, en étendant cette force à tous ses phénomènes, manque, pour bien réussir les plus difficiles, de la tension nécessaire ; et que l'hystérique, en se réservant toute la tension désirable pour réussir ceux auxquels il s'intéresse, laisse tomber les autres dans l'oubli, et le champ de sa conscience se rétrécir. L'un sacrifie la tension, et l'autre la quantité du travail vital. L'un et l'autre présentent, dans leur niveau d'énergie, des oscillations légères qui ne changent rien à leur physionomie essentielle, mais qui se manifestent dans les périodes de crise et de rémittence. L'épileptique aurait habituellement, en quantité et en tension, asi>ez d'énergie pour être à

la hauteur de sa tâche psychologique, mais subirait des oscillations brusques qui feraient d'un seul coup tomber le niveau au-dessous de celui que réclame la vie consciente même la plus élémentaire. Par là s'expliqueraient, en même temps que l'inconscience, les convulsions de l'accès à titre de décharge nerveuse, de dérivation, dérivation violente et de qualité très inférieure, mais analogue dans sa cause aux manies, aux angoisses, aux tics des obsédés : « Sans voir, dans cette proposition, autre chose qu'une image..., il me semble que l'état psychasthénique [des obsédés constitutionnels] est une épilepsie atténuée et chronique *. » Par là s'expliquerait encore que l'épilepsie, quand elle tend à guérir, semble se muer en obsession, et que l'obsession, dans les cas les plus graves, paraisse à la longue avoisiner l'épilepsie \

Car, après avoir défini et distingué toutes ces maladies, il faut bien se résoudre à dire que ce sont là des abstractions. Dans la réalité, il y a des malades, et ils ne respectent pas toujours les cloisons que la théorie essaye d'établir. Il y a les cas frontières, les cas mixtes, où les causes et les symptômes se mêlent plus ou moins. Une tentation n'est pas un scrupule, mais le scrupuleux peut être tenté. De même, il peut être neurasthénique, et nous savons que c'est là un fait banal. Il ne peut pas réunir en même temps les

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