Voyez Janet, L 502-514 et passim; R. et J., II, 188 sq
caractères de la folie, «le l'hystérie, ou de l'épilepsie avec ceux de l'obsession, parce qu'ils sont contradictoires, nons l'avons vu ; mais on a observé des cas
— rares, il est vrai — où ces divers symptômes alternent, les uns avec les autres. Nous venons de le dire pour l'épilepsie. Pour l'hystérie, M. Janet en a signalé quelques exemples qui semblent caractéristiques !. La question est plus délicate pour ce qui concerne la folie, et elle mérite que nous y insistions quelque peu.
Nous la poserons sous cette forme, qui est précisément celle dans laquelle se la posent beaucoup d'obsédés : « Si l'obsession n'est pas la folie, n'en serait-elle pas le chemin? »
Les auteurs ne concordent pas sur la réponse. Les uns répondent oui, catégoriquement2; d'autres, non, de façon tout aussi absolue 3 ; les autres n'osent pas se prononcer.
1. R. et J., II, 455. -— Névroses et Idées fixes, I, 58 gqq. — Les
problèmes du subconscient, Congrès de Genève, 1909, 15.
2. « Assez souvent, dans les formes graves et aux périodes avancées, l'état obsédant... aboutit à l'aliénation mentale ». (F. Ray moud, Névroses et Psychonévroses, 95.) C'est aussi l'opinion de MM. Pitres et Régis, Scglas, KraITt-Ebing, Morselli, Schùle, etc.
— Il y a lieu toutefois d'être circonspect à propos de ces témoignages, et de bien distinguer ce que les auteurs entendent par aliénation mentale, folie, démence, etc., etc. Tous ces termes no sont pas synonymes, et tous les auteurs n'y attachent pas le même sens. Par exemple, le professeur Raymond écrit deux pages plus loin fp. 97] : « La psychasthénie n'aboutit jamais à une démence véritable ; dans les cas les plus graves..., l'intelligence abstraite, les opérations logiques et discursives, l'appréciation et le jugement ne sont pas sensiblement atteints. »
3. Les malades « n'arrivent jamais à cette phase ultime des maladies mentales, qui est caractérisée par la disparition progressive des facultés et qu'on appelle démence ». Cullerre, Le$
204 l'obsession et le scrupule
Personnellement, nous connaissons un seul cas d'obsession terminée par la folie. Mais il serait plus exact de dire, pour traduire le fait : Remplacé par la folie. Elle s'est déclarée à la suite d'une émotion très brusque et très violente où l'idée obsédante n'entrait pour rien. Est-ce l'état de dépression où le scrupule avait réduit le sujet, qui Ta mis dans l'impuissance de réagir et de sauver son organisation mentale? C'est ce qu'il est difficile de savoir exactement.
Puisque les faits et l'autorité des maîtres nous laissent sans réponse précise, interrogeons la théorie. Elle n'est pas une simple hypothèse en l'air; nous avons vu que les faits la suggèrent, et c'est encore leur lumière, quoique plus obscure, qu'elle rellètera. Mais elle n'éclaire bien qu'un seul côté du problème. Elle nous dit ce qui constitue l'obsession, mais nous ne savons pas, ni par elle ni autrement, ce qui constitue la folie. Nous pouvons bien discerner la folie des autres dans les actes qui traduisent leurs idées; nous pouvons bien constater certaines causes ou conditions lointaines; mais nous ne savons rien sur ses éléments essentiels. 11 est donc difficile de déclarer à coup sûr si et comment elle peut être amenée par l'obsession.
11 nous semble toutefois que rien ne nous permet de voir, dans la folie, Faction immédiate et normale des causes qui constituent l'obsession : Il y a, parmi les fous, toutes les variétés de tension vitale et d'ambition psychique; il y a des indolents et de grands
'routières de la folie, déjà cité, p. 72 sq. — MM. Falrct, Trelat, M. Magnan, Baumgarten, etc., professent la môme opinion.
actifs, des paresseux et des surmenés, des mélancoliques et des optimistes; les uns ont toujours eu une petite vie très terne et très calme ; les autres, comme Nietzsche, une exubérance de vie qui paraissait inépuisable.
Mais, pourra-t-on dire, s'il y a, parmi les fous, des ternes et des exubérants, n'y a-t-il pas aussi ceux qui, en face de besoins trop grands, disposent d'une tension vitale trop faible, c'est-à-dire les obsédés? Et si l'obsession n'est pas l'unique chemin qui mène à la folie, ne peut-elle y acheminer, elle aussi, en voie directe? — Non, pas en voie directe, puisque nous avons vu qu'on aboutit par là, non point à une organisation de conscience ferme, stable, autour de l'idée folle, mais à son contraire.
Nous avouons cependant que les phénomènes psychologiques peuvent résulter du concours de causes diverses, et il y a peut-être certaines formes de la folie, auxquelles l'obsession, si elle n'est point combattue, peut acheminer lentement par des voies indirectes. D'une part en effet, le bon sens, à force d'être entamé par l'idée fixe, peut, nous semble-t-il, s'user jusqu'à disparaître, si le malade s'obstine, dans la recherche d'une impossible sécurité, à prendre toujours parti pour l'idée folle; et alors peut s'effacer la lucidité qui distingue l'obsession, pour faire, de ce qui était le doute morbide, une certitude, et voilà l'hypocondrie, le délire de la persécution ou d'autres formes analogues delà folie1. D'autre part,
i. Ce résultat, possible, quand l'obsession porte sur la peur des microbes, l'affection d'autrui et, en général, sur les faits indépen-
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l'organisme et les facultés mentales peuvent s'exténuer à la longue dans le surmenage impitoyable auquel les condamne l'obsédé, jusqu'à laisser venir un état analogue à la démence précoce. En un mot, les forces de l'homme sont limitées, et il peut, quand il les gaspille, en trouver le bout.
Mais ce bout n'est point tout proche pour l'obsédé, puisque ces résultats, s'ils existent, sont assez rares pour n'avoir pu être établis avec certitude1. L'obsédé, s'il a la synthèse fragile, a le champ de conscience très étendu ; si le ciment avec lequel il bâtit son moi prend mal, ses matériaux sont bons; et l'édifice, s'il craque, si même il se lézarde, ne s'écroule pas.
Pratiquement, on peut donc rassurer ceux qui ont la peur d'aboutir à la folie, et s'en font une obsession de plus. Etant donné le petit nombre et l'incertitude des faits, ils n'ont guère plus à craindre, à cet égard, que le commun des hommes; étant donné ce qui leur reste de bon sens et de réserve vitale, ils peuvent compter que le moindre effort pour guérir met à ce risque une barrière qu'ils ne franchiront pas.
dants de notre volonté, parait, sinon impossible, du moins beaucoup plus difficile, dans le scrupule proprement dit, relevant toujours d'une question de consentement délibéré; car le jeu de la conscience ne permet guère de croire certain, en ce genre, ce qui n'est pas.
1. On a pu établir avec certitude que certains obsédés sont arrivés à la folie; mais il resterait à démontrer que c'est par l'obsession. Or, dans tous les cas connus, on peut, semble-t-il, soupçonner l'intervention d'autres causes.
La guérison est difficile, et les faits ne nous en témoignent que trop. À cet égard, tout le monde est d'accord. Si le mal tient à un abaissement chronique de la tension vitale, la difficulté saute aux yeux. Mais alors même que cet abaissement ne serait qu'accidentel ou que le mal viendrait d'une exagération passagère des besoins, les actes morbides se précipitent, par le mécanisme de l'obsession, en avalanche, avec une continuité lamentable qui crée rapidement, dans le système nerveux et surtout dans la mentalité du malade, des habitudes profondément enracinées.
En toute hypothèse, la guérison sera donc difficile. Mais elle est impossible sans un traitement approprié. Elle ne peut pas guérir d'elle-même, sous la réaction spontanée de la vie. L'idée, comme tout ce qui est vivant, comme l'être cellulaire par exemple, tend à être et à mieux être, et, par cela même, à se développer aux dépens cie son milieu. Si elle n'est pas contrôlée et combattue, si elle ne trouve pas, dans l'organisation mentale où elle se vrille, une synthèse résistante qui se raidisse contre elle, la dissocie ou l'élimine, comme un tempérament fort peut le faire contre le microbe nocif, cette idée ne meurt pas d'elle- arôme, elle grandit, elle pullule,
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elle tenrî à tout envahir. Or, nous l'avons vu [lrB partie, notamment dans le ch. h], c'est ce qui arrive pour l'idée obsédante. A son contact, l'obsédé, au lieu de réagir, en se concentrant pour barrer le chemin à l'idée morbide ou pour l'étouffer, spontanément l'exalte par l'attention qu'il lui donne et s'affaiblit lui-même par l'émotion qui le désagrège. Et la théorie comme les faits nous montrent que c'est là un résultat fatal. Le malade ne peut pas se désintéresser de ce qui l'intéresse le plus, et il ne peut pas agir efficacement au-dessus du niveau de ses énergies. De là, son impuissance radicale à mépriser l'idée morbide, et à l'étouffer. Abandonné à ses propres forces, il est incapable de se défendre; et, s'il ne se défend pas, la maladie loin de s'atténuer, empire. Sans un secours étranger et un traitement convenable, il n'y a donc pour lui aucun espoir de guérison.
Mais, avec ce traitement, peut-on espérer le guérir?
A cette question la réponse des médecins est souvent décourageante. Cela s'explique parce que, nous l'avons dit, ce ne sont que les malades les plus avancés qui fréquentent leur clinique, et ils y viennent trop tard.
Néanmoins, ce n'est pas toujours sans profit. M. le professeur Raymond, qui ne voit pas en beau, finit cependant par conclure : « On peut formuler le pronostic de la manière suivante : La psychasthénie est toujours une maladie sérieuse. Elle peut devenir très grave lorsqu'elle n'est pas convenablement traitée. Sous l'influence d'un traitement approprié, elle est,
-au contraire susceptible d'amélioration notable, confinant à la guérison 4. »
Nous souscrivons volontiers à ce pronostic, avec une seule réserve : Il est établi d'après la clientèle du distingué professeur; niais,, parce que cette clientèle est faite exclusivement de « grands malades », il faut relever un peu le pronostic pour l'appliquer à la généralité des cas. Et de fait, nous avons vu le traitement profiter à peu près à tous les malades, amener très souvent des « améliorations notables confinant à la guérison », et parfois même aboutir à la guérison pure et simple, sans rechute.
Notre théorie d'ailleurs, qui nous fait voir, dans l'obsession, non pas uniquement une psychasthénie ou abaissement de tension vitale, mais une im proportion entre la tension disponible et la difficulté lie Facto à réussir, nous explique bien ces résultats divers du traitement.
La maladie cesse ou décroît dans la même mesure que cette improportion qui la constitue. La guérison totale est donc possible quand la dépression psychologique est accidentelle ou que l'exagération des besoins peut être supprimée*. Quand les besoins sont normaux et que la dépression est constitutionnelle, le hiatus est à peu près fatal, et on ne peut plus espérer qu'une guérison relative ; elle sera plus ou moins approchée, dans la mesure où l'on pourra remonter la tension vitale, et diminuer la complexité