‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 56 sur 93 · Ouvr. cilé, p · texte numérisé non relu

Ouvr. cilé, p

228 l'obsession et le scrupule

pour un homme qui va monter sur Féchafaud1 ». Et s'il malmène de la sorte les scrupuleux empêtrés dans une question morale, que ne dirait-il pas des obsédés pour une question d'estomac, pour la peur d'engraisser ou de manquer une digestion! Et si un saint homme comme le P. Faber est rude à ce point, quelle difficulté ne trouvera-t-on pas à être bon malgré tout!

Car il faut Fêtre. Il faut se montrer, « non pas dur ni âpre, mais doux et suave2 » : « Tout malade, tout homme qui soutire est à plaindre... Médecins et confesseurs manquent parfois de bonté et de condescendance pour ces pauvres malades : que n'ont-ils euxmêmes été atteints de ce mal ! Ils sauraient alors combien sont affreuses ces misères3 ». — « Il n'y a rien dans le scrupule qui soit digne de respect ». -— Soit ! mais, dans le scrupuleux ! — C'est « un sentiment vicieux ». — Non, pas au début : c'est une impuissance. Le vice viendra si le malade refuse de travailler efficacement à guérir; mais pour qu'il y travaille, il lui faut une direction qui inspire confiance; et pour inspirer confiance, il faut que le directeur ait, prêt à les répandre, des trésors de bonté.

Les malades en sont avides, non seulement parce

2. Saint Ignace, Exercitiat Annotatio 77. — Le P. Aquaviva dit de même (Indus irise ad curandos animi morbos, cap. xvni) : « II i ordinarie fovendi, amanter excipiendi, animandi ». — Mais, disent les moralistes, que l'on se montre sévère au besoin, quand ils obéissent mal. (Cf. par exemple, Lehmkuhl, Theologia moralis, I, n° Cl.)

3. R. P. Raymond, Le Guide des nerveux et des scrupuleux, Paris, Beauchesne, 1908, 13 et 16.

qu'ils sont faibles et qu'ils souffrent, mais encore parce qu'ils ne sentent que trop qu'ils peuvent être pénibles et encombrants : « Il me semble que personne ne s'occupe de moi, gémit Ue, et on a bien raison : je suis ennuyeuse, toujours morose, à court d'idées, incapable d'intéresser et de faire plaisir ». C'est la note commune. Si le directeur se montre « dur et âpre », le malade est confirmé dans cette impression, la confiance meurt, la pauvre petite fleur sans soleil se referme condamnée. Au contraire, le moindre rayon de bonté la réchauffe et la fait ouvrir: « Cela me paraissait si étrange, dit V, et si consolant que l'on veuille s'occuper do moi, s'intéresser à une pauvre petite âme qui le méritait si peu... J'avais si peur ! peur que vous me méprisiez et m'abandonniez! Aussi, je sens que la confiance est allée jusqu'au fond, qui était si difficile à ouvrir! »

Mais ce fond reste timide et tremblant *, et cette sonsitive, au moindre contact dur, se referme. Et puis, morne si le moi s'organise, se concentre, s'adapte peu à peu, la direction en reste, pendant longtemps encore, la pierre d'angle et la clef de voûte; et la moindre parole peut faire trembler le tout, du faîte jusqu'au fond, parce que le malade se demande alors, si ce n'est pas une menace d'abandon, et il lui semble que, le directeur parti, la direction donnée ne vaudrait plus rien, ou que déjà il l'a rétractée peut-être en « se fâchant ». Il n'en faut pas davantage pour que l'édifice tremble et s'écroule. Et

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