Voyez VAnge conducteur
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le malade est par terre, « comme une chose qui serait brisée », selon l'expression de l'un d'entre eux. — C'est une ciiose brisée.
Le directeur ne doit jamais perdre de vue, qu'il touche non seulement à un cœur écorché, mais à une chose fragile, Tous les coups, venant de \uiy portent. Il apparaît comme le maître de la vie et de la mort. Qu'il sache sa force et qu'il ne frappe point de la massue là où un pli des lèvres fait déjà trembler. Qu'il ne terrorise pas un malade qu'il s'agit de guérir de la peur. En résumé, qu'il maintienne intact, à force de compétence et de bonté, une confiance difficile et dont il a besoin pour réussir.
Mais ce n'est là que la moitié de sa tâche : il lui reste d'exiger Yobéissance> et il doit donc être ferme autant que bon.
Cette fermeté trouvera vite son emploi. Après avoir interrogé, une bonne fois, le malade ou l'avoir écouté autant qu'il en est besoin pour lui inspirer confiance et pour lui rendre l'obéissance possible et raisonnable, il faut lui imposer silence et « clore le débat » ; en d'autres termes, il faut conclure la consultation par une ordonnance pratique à faire comprendre et à faire exécuter. Cela n'ira point sans difficulté.
Il faut que le directeur parle net, avec les termes les moins équivoques, les plus clairs, les plus précis, en des phrases courtes mises en plein relief, aveuglantes de lumière1.
!• R. P. Àquaviva, ouvr, cité : « Nec illis dubie ant cum hœsita-
Il faut qu'il parle à l'impératif, qu'il tranche ferme, sans hésitation, et, que, sur les points où ses décisions tombent, il ne reste rien pour amorcer les peut-être. Qu'il se garde de dire : « Si cela vous ennuie, vous inquiète, vous excite, etc., ne le faites pas »; ou encore: « Essayez et vous verrez vousmême *. » Ces formules pourront être tolérées plus tard, quand la guérison approchera, et dans des conseils accessoires, étrangers à l'idée obsédante; mai3 dans le début — où l'on ne s'inquiète pas de détails — et toujours quand il s'agit des points attaqués par l'obsession, jamais de conditionnel, jamais de si ou de peut-être t L'impératif... catégorique.
11 ne faut pas motiver les décisions, tant que le sujet ne sera pas capable, non seulement de comprendre, mais de sentir la valeur des motifs, d'être persuadé en pleine certitude. Jusque-là, les raisons tes plus justes et les plus claires ne vaudront rien pour lui, et ne seraient que des portes ouvertes à des angoisses de plus.
Il ne faut pas admettre de discussion. La discussion, ou plutôt l'exposition du cas a été faite. C'est fini, on n'y revient plus. S'il y a une objection de fait à la consigne, un empêchement de famille, de devoir professionnel, de circonstance, etc., on 1 admet et on en tienl compte; mais pas d'objection de doctrine. Nous savons qu'elles pullulent dans l'esprit du malade et que la discussion les renforce.
tione loquendum, sed clare : Nihil hoc! Mittat ista securus ! Ne répétât! Hoc facito ! Ego rationem reddam Deo ! etc. » i. R. P. Raymond, ouvr. cité, 174.
Mais il faut aussi, quand on lui parle, il faut avant tout se faire écouter. 11 n'écoute que d'une oreille ou il n'écoute pas, en train de chercher encore ce qu'il a peut-être oublié de dire. Il faut se faire écouter des deux oreilles, et s'assurer, en faisant répéter la formule, qu'on a été compris.
Il faut enfin faire exécuter, et c'est naturellement le plus difficile, en même temps que le plus nécessaire. Il n'y a rien de fait sans cela. Or, l'obsédé recule devant l'exécution comme le condamné, s'il en avait le moyen, reculerait devant le supplice. Il ne faut pas lui en laisser le moyen. Diriger, c'est « faire fonctionner » ; il faut s'industrier pour que le malade « fonctionne », malgré qu'il en ait ; par exemple, en lui déclarant qu'on n'a plus rien à lui dire jusqu'à ce qu'il ait mis en pratique les ordres déjà reçus.
Pour maintenir cette autorité nécessaire, il faut ne pas se déjuger ni se démentir; il faut que le malade sache et sente que les paroles du directeur sont, non pas du vent qui chante, mais des faits qui se figent, des oracles auxquels il peut se fier, parce qu'ils ne trompent pas ; mais avec lesquels il doit compter, parce qu'ils ne changent plus. Il s'en suit qu'ils ne doivent pas être formulés à la légère, et, par exemple, en fermant toute porte par où le malade voudrait rouvrir un débat épuisé, il faut lui laisser une issue pour les confidences et même les épanchements, les « dégonflements » nécessaires, ou pour l'exposé des « faits nouveaux » qui transformeraient — évidemment — la situation *.