‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 58 sur 93 · I. Voyez L'Ange conducteur, 112, 130 sqq · texte numérisé non relu

I. Voyez L'Ange conducteur, 112, 130 sqq

Enfin, si claire, si péremptoire, si bien comprise, qu'ait été l'ordonnance, il faut savoir qu'on devra la répéter souvent; et ce ne serait pas de la fermeté, mais une erreur de tactique et de psychologie, que de déclarer qu'on s'interdira de telles redites. Elles sont fastidieuses, sans aucun doute; mais, jusqu'à un certain point, elles sont nécessaires. Ce n'est pas logique de se faire répéter ce qu'on a une fois bien compris ; mais il n'y a pas rien que de la logique dans l'homme, et surtout dans l'obsédé. Il ne lui suffit pas de comprendre; sa volonté est malade plus que son intelligence et il faut la secourir. C'est le bloc organisé des idées pratiques qui fait la force du vouloir, et il n'y a que la direction pour rendre pratiques les idées du malade et les organiser. Or, la direction reçue, à mesure que le souvenir s'éloigne, s'estompe, se fait abstraite, vague, froide, perdant ainsi de sa force pour organiser les idées et commander aux actes. Et elle est par ailleurs tellement combattue par la cohorte des idées folles ! Il faut la renforcer de temps à autre, comme on recharge un accumulateur épuisé, la regarnir d'images, d'émotions, de résolutions, d'espoir, la faire « incarnée, riche et complexe* » de plus en plus, — et donc se résigner aux redites faslidieuses, pour faire — au delà de la logique abstraite — de la psychologie pratique.

Même avec ces atténuations, l'attitude du directeur pourrait sembler bien autoritaire à ceux qui raisonnent sur l'homme idéal; mais, dans la circonstance,

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« l'absolutisme autoritaire est une nécessité que le succès couronne fréquemment et qui ne peut nuire à personne *. » Nécessaire au directeur pour remplir son devoir, il est un droit ; ce droit est d'ailleurs ratifié par le malade, qui sera lui-même récompensé de son obéissance parla guérison.

Le rôle du dirigé est corrélatif de celui du directeur. Puisque celui-ci doit obtenir l'obéissance, il faut que l'autre la donne. Puisque l'un doit « faire fonction », il faut que l'autre « fonctionne », non point par la force, par la contrainte — on n'a pas de gendarmes à lui envoyer, — mais librement, par son activité propre, selon la ligne tracée, en obéissant.

Obéir, c'est sa manière à lui d'être raisonnable et libre. Raisonnable, pafce qu'il échappe à ses idées folles; libre, parce qu'il domine ses impressions et reconquiert sa personnalité. « C'est librement qu'Use soumet, et ainsi fait acte de volonté et d'énergie pour agir conformément à sa raison représentée par le médecin (ouïe directeur), et con&radictoircment à ses sensations provoquées par la maladie 2 ».

Cette obéissance, le malade la désire spontanément8, au même titre que la direction dont elle n'est

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