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CHAPITRE II POUR ABAISSER LA DIFFICULTÉ

Obsession et scrupule. — Traitement plus particulier du scrupuleux. — Il faut simplifier les phénomènes trop difficiles.

I. Simplification de l'idée obsédante : On ne peut pas la dissocier : comment la simplifier? — Le principe suffisant et nécessaire : Sa formule et sa portée. — Sa légitimité. — Son efficacité. — Ses applications. — Cas extrêmes où son usage est impossible. Solution transitoire.

II. Simplification des autres difficultés : Dans les idées : Supprimer certaines idées fausses. Réduire certaines idées trop complexes. — Dans les sentiments : Supprimer les désirs irréalisables à l'homme. Réduire les sentiments irréalisables au malade. — Dans les actes : Supprimer les actes inutiles. Rendre possibles les actes utiles ou nécessaires.

Nous savons que, pour rétablir le fonctionnement normal, il faut abaisser la difficulté ou relever la tension, jusqu'à ce qu'elles soient de pair. Nous avons, dans le présent chapitre, à nous occuper du premier moyen.

Le procédé naturellement devra varier avec les différentes obsessions, et il nous est impossible d'en parcourir toutes les catégories, qui sont innombrables. Mais, parmi elles, le scrupule constitue une espèce très précise et relève d'un traitement à for-

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mule unique. C'est celui-ci que nous allons exposer avec quelques détails, nous contentant de dire, pour les autres obsessions, que leur traitement devra s'en rapprocher le plus possible. Dans un cas comme dans l'autre, il faudra toujours trouver un procédé qui diminue la difficulté des actes dépassant la tension dont le malade dispose.

Or, la difficulté des actes conscients est faite par leur complexité [157 sqq.]. Il faut donc les rendre moins complexes, les simplifier.

Nous allons exposer d'abord la simplification de Fidée obsédante, réservant pour un second paragraphe la simplification des autres difficultés.

SIMPLIFICATION DE l'ïDKE OBSÉDANTE

Il est entendu que nous ne touchons pas à la majeure du syllogisme fondamental, à la maxime délibérément voulue qui gouverne la vie du malade. Nous !e lui avons promis [237]. Et d'ailleurs, elle ne dopasse pas ses forces. Elle appartient au 2e ou au 3e groupe de la hiérarchie [152 sq.]. C'est une idée générale relativement simple; elle est comprise et voulue, enregistrée dans la conscience parles expériences passées, organisée par l'habitude, assimilée par le moi. Bile est bonne ou même nécessaire, et n'est poinl un obstacle à la guérison. La supprimer ou l'amoindrir serait une mauvaise action et une

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action vaine : «ne autre tendance, qui ne la vaudrait peut-être pas, la remplacerait bientôt, pour amorcer une autre idée obsédante et manifester l'insuffisance actuelle de la vie.

Les faits qui fournissent la mineure au syllogisme, qui font surgir les terribles peut-être, ne peuvent pas être supprimés efficacement, puisque ce sont tous les faits quelconques, les plus insignifiants, et qu'ils se remplacent aussi les uns les autres, toujours raccordés, par une association ou un contraste, avec la majeure, pour refaire le bloc fatal. Et d'ailleurs, eux non plus, pris en eux-mêmes, ne dépassent pas pour la plupart les forces du sujet. Dites-lui : « Voulez-vous faire cette addition? — Sans difficulté. » Et il ne doute pas, dans les cas moyens de la maladie, de la valeur du résultat. Mais si vous lui dites : « Ce sont les comptes de votre cuisinière ou de yolre client, » immédiatement les doutes surgissent avec raflluence des idées nouvelles, avec la confrontai ion du fait de l'addition et de la maxime qu'il ne faut point «faire tort à son prochain*

C'est là — dans cette confrontation — qu'est la difficulté, parce que c'est là qu'est la complexité [157].

Or, nous ne pouvons pas-empêcher cette confrontation, puisque nous ne pouvons pas en supprimer les deux ternies qui se joignent automatiquement. Nous ne pouvons pas dissocier et dissoudre l'idée obsédante, ce qui serait un excellent moyen de la simplifier; nous restons en face du bloc.

Et alors comment le faire moins lourd?

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En l'appuyant sur un principe fourni par le directeur et que le dirigé doit appliquer en dépit de tout.

En fait, quel que soit le scrupule, il se réduit toujours à la peur de compromettre un devoir, une vertu, une perfection morale ; c'est-à-dire, en dernière analyse, au souci d'évité?* le mal — soit le mal qui est un péché, soit le mal improprement dit, qui est un moindre bien, une imperfection1. Or, il existe, pour le scrupuleux, un principe de conduite qui suffit à cette tâche, et dont voici la formule :

« Pour moi, en fait d'obligation de conscience — obligation sous peine de péché mortel, ou de péché véniel, ou d'imperfection — il n'y a que les évidences qui comptent. » Ou, en d'autres termes identiques pour le fond : « Pour moi — qu'il s'agisse de péché mortel, de péché véniel ou d'imperfection — je ne puis contracter que le mal dont j'ai l'évidence parfaite*. »

1. Nous faisons appel, dans ce chapitre, à certaines notions théologiques, pour les mêmes raisons que nous avons déjà invoquées ci-dessus [239],

2. Pour les obsessions autres que le scrupule, il sera souvent possible de formuler le principe sous cette forme : « Ne tenez compte que de ce que vous sentez que je vous conseillerais évidemment. À plus forte raison, méprisez, ne traduisez pas en actes les idées que je désapprouverais, si j'étais là ». Au lieu de la pensée du directeur, on peut faire intervenir celle d'une autre personne, qui serait mieux obéie.

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On sait qu'il faut peser ses termes avec les scrupuleux. Ceux-là sont pesés et, pourvu qu'ils soient compris, répondent à tout : « Pour moi », ce n'est peut-être pas vrai pour les autres ; mais il s'agit de moi. Je peux, je dois et je veux obéir; or, c'est l'ordonnance, je n'ai qu'à la suivre. — « En fait d'obligation de conscience, » par conséquent, dans tous les cas possibles et imaginables où mon souci de moralité est en cause1. — Quel qu'en soit l'enjeu, qu'il s'agisse « de péché mortel, ou de péché véniel, ou d'imperfection. » Si donc l'évidence ne porte que sur l'imperfection, il n'y a pas de péché ; si elle ne porte que sur le péché sans dire s'il est mortel, il n'est pas mortel, il n'est que véniel. — Car « il n'y a que les évidences qui comptent, » c'est-à-dire une certitude qui exclue, défait, tous les doutes possibles, toutes les moindres apparences d'erreur; une certitude calme, pleine, fulgurante comme « deux et deux font quatre » ; claire à ce point que je me sente disposé sans le moindre scrupule à en faire le serment; à ce point que personne, pas plus que moi, ne fût capable d'en douter. — Et puisque cela seul « compte », je ne dois pas avoir cure du reste. Les peut-être, les peurs ne sont pas des évidences; je

1. Quand le scrupule porte sur un ieul point, c'est à ce point seulement que s'applique la formule. Si, par exemple, tel scrupuleux se préoccupe uniquement de la pureté, et se trouve parfaitement calme, ou peut-être même plutôt « large », sur les autres points, alors le principe de conduite devra se formuler avec cette restriction : « Pour moi, dans tout ce gui louche à la pureté », etc. En somme, le principe doit s'étendre aussi loin que la maxime fondamentale qui amorce l'idée obsédante, c'est-à-dire qu'il doit avoir la môme envergure que le besoin.

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les méprise, je passe au travers, j'agis comme s'ils n'étaient pas.

La formule ne s'exprime pas au passé. Elle ne dit pas : « Dans l'acte accompli hier, ou tout à l'heure, ou il y a vingt ans, vous n'avez péché que si vous on avez maintenant l'évidence. » Sous cette forme, elle pourrait à la rigueur être inexacte ; mais elle est infaillible au présent, et cela suffit : c'est au présent qu'il faut vivre. — Mais, dans ce coin du passé où je ne vois pas clair, dans cet autre que j'ai peutêtre oublié, si, de fait, j'ai péché, Dieu le sait, lui, môme si je doute ou si j'ignore. — Il fait son métier, qui est de savoir; faites le vôtre, qui est, là-dessus, d'ignorer et de vous tenir tranquille. Si vous avez péché, c'est fait, vous n'y pouvez plus rien. Sanctifiez le présent. — Mais si je ne suis pas en état de grâce?... — Le meilleur moyen de vous y mettre est de faire ce que Dieu vous demande.

Laissez le passé, qui n'est plus ; laissez l'avenir qui n'est pas encore. C'est le présent seul que vous pouvez moraliser, Quelle qu'ait été votre conduite jusqu'à maintenant, il s'agit de savoir ce que vous avez maintenant à faire pour rester fidèle à votre rêve de beauté morale. La formule vous le dit. Le passé vous impose-t-il à cet égard une tâche, un repentir, une confession, une réparation? L'avenir à préparer vous impose-t-il des précautions à prendre, des obstacles à éviter? La formule vous le dit, ou plutôt vous le dirait.

Pratiquement, marchez, ne pensant pas plus à votre conscience que si vous n'en aviez pas. Car, de

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deux choses Tune : Ou vous avez l'évidence que vous violez une obligation, que vous faites mal ; ou vous ne l'avez pas. Si vous l'avez, vous le verrez bien ; c'est le propre de l'évidence qu'on ne peut pas ne pas la voir, et vous en tiendrez compte; — si vous ne l'avez pas, quoi que vous fassiez, c'est très bien ; non seulement ce n'est pas mal, non seulement vous ne contractez pas la moindre imperfection — la formule vous le dit; — mais c' est très bien, parce que vous remplissez généreusement, à rencontre de vos impressions, votre devoir d'état, qui est de vous guérir, et, par là, de vivre votre vraie vie et de mettre en sécurité votre rêve de vertu [239].

Marchez donc, en pleine sécurité, comme vous le feriez sur la grande rouie ou dans les allées d'un parc, si vous saviez que seules les vipères aperçues et reconnues en toute évidence peuvent vous mordre, et encore à condition, même alors, que vous décidiez délibérément de vous offrir à leur morsure. Car c'est votre cas, le principe vous le dit1.

Ce principe, une fois compris, est facile à retenir. Deux mots le résument : Marchez, sauf évidence.

Et il se suffit. Il est absolu, sans exception aucune; il doit rester unique, sans addition. Il est bien entendu que tout ce que Ton pourra dire ne sera que pour l'expliquer et non pour le contredire. Il restera au sommet de la pratique, inviolé, com-

1. 11 est bien clair, en effet, que, pour les scrupuleux comme pour les autres, il n'y a pas de péché' tant qu'il n'y a ni advertance ni consentement. En lui conférant un privilège particulier, on ne le prive pas des élargissements de droit commun.

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mandant tous les autres, limité par aucun, ayant partout et toujours le dernier mot. Le malade ne s'y reconnaîtrait plus s'il avait à faire la part des exceptions possibles, ou à manier un principe différent pour chaque catégorie de faits. Celui-là suffît à tout : il est unique. Pas d'exception à prévoir : il est absolu.

Mais nous n'avons fait jusqu'ici qu'en dire la formule et en exposer le sens. Il faut montrer sa légitimité d'abord, et ensuite son efficacité et ses applications.

Sa légitimité saute aux yeux. Le scrupuleux qui soupçonne le mal partout, même là où il n'y a pas le moindre fondement, ne manquera pas de le voir en pleine évidence là où il se trouve, Ce qui lui fait certaines certitudes impossibles, c'est l'invasion des peut-être qu'il sent être futiles, mais qu'il n'arrive pas « à chasser ou à classer » ; c'est la multitude des éléments soulevés par la bourrasque, et qu'il n'a plus la force de ramasser et d'étreindre d'un seul effort; la poussée contradictoire de ses tendances, que la vie, trop dispersée, n'a plus assez de tension pour unifier. Mais, en face du mal véritable, le bon sens ne proteste plus; l'esprit n'est plus tiraillé en sens divers, par des oui et des non qui crépitent de toutes parts comme du fulmicoton qui llambe ; il est fixé dans un champ circonscrit. L'idée est moins complexe; elle ne dépasse plus le niveau de la tension vitale.

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La confrontation avec la tendance préférée se fait tout droit, dans le calme et la lumière, et le désaccord éclate, la conscience l'enregistre, la tendance toujours en éveil est avertie, et s'insurge sans hésiter. La haine du mal n'est que l'envers de l'amour pour le bien. L'une n'est pas plus difficile que l'autre; et le scrupuleux n'est pas plus exposé à prendre le péché pour un acte licite, que l'avare à prendre le voleui pour un ami.

A la rigueur cependant, l'avare, une fois ou l'autre, peut se tromper, et le scrupuleux de même. C'est tant pis pour l'avare ; il y a perdu son argent. Mais le scrupuleux n'y a rien perdu. Lex non curât de accidenlibus, dit un vieil adage : la loi n'a cure des conséquences accidentelles. En donnant au scrupuleux une loi de conduite, le directeur n'a pas à s'occuper de ces hasards possibles ; et, par suite, le scrupuleux, dont tout le métier est d'obéir, encore moins. Si donc, une fois sur mille ou sur cent mille, il y a un mal réel là où le scrupuleux n'en a pas l'évidence, il use de son droit en passant outre, et le mal, purement matériel, n'entache pas sa conscience. L'obligation ici, réelle en fait, ne lui a pas été promulguée par le seul mode qui lui convienne : il n'avait pas à en tenir compte *. De même que le devoir serait une tâche impossible au commun des hommes, s'il les liait en dehors de la certitude morale de l'obligation *;

1. Ncmo ligatur prœcepto, nisi mcdiante scientia praecepti. Saint Thomas d'Aquin, Quœsliones disputata*, q. 17* de Veritate.

2. C'est le fond du Probabilisme. Pour son exposé, sa justification et ses restrictions, voir les auteurs spéciaux. — La certitude morale ou pratique, par opposition à la certitude absolue ou »pé-

de même, s'il liait les scrupuleux en dehors de l'évidence.

Prius est esse, il faut vivre d'abord, et, comme le disait le P. Paber, la morale n'a pas été donnée à l'homme pour le rendre fou.

Le principe est donc, en somme, de droit naturel pour le scrupuleux. Hais on peut dire qu'il est consacré aussi par le droit positif. Les moralistes et les confesseurs unanimement, sous des formes diverses, le leur appliquent, au vu et au su de l'Église, qui â la mission de veillera l'intégrité de la morale et de la doctrine. Elfe n'aurait pas pu tolérer cette universelle pratique, si elle l'eût jugée condamnable. Son silence équivaut à une approbation ; et la môme autorité qui proclame, au scrupuleux croyant, ses principaux devoirs, se fait le garant du principe qui en atténue pour lui la rigueur.

Mais, si ce principe est pour lui un droit, il devient par là même un devoir, quand son directeur le lui impose, puisque c'est le moyen d'obéir et que l'obéissance, nous l'avons vu, est le moyen unique d'une guérison obligatoire.

Or, appliqué résolument, ce principe est d'une évidente efficacité.

culative, est celle qui n'a contre elle que des doutes « imprudents », celle dont l'opinion contraire n'est pas pratiquement soutenable. En somme, c'est une très grande probabilité, à ce pf int que le contraire soit tout à fait improbable. Dans la certitude absolue, le contraire est impossible.

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Au besoin d'être sûr, il substitue celui de n'être pas sûr, et nous savons [IIIe partie, ch. i, § 2] que, dans la hiérarchie de la difficulté, tandis que l'un occupe le sommet, l'autre se place à un rang modeste, avec toutes les chances de se trouver au-dessous du niveau de la tension, et, par suite, réalisable sans effort. L'obsédé s'imposait l'impossible tâche de soulever à chaque instant, d'examiner et de concentrer toute la multitude des phénomènes jaillissant de toutes parts dans sa conscience, de résoudre tous les problèmes, d'éclairer tous les peut-être; il lui suffit maintenant de voir un doute planer sur l'obligation ou môme de ne rien voir. Il est clair que la lâche lui est autrement facile, parce qu'elle est incomparablement moins complexe. C'est beaucoup moins compliqué, de voir un doute planer, que de voir tous les doutes contraires s'éclaircir; de dire: « Je ne puis pas jurer que ceci est mal », que de dire : « Je puis jurer que ceciestbien ». Beaucoup moins compliqué, d'aller son chemin tant qu'il n'est pas barré par une évidence nécessairement très rare, que de ne pouvoir faire un pas sans qu'une évidence plus rare encore s'y reflète. La tâche est simplifiée vraiment, quand il n'y a plus à raisonner et à coordonner la sarabande des idées folles, mais seulement à les mépriser.

D'ailleurs, les idées folles s'évanouissent peu à peu, non pas toutes, mais les plus nombreuses et les plus pénibles, ou plutôt elles ne trouvent plus l'occasion de surgir. Elles étaient surtout le « développement de l'idée obsédante » [lr0 partie, ch. n], le produit de l'eifort stérile vers une certitude impossible.

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L'application du principe, en supprimant l'effort, les étouffe clans leur germe. Du même coup, tombent les dérivations auxquelles il donnait aussi naissance [lre partie, ch. m]. Et voilà, pour ces deux motifs, en même temps qu'une économie de douleurs, une immense économie de forces qui étaient dépensées en pure perte, et qui vont maintenant grossir le capital de vie ; de sorte que le principe, en diminuant la difficulté, contribue déjà par contre-coup à relever aussi la tension.

De plus, comme tous ces progrès se réalisent en laissant intacte la tendance préférée, Fobse&sion actuelle, en s'atténuant peu à peu, en finissant par disparaître, ne sera pas remplacée. 11 faudrait pour en faire éclore une nouvelle, une nouvelle maxime, une nouvelle tendance dominante, une nouvelle orientation de la vie, qui ne peut pas se produire, parce que la première reste. Le syllogisme fatal [lro partie, ch. i], manquant de majeure, ne pourra pas s'amorcer.

C'est donc, pour le moins, déjà le mal enrayé, môme si la guérison ne pouvait être poussée plus avant. C'est, par l'abaissement de la difficulté principale, la réalisation suffisante de la tendance préférée, la vie redevenue à peu près tolérable. Et, d'ailleurs, la fidélité à se conduire d'après le principe, crée peu à peu une adaptation plus précise du malade à ses conditions d'existence, des habitudes dont il arrive à s'accommoder.

La conscience trépide toujours, et, si l'on n'y prenait garde, s'affolerait vite ; mais on lui tientles renés.

SIMPLIFICATION DE l/lDÉR OBSEDANTE 257

Elle est ombrageuse et resle exposée à voir du mal partout; mais on a des verres particuliers qui réduisent ce grossissement. Et la vie du scrupuleux docile, qui manie bravement son principe directeur, ne se distingue plus guère des autres, à moins que ce ne soit comme le myope ou le presbyte qui ont de bonnes lunettes sur leurs mauvais yeux.

Naturellement le principe n'est efficace qu'à la condition qu'on Yapplique. Il faut s'assurer qu'il a été compris par le malade et accepté. La plupart du temps, les femmes ne le remarquent pas ou n'en ont cure, et, quand on y appuie, elles le regrettent. Elles se cramponnent à un mot qui résout leur difficulté présente, à un « tenez-vous tranquille ». Elles affectionnent ces solutions de fait qui leur sont très claires... pour un moment. Et sur ce point, il y a «bon nombre d'hommes qui sont femmes ». Les uns et les autres se trompent. Délivrés de l'angoisse actuelle, ils vont en voir d'autres accourir par centaines, et, avant d'être rentrés au logis, ils sentiront le besoin de revenir à leur directeur pour lui redemander une nouvelle application de ce « baume tranquille » qui ne calme que pour un moment et ne guérit rien.

Le directeur, comme tous les éducateurs, a pour métier de se rendre inutile, d'apprendre à ses malades à marcher seuls, à vivre leur vie, à organiser leur moi. Il faut donc qu'il les décide à solutionner leurs

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cas par eux-mêmes, à manier le principe sauveur pour faire, à cette lumière fixe et sûre, le départ pratique entre le bien et le mal. C'est de la sorte qu'ils pourront dominer leurs impressions, réaliser les progrès dont nous parlions tout à l'heure, se réadapter à la vie, au lieu de rester des enfants incapables de marcher seuls.

Mais ils ne marcheront point tout seuls d'emblée. Ils ont besoin d'être encouragés d'abord et soutenus, pour qu'ils essayent les premiers pas. Le principe qu'on leur a mis en mains devra suffire à parer tous les coups, comme le fleuret aux mains de l'escrimeur; mais il faut que le maître d'armes leur apprenne Fart de s'en servir. Nous allons indiquer rapidement quelques applications parmi les plus pratiques, et la réponse à quelques objections parmi les plus ordinaires : le directeur trouvera facilement les autres au fur et à mesure des besoins, et saura les faire prévaloir à force de patience et de fermeté.

Une des obsessions les plus douloureuses consiste dans les rafales d'imagination obscènes chez les âmes les plus pures. Nous avons dit [185 sqq.] comment on les distingue des tentations véritables, et il serait très dangereux de les confondre. Le principe est souverain contre elles, et il peut se formuler, en cette occasion, sous la forme suivante plus facile à saisir. Deux points : Pendant la crise et après la crise. Pendant la crise, ne consentez pas, voilà tout (Pas de grimaces, pas de torsions de nerfs, pas de gestes, pas de cris, pas d'horreur exprimée, pas d'imprécations contre ie diable, pas même de

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prière, rien! Parce que tout ce que vous feriez îixerait l'attention, enfoncerait l'image dans les nerfs, créerait des associations et l'habitude de voir obscène). — Après la crise, ne vous examinez pas (pour les mêmes raisons), et tant que vous ne verrez pas avec évidence, et du premier coup, sans examen, malgré vous, que vous avez fait un péché mortel (matière grave, pleine advertance, plein consentement 4) — ce qui probablement n'arrivera jamais, — n'en tenez aucun compte, allez votre chemin.

La torture des communions avec la peur d'avoir rompu le jeûne ou de n'être pas en état de grâce ! L'application du principe, ici, est claire. — Mais si, de fait, je ne suis pas à jeun? — Eh bien, vous en êtes dispensé, comme le sont ceux qui communient en viatique. — Mais si je ne suis pas en état de grâce? — La communion vous y mettra. Elle sera bonne, puisqu'elle sera faite par vous comme Dieu !o demande ; elle devra donc produire son effet qui est d'augmenter la grâce; si elle n'en trouve point chez vous, elle en mettra, ce qui sera toujours une manière de l'augmenter.

La confession est plus torturante encore pour le scrupuleux qui ne sait pas obéir. Avec l'obéissance, elle est tout ce qu'il y a de moins compliqué. — •

1. L'Ange conducteur, p. 139, exprime ces deux conditions classiques dans les termes suivants, qui sont très clairs : « 11 faut que les deux actes de l'intelligence et de la volonté, par lesquels ces facultés voient et acceptent un mal grave, soient complets et parfaits ; c'est-à-dire que, pour l'intelligence, la vue du mal soit pleine et claire (au moment même du consentement) ; et, pour la volonté, qu'elle consente pleinement et parfaitement ».

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Mais je n'aurai peut-être pas le courage de tout dire. — Il n'est pas nécessaire de tout dire et peu importe que vous en ayez le courage. Vous en avez sûrement plus qu'il n'en faut pour dire tout ce qui est à dire : Les péchés évidemment commis, évidemment mortels, (matière grave, pleine advertance, plein consentement), évidemment jamais accusés dans une confession valide. Il faut ces trois évidences pour faire l'évidence de l'obligation. En avez-vous tellement des péchés qui portent cette triple marque? Si vous n'en avez pas au moment de votre confession, vous n'avez rien à dire; tout ce que vous direz sera de subrogation. Pour peu que vous en disiez trop, votre directeur vous fixera un nombre d'accusations, deux ou trois, qu'il ne faudra point dépasser; pour peu que le choix vous affole, il vous interrogera lui-même, ou il supprimera toute accusation, vous autorisant seulement à dire que vous avez péché, votre confiteor. Mais, qu'il s'agisse de vos péchés mortels ou véniels, pas d'exagération ni pour le nombre ni pour la qualité ; efforcez-vous de diminuer plutôt que d'exagérer (il y a beaucoup moins de danger pour vous et beaucoup plus de mérite) ; prenez toujours parti contre le scrupule, sabrez tout ce qui est douteux. Le principe vous ledit. — Mais si je me trompe par défaut d'examen? — Le principe vous répond : Les si et les peut-être ne comptent pas; et votre directeur vous a dit ou vous dira que vos examens doivent être très courts. 11 pourra aussi vous fixer, là encore, une limite à ne pas dépasser, ou même vous interdire tout examen. Votre temps sera mieux employé à la prière, à vous mettre

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en état de contrition et surtout de confiance et de courage. — Mais je ne sais pas si j'ai la contrition. — Vous n'avez pas besoin de le savoir, le principe vous le dit. — Mais qui sait si le prêtre a bien récité la formule de l'absolution? — Encore une chose qui ne vous regarde pas. Laissez le confesseur faire son métier, et faites le vôtre, qui est de vous tenir tranquille. — Mais, précisément, après mes confessions comme après mes communions, je ne sens pas la paix. — Et qui vous dit que vous devez la sentir?

Il faut insister en quelques mots sur ce point, parce que Terreur du malade à cet égard est commune et joue un rôle considérable dans son hésitation à obéir1.

Il voudrait sentir la sécurité que lui donne l'obéissance, sentir la paix descendre avec les sacrements, la vie surnaturelle couler dans son âme à pleins bords. Il demande beaucoup trop, il met le but au-dessus de ses forces, et même, pour ce qui regarde la vie surnaturelle, au dessus des forces humaines. La conscience de la vie surnaturelle nous échappe comme la conscience de la vie rationnelle échappe au nouveau-né, ou celle de la vie sensitive à l'enfant qui va naître. La conscience est un sommet, il faut que la vie monte avant d'y atteindre; elle est un épanouissement, le terme d'une évolution, il faut d'abord en fournir les étapes ; elle est une floraison, il faut attendre le soleil qui doit en échauffer la sève. Pour faire fleurir la

1. Chez l'obsédé en général, et non pas seulement chez le scrupuleux. La matière de l'angoisse diffère; mais l'un et l'autre voudraient sentir la sécurité de l'obéissance.

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conscience de la vie surnaturelle, il y faut le soleil de l'éternité. Comme l'enfant n'a senti ses poumons et ses yeux fonctionner qu'au delà du sein maternel, en prenant contact avec l'air et la lumière, nous ne sentirons le rhythme de notre vie divine qu'au delà de la tombe, en prenant contact avec Dieu.

En ce monde, nous ne pouvons sentir que le contrecoup de la grâce dans notre vie psychologique. Nous n'avons conscience que de notre activité humaine, et encore par fractions, entre les sommets qui n'ont pas encore fleuri et la base où la sève s'est figée en habitudes et en réflexes.

Or, chez les scrupuleux, cette vie consciente est troublée; et la paix est « la tranquillité de l'ordre1 ». Mettre Tordre dans sa vie — non seulement dans sa vie morale, mais psychologique, — appuyer cet ordre sur une base solide, et prendre conscience d'une vie ainsi organisée : tel est le moyen de sentir la paix, et il n'y en a pas d'autres. On voit qu'il consiste avant tout à n'être pas scrupuleux, et le scrupuleux qui voudrait « sentir la paix » avant de triompher de ses scrupules, ressemble au boiteux qui attendrait de marcher droit avant de se faire redresser la jambe, au malade qui, avant d'employer les remèdes, attendrait d'être guéri.

L'application de notre principe met Tordre voulu dans la conscience morale; mais la conscience psychologique continue à trembler tant que la maladie dure, tant que la tension et la difficulté ne sont pas

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