‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 62 sur 93 · I. C'est la belle définition de saint Augustin · texte numérisé non relu

I. C'est la belle définition de saint Augustin

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de pair, et de façon de'finitive. Il faut donc se passer de la paix, ou plutôt il faut lutter pour la conquérir. Elle est au bout de la lutte, avec la victoire. Si vis pacern, para bellurn. Ce n'est même pas assez de « préparer la guerre », il faut la faire et il faut vaincre. La capitulation ne vous donnerait qu'une paix trompeuse, une paix partielle, une sorte de joie, parce que certaines tendances, celles du scrupule, reçoivent alors satisfaction * ; mais en étant satisfaites elles se fortifient, et, l'instant d'après, elles enfoncent d'autant plus leur aiguillon et font la guerre plus vive contre la tendance fondamentale du vrai moi à s'unifier. Cette joie se paye donc par la douleur; et cette paix, par la guerre. 11 faut suivre l'ordre inverse.

« Si on n'obéit pas aux injonctions de ses scrupules et qu'on les brave, nous dit A, on ressent, après, des angoisses horribles ». « Quand j'ai osé, nous dit F, le remords me confirme dans mes craintes. » 11 doit en être ainsi au début: L'obéissance au principe ne détruit pas l'idée folle ni ne l'éclairé; elle la méprise, elle l'empêche d'arriver jusqu'à l'acte; mais toute idée non éliminée ou non résorbée par le moi, reste et lutte à la mesure de sa force. Voilà donc le moi tiraillé en sens divers et incapable de sentir la paix, puisqu'elle n'y est pas.

1. La joie est la conscience de l'harmonisation vitale. (Voyez Le Gouvernement de soi-même, 14* édit., 204, 311-315.) 11 y a joie pour autant et pour aussi longtemps qu'il y a une harmonisation vitale sentie. Il y en a une quand le buveur déguste son alcool, mais courte et réduite à l'activité de sa gorge, et qui amène la désharmonie partout ailleurs. La joie du scrupuleux qui cède à son scrupule est du même ordre.

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Au début du traitement, elle doit y être moins que jamais : « il tranche dans le vif, en enlevant impitoyablement les vieilles routines et les moyens insensés de sécurité dont on s'était fait une seconde nature1 ». L'idée qu'il combat sans pouvoir encore la détruire, représente la force de longues habitudes, la coalition des impressions les plus vives, qui, empêchées d'aboutir, encombrent l'esprit et l'organisme, et y mettent nécessairement le désordre. La conscience de ce désordre ne peut pas être la paix, mais l'agitation et la douleur. Il faut en passer par là. C'est même un bon signe à saluer en brave. Cela prouve que la cure agit, qu'elle dérange les habitudes. Il y a un moment terrible où elle bouleverse tout, où elle écrase tout, où il semble qu'on ne peut faire un pas sans marcher sur sa conscience. Marchez ! C'est le moment décisif. Marchez! Ce n'est pas la conscience qui crie, c'est le scrupule aux abois. Si vous l'épargnez, si vous cherchez la lumière, si vous voulez sentir la paix, vous êtes perdu. Marchez ! vous êtes dans le tunnel : la lumière est au bout. Vous êtes dans la bataille : la paix va venir avec la victoire.

Quand elle viendra, ne vous y fiez pas trop vite, et fortifiez-la par la fidélité aux mêmes moyens. N'allez pas gratter les vieux nids à scrupules pour voir s'il en reste ; n'allez pas exciter les guêpes pour constater si elles piquent encore. Elles piquent toujours dès qu'on les excite, jusqu'à ce qu'elles soient

i. L'Àîige conclue leur, 86 sq.

SIMPLIFICATION D« L'mÉE OBSEDANTE 265

mortes. Et vous reconnaîtrez qu'elles sont mortes quand... vous les oublierez. « Je laisse dormir, nous écrit Ee, les coins obscurs, où je sens bien que les mêmes choses troubles existent toujours ». Oui. Quand on sent, dit A, que « ça va venir, comme la trépidation d'idées inconscientes, il faut absolument détourner son attention ». Oui encore. Laissez les trépidations et les choses troubles rentrer peu à peu dans Tordre, et faites Tordre « tranquille » en Tétablissant sur de fortes habitudes, avant de renoncer au principe, comme on attend que la voûte soit finie et que le ciment ait séché, avant de retirer Téchafaudage. C'est au directeur, du reste, et non pas à vous, à modifier la direction ; et il se gardera bien de le faire trop tôt.

Mais avant d'en venir à la victoire ou même à Tapplication sincère du principe, le malade ne manquera pas d'entasser les objections. Il n'y a qu'à répéter le principe pour répondre à tout, et c'est une manière pratique d'en faire comprendre la portée.

« Je ne suis pas scrupuleux, je n'ai pas été franc, j'ai oublié beaucoup de choses, vous m'estimez trop 4, je me suis mal expliqué, vous ne m'avez pas compris ». — Le moment arrive vite où le directeur peut

1. En cela comme en tout le reste, le pauvre scrupuleux est pris dans un étau, il veut et ne veut pas être estimé. L'un d'eux nous écrit : « Je vous en supplie, ne dites plus que vous êtes sûr de moi. Gela me fait beaucoup de mal. Je suis indigne de votre confiance, il me semble que je vous trompe... Désirant vous inspirer de l'estime, peut-être ai-jo outrepassé la mesure... Je ne sais lequel est le plus douloureux, ou d'être jugé trop mal, ou de conquérir une estime qu'on ne mérite pas ».

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répondre : « Ce n'est pas d'après ce que vous m'avez dit, mais d'après ce que je sais, motuproprio, que je vous donne cette consigne. D'ailleurs, il n'y a pour vous que les évidences qui comptent. Attendez d'avoir l'évidence que toutes ces belles raisons vous interdisent l'emploi du principe.

— Mais il s'agit là de la base, du point de départ : j'appuie donc l'emploi de ce principe sur l'emploi de ce principe. C'est un cercle vicieux ! — Tant pis pour le cercle vicieux, ou tant pis pour la logique ! Il n'y a pour vous que les évidences qui comptent. Et vous n'avez pas besoin d'en être convaincu ; c'est mon affaire : la vôtre est d'obéir en dépit de tout — de tout.

— Mais si je comprends mal, si j'interprète trop largement le principe ? — II n'y a que les évidences qui comptent. Tant qu'il n'est pas évident que vous comprenez mal, marchez ! Et il est impossible que vous interprétiez trop largement le principe, précisément parce que rien ne le limite, et toute interprétation qui ne vous est pas évidemment défendue, est bonne.

— Mais j'ai lu tel livre, j'ai entendu tel sermon où Ton soutenait une doctrine contraire. Il me Ta semblé du moins. — Ce n'est pas une évidence, et même si c'en était une, il ne serait pas évident que cela lût pour vous, puisque, pour vous, je vous ai dit tout le contraire.

— Mais qui sait si vous ne l'avez pas rétractée, ma consigne, au moment où je l'applique? — Si vous ne le savez pas, vous n'avez pas l'évidence qu'elle vous est interdite, et il n'y a que les évidences qui comptent.

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