‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 63 sur 93 · SIMPLIFICATION DE L'IDÉE OBSÉDANTE · texte numérisé non relu

SIMPLIFICATION DE L'IDÉE OBSÉDANTE

■ — Mais je n'ai peut-être pas confiance en vous. — Tant pis pour moi : mais il n'est pas évident que cela vous oblige à me désobéir.

— Mais si je vous obéis, c'est au fond parce que cela me va, et que votre principe est plus commode que les miens. — • Si j'en savais un plus commode encore, je vous le donnerais.

— Mais je ne sais jamais si j'ai l'évidence. — C'est alors que vous n'en avez point. Quand on a l'évidence on sait parfaitement qu'on l'a.

— Mais si je n'en ai point, il n'y a donc plus d'obligation pour moi ? — 11 n'y en a plus : le principe vous le dit. Passez-vous-en, jusqu'à ce qu'elles reviennent ».

Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on juge bon de finir le débat, par cette conclusion : « En dépit de tout ». Or tout n'oublie rien. Quelles que soient les objections oubliées, ce tout les renferme et les supprime.

Il y a une circonstance, une seule, où le principe paraît insuffisant, non pas qu'il fléchisse ou qu'il faille le réduire ; mais au contraire parce qu'il n'est plus assez large : C'est quand le malade vous assure qu'il voit partout des évidences, non pas seulement, bien entendu, l'évidence du fait matériel, mais l'évidence d'une obligation qui en surgit. 11 le dit, mais cela n'est point. Si cela était, nous ne serions plus en face de l'obsession* de la folie lucide, mais de la folie

pure. Il faut s'industrier pour mettre en lumière le doute foncier qui disqualifie ces prétendues évidences ; mais, dans quelques cas extrêmes, on y échoue. Tout en ayant la conviction que le malade n'est pas un fou caractérisé, qu'il doute réellement de ses idées folles, nous sommes incapables de lui faire apprécier la moindre distinction entre ses évidences et ses peutêtre. Faut-il alors l'abandonner?

Non, s'il veut guérir vraiment, et donc s'il veut obéir.

C'est le cas, pour le directeur, de recourir à ce que certains théologiens appellent « son pouvoir discrétionnaire ». Cela ne veut point dire sans doute qu'il puisse faire fi de la morale et en bouleverser les lois, mais les formules classiques. Ce n'est pas le but qui est à sa discrétion, mais le moyen. Et aux grands maux, il peut appliquer les grands remèdes.

Dans l'espèce, nous croyons que le directeur, connaissant son malade et moralement sûr de son bon vouloir, peut lui dire hardiment : « Marchez, même contre vos évidences. » Puisqu'il n'y a plus d'autres remèdes, celui-là est le bon. Le danger, du reste, n'est pas grand ; ou plutôt il est pratiquement nul. Nous savons que ces malades ont des idées ou même des impulsions monstrueuses ; mais ils n'ont guère que de bonnes intentions. Et puis, sont-ils vraiment capables, dans une telle crise, de la délibération et de la liberté que le péché suppose? B, à qui nous avions donné cette consigne, nous écrivait : Vous voulez dire sans doute « que, n'ayant plus de liberté complète, je suis incapable, en ce moment, de faire

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un péché mortel. Eh bien, chose incroyable, cette explication, humiliante pour mon amour-propre, est la seule chose qui me tranquillise. Si je n'ai plus de discernement, mais seulement la demi-liberté des fous, Dieu en tiendra compte et ne méjugera pas ». Cette mesure toutefois ne peut être que transitoire. Elle est destinée à donner, vaille que vaille, un moyen de vivre en laissant passer la tourmente. Le calme relatif ensuite revenu, on s'efforcera d'amener le malade à utiliser le principe des évidences, parce que c'est lui qui est éducateur, qui obtient la collaboration du dirigé, qui, s'il ne casse point le bloc de l'idée obsédante, le réduit du moins à sa plus simple expression, à son noyau pour ainsi dire, et le fait glisser de plusieurs crans dans la « hiérarchie » de la difficulté. C'est lui, en un mot, qui constitue le remède de choix, ou plutôt le seul efficace. « Pourquoi donc, s'écrie H, tous ne donnent-ils pas cette règle si simple et si efficace — la seule qui m'ait guéri, la seule qui puisse guérir : « Tant que vous n'êtes pas sûr comme deux et deux font quatre »... Pendant plus de trois ans, mes confesseurs ont poussé des exclamations : « Mais il ne faut pas avoir peur! Mais il faut avoir confiance I » En voilà un traitement ? » La maladie est assez compliquée pour que les confesseurs comme les médecins soient excusables de ne point la connaître à fond sans l'avoir étudiée; mais l'étude qu'ils en feront les consolera largement de son aridité par ses résultats.

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L'idée obsédante constitue la plus grave difficulté, celle qui dépasse nécessairement la tension dont on dispose, et c'est donc par elle qu'il faut commencer. Mais il peut y en avoir d'autres à réduire. 11 faut s'en occuper dans la mesure du besoin ; d'abord de celles qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent dépasser aussi la tension, parce qu'elles perpétuent l'angoisse ; ensuite de celles-là même qui sont au-dessous, si elles constituent une dépense inutile de forces. Mais il faut tenir compte aussi du sujet et de la mesure d'efforts qu'il peut fournir; il faut graduer ce traitement complémentaire et ne pas demander trop à la fois, pour ne pas nuire au traitement principal. C'est affaire de doigté, et il appartient au directeur de juger ce que les circonstances comportent.

Nous passerons ici en revue quelques-unes des difficultés qui apparaissent à l'occasion des idées, des sentiments et des actes. Nous avons spécialement en vue les scrupuleux ; mais on remarquera sans peine qu'un bon nombre de ces observations s'appliquent également à tous les obsédés.

Certaines idées sont une source de difficultés insurmontables, précisément parce qu'elles sont des

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erreurs. A cela, il n'y a qu'un remède, c'est la vérité : que le directeur la dise. C'est le cas d'employer la persuasion dans la mesure où elle est possible [217]. Ces idées fausses ne touchent parfois qu'indirectement à l'obsession, et leur réfutation alors sera facile. Dans les autres cas, le malade se laissera plus ou moins convaincre par l'autorité du directeur, et, pour autant que les doutes subsisteront, il devra s'efforcer de les mépriser au moins en acte, en agissant comme si la conviction était complète, protégé toujours par le principe des évidences.

Nous donnons quelques exemples de ces vérités apaisantes opposées aux erreurs des obsèdes, sans insister sur leur explication, parce qu'elles sont d'ordre général et n'appartiennent pas spécialement à cette étude.

Qn n'est pas tenu à éviter absolument toute occasion de péché, à plus forte raison toute occasion possible de mauvaises pensées, lesquelles ne sont ellesmêmes que des occasions de péché. Il faudrait pour cela éviter de vivre. Toute circonstance, tout acte, toute sensation, toute parole, toute pensée peut fournir des occasions de ce genre, et les scrupuleux, s'il en était besoin, se chargeraient de nous en fournir la preuve. Les consciences droites, môme délicates, trouvent d1instinct la vraie mesure. Les moralistes la rattachent aisément aux principes, notamment à ce qu'ils appellent « le principe du volontaire indirect * » : Quand une cause, bonne ou indifférente

4. Vojeï, par exemple, Lehmkulil, ouvr. cité, 1, o°* 12 et 13.

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par elle-même au point de vue moral, a deux effets directs1, l'un bon et l'autre mauvais, on peut licitement poser la cause en vue seulement d'obtenir le bon résultat, et permettre indirectement le mauvais, s'il y a, pour agir ainsi, une raison proportionnellement grave. — Par exemple, Z, au lieu de s'interdire tant de choses [57 sqq.], peut (ou même doit) aller librement à sa maison de campagne, en dépit des mauvaises pensées qui lui viendront peut-être, et qui d'ailleurs ne lui viendraient pas moins en restant chez elle.

Les préceptes positifs, ceux qui imposent un acte à faire, n'obligent pas de façon absolue2, mais seulement quand ils sont moralement possibles, c'est-àdire quand il n'y a pas d'excuse proportionnellement grave — proportionnellement, donc en tenant compte de la gravité de l'excuse et de celle du précepte. Ainsi, l'assistance à la messe n'est plus obligatoire quand elle entraînerait un danger notable pour la santé. Le précepte qui oblige ceux qui ont commis un péché mortel à ne point communier sans confession préalable, si grave qu'il soit, est, en ce sens %

1. Tels qu'ils suivent l'un et l'autre directement de la môme cause ; car si le bon devait suivre du mauvais, il serait interdit par un autre principe disant qu'il ne faut pas prendre le mal même pour faire le bien.

2. Les préceptes négatifs, ceux qui défendent le mal, sont absolus. 11 ne peut jamais être licite de mal faire.

3. En tant qu'il impose cet acte de la confession. Il est négatif, en tant qu'il défend de communier en état de péché mortel. Mais le péché, même mortel, peut être effacé par la contrition parfaite, qui est très facile au scrupuleux. Voyez L'Ange conducteur y 49 sq., 69 sq., 144 sqq.

positif; et alors, dans certains cas extrêmes, le directeur ne pourra-t-ii pas prescrire la communion, entre les deux confessions réglementaires, en toute hypothèse, même si Je malade croit avoir l'évidence d'une faute grave commise? Et n'y aurait-il pas un inconvénient énorme à lui appliquer, mémo alors, ce précepte positif? C'est au directeur à décider; mais, pour l'ordinaire, il fera mieux de ne pas fournir ses raisons [217].

Le plus par fait en théorie n'est pas toujours le plus parfait dans la pratique. « Le mieux est quelquefois l'ennemi du bien ». Les scrupuleux le prouvent par la façon dont ils recherchent « le parti le plus sûr » [53 sqq.]. Or, la perfection à vivre est une perfection de pratique; et la pratique doit tenir compte de toutes les circonstances réelles, et en particulier du scrupule, circonstance qui complique singulièrement l'action. Et parce que le premier devoir du scrupuleux est de se guérir, et qu'il n'y a pas de perfection contre le devoir, ce n'est qu'en assurant, par-dessus tout, la lutte efficace contre le scrupule, que le scrupuleux peut tenter de faire du surérogatoire et viser à la perfection. D'abord ce « bien » nécessaire, et ensuite « le mieux », à la condition encore qu'on sache le discerner du point de vue pratique et qu'on le cherche avec un cœur large, convaincu que ce mieux n'est pas un devoir, attiré par l'amour et non pas fouetté par la peur1.

1. Voyez un conseil pratique dans L'Ange conducteur, 97 sq. n. 18

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La douleur n'est pas nécessairement bonne, et le plaisir nécessairement mauvais. Ces choses-là ne sont pas sur le même plan ; elles appartiennent à deux plans qui se coupent, il y a des points communs : voilà tout. Il y a des plaisirs, comme il y a des douleurs, bons et mauvais. Il faut choisir le bien, même au prix de la douleur ; et il faut repousser le mal, même en sacrifiant le plaisir. Mais le métier de la raison n'est pas plus de fuir le plaisir pour l&imême que de le rechercher. Il consiste h choisir le bien et à éviter le mal, sous quelque enveloppe qu'il se présente à notre sensibilité.

Une idée n'est pas une intention, nous l'avons déjà noté [65]; et les idées les plus monstrueuses ne constituent pas une intention perverse.

L'intention n'est pas M exécution, et même quand l'exécution fait défaut — surtout si elle était à longue échéance — ce n'est pas une preuve absolue que la bonne intention a manqué. — En sens contraire, l'exécution ne prouve pas toujours la mauvaise intention ; nous savons que certains actes rapides peuvent jaillir spontanément, sans délibération préalable, sous Timpulsion de l'idée [72 sqq.].

L'obsession n'est pas la tentation, nous l'avons assez dit [185 sqq.] ; et même quand la tentation s'y mêle, il ne faut point perdre de vue, dans le traitement, que l'obsession subsiste, qu'il faut la vaincre par le mépris, en se référant au principe des évidences.

La tentation n'est pas le péché, sentir n'est pas consentir. Cette distinction est difficile au scrupuleux. Nous y insisterons par quelques mots. On vous met du poivre sur la langue et on vous bâillonne la bouche ; vous sentez, vous ne consentez pas. — Oui, mais c'est du poivre. — Supposez que ce soit du sucre : vous sentez et sans doute vous consentez. Mais si Ton vous dit que ce sucre est du poison, vous le sentez tout de même, et votre palais, qui ne sait rien au delà de la sensation, se comporte comme tout à l'heure, trouvant le sucre doux et s'y adaptant de son mieux; cela n'empêche point votre vouloir de protester, de ne coopérer en rien à l'œuvre qui s'accomplit, d'agir sur les muscles qui lui obéissent, pour limiter le plus possible l'action redoutée, et pour rejeter énergiquement, dès que le bâillon tombera de votre bouche, tous les restes du poison, quelle qu'en soit la douceur.

Sur ces trois exemples, essayons de définir les phénomènes : Sentir, c'est prendre conscience, connaître quelque chose comme se passant en soi. C'est bien ce qui arrive dans les trois exemples cités. Consentir, c'est incorporer avec le moi, accepter pour sien; c'est refouler ou exclure les tendances contraires et laisser la tendance nouvelle évoluer, se réaliser ; c'est mettre en acte les muscles qui obéissent à la volonté pour aider à la réalisation que l'esprit voit et escompte d'avance, pour adapter Tac-' tivité tout entière à cette manière d'être dans laquelle, au moins pour un moment, le moi se concentre. C'est faire l'unification du moi autour de

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l'idée nouvelle : c'est donc la vivre en plénitude.

C'est ce qui arrive quand on prend volontairement ou qu'on accepte une pastille sucrée. On écarte tout souci de mortification, de respect humain, etc., qui pourrait se mettre en travers. On laisse le sucre produire son action et l'organe y répondre par le jeu des réflexes. On y ajoute l'attention pour augmenter ou accélérer le résultat, on déguste, on avale la salive. Et tout converge sans heurt ni réticence ; rien ne vient rompre l'harmonie. Cette harmonie ne refait pas, sur un plan nouveau, toutes les profondeurs du moi, et le plaisir qui raccompagne ne sera pas une joie de fond; il a pour mesure, dans l'organisme, l'organe qui fonctionne et ses frontières immédiates; dans le moi, le groupe d'idées et de sentiments superficiels qui se relient par associations à cette expérience. Peut-être est-ce peu ; mais c'est un plaisir que rien, pour le moment, ne contredit, qui ne met dans la conscience aucune déchirure, aucune cicatrice. Plein consentement, celui du vouloir et celui de l'organisme. Le mot dans son acception actuelle, ne s'appliquant plus qu'à l'acte libre, disons que c'est le consensus, l'accord de l'organisme avec le vouloir.

Quand c'est le poivre qui agit, tout se passe à l'inverse. L'organisme et la volonté protestent à l'unisson. Le poivre, malgré tout, accompl t son œuvre, à la mesure de ses énerves chimiques, par son contact immédiat ou par ses contre-coups plus ou moins étendus ; mais il ne trouve aucune complicité, aucune coordination des énergies vitales en sa

faveur. Il dissocie où il passe, il désorganise; il ne provoque pas d'unification, pas d'harmonie. C'est donc la douleur sans aucun mélange de plaisir — et sans l'ombre de consentement.

Dans le cas du sucre empoisonné, il y a deux systèmes d'idées qui s'opposent de face et dont l'un doit refouler l'autre. Le consentement sera une préférence. Les réflexes organiques se mettent en branle comme dans le premier cas ; les idées de plaisir prévu inclinent à l'acte les muscles auxiliaires de Faction. Mais l'idée de poison met un cran d'arrêt. Le débat est porté devant le vouloir qui tient sous sa dépendance le oui et le non, qui peut fixer la résistance ou la lever. S'il préfère la vie, la saveur du sucre n'en sera pas supprimée, ni son action; mais il maintiendra le cran d'arrêt, et rien de volontaire ne viendra coopérer à l'action maudite. Il n'y aura pas consentement. On peut même dire alors qu'il n'aime pas ce sucre : il l'aimerait si, au conditionnel, ce n'était pas du poison; mais, au présent, il ne l'aime pas. — Si, au contraire, il veut en jouir malgré tout, s'il le préfère à la vie, cela ne veut point dire qu'il a supprimé par la racine le désir de vivre; mais il l'a refoulé, il lui a préféré le plaisir ; il voudrait vivre, mais il y renonce, il ne le veut plus ; il se résigne à la mort, parce qu'il consent au plaisir qui tue. Ici, on le voit, le consentement n'est plus le consensus, l'accord parfait. C'est une préférence. Il y a quelque chose de sacrifié. Le sacrifice peut laisser une cicatrice dans le moi et une ombre de regret à la joie du triomphe ; mais tout de même c'est le plein consen-

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tement, à partir de la seconde où le vouloir, pleinement informé, a pris son parti, « a clos le débat » ; et parce que « la volition est le passage à l'acte1 », les actes aussitôt convergent, l'unification se fait, la lutte cesse, et, sur les ruines du rnoi vaincu, le moi nouveau tranquillement se reconstruit.

Il est aisé de voir, après ces explications, que si le scrupuleux sent avec une telle intensité ce qu'il appelle ses tentations, c'est habituellement qu'elles lui font l'effet du poivre, qu'elles le révoltent dans tout son être, et qu'il est bien éloigné d'y consentir. Ce sont des peurs et non pas des périls ; ou, s'il y a un péril, c'est celui de la peur. « Non, non, ma fille, laissez courir le vent, et ne pensez pas que le friiilis des feuilles soit le cliquetis des armes2 ».

Même quand ces « tentations » trouvent des complicités dans les instincts, l'agitation qu'elles provoquent est la preuve — point du tout nécessaire, mais plus que suffisante — qu'on n'a pas consenti, qu'on n'a pas « clos le débat » en leur faveur. La persistance de la tentation est un signe de sa défaite. Si elle triomphait, elle régnerait au lieu de lutter encore; elle ne solliciterait plus, elle commanderait. Elle déclencherait les actes d'abord, elle ferait « le passage à l'action », non pas avec des à-coups, à la dérobée, avec des gestes esquissés et aussitôt repris, inefficaces et incohérents, mais tranquilles, décidés, précis, coordonnés, droit au but; et si le but était hors de portée, on le chercherait. C'est bien ce que font

i. Th. Ribot, Maladies de la volonté, 37. t. S&iut François de Sales, Lettre 75\

les pécheurs, toujours en quête des occasions et y courant comme le papillon à la chandelle. Ce n'est pas ce que fait le scrupuleux.

Et enfin si, par extraordinaire, il avait consenti vraiment, il le saurait avec une pleine évidence, du premier coup, sans examen, malgré lui. Tendu tout entier vers son idéal, il ne pourrait pas accepter le péché, du moins le péché grave, sans révolutionner de fond en comble toute sa mentalité, toute sa sentimentalité, toute son activité. Il serait tellement autre que le point de scission entre ces deux moments de Bon moi éclaterait dans un contraste fulgurant, La moindre oscillation de son édifice mental le met aux abois : comment une catastrophe lui échapperaitelle ? « Vous ne pouvez pas avaler un moucheron sans éternuer, disait le P. de Ponlevoy; pensez-vous avaler un bœuf sans vous en apercevoir ! »

En dehors des idées fausses qu'il faut supprimer, il y a des idées trop complexes qu'il faut simplifier. Mais, dans la plupart des cas, cette complexité trop grande est faite par des désirs immodérés. Ce sont, pour ainsi dire, des erreurs du sentiment. Tandis que, dans les cas que nous venons de passer en revue, Terreur de l'esprit imposait au sentiment un joug irop dur, c'est ici une exagération du sentiment qui complique les opérations de l'esprit ; lo moyen de rendre ces opérations moins complexes se ramène donc à réduire dans les justes bornes les sentiments.

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C'est par les désirs surtout que Ton dépasse les bornes.

« Les désirs sont les inclinations de l'individu précisées par leur orientation vers un objet déterminé1. »

C'est à déterminer cet objet, le terme où nous pousserons ensuite nos actes, qu'il faut prendre garde à ne pas dépasser les bornes. L'homme n'est ni une bête ni un Dieu. Pas plus qu'il ne peut se contenter du destin de la bête, il ne peut vivre la vie d'un Dieu. Vouloir étreindre, en ce monde, l'infinie vérité, l'infinie puissance, l'infini bonheur, c'est vouloir être un Dieu, c'est rêver l'impossible et se condamner à n'avoir pas assez de vie pour son rêve. Si forte que soit la tension vitale, elle ne peut dépasser les limites marquées à la nature humaine, pas plus que, dans une pompe aspirante, l'eau ne pourra monter plus haut que ne la soulève la pression de l'air.

Il y a, dans la lumière avec laquelle se manifeste la vérité et dans l'étreinte avec laquelle nous pouvons nous en saisir, un degré de clarté et de force dont il faut savoir nous contenter.

Les axiomes eux-mêmes sur lesquels la science repose et les principes qui servent de base à la pra tique paraissent branlants si on les secoue avec trop

de fièvre, si l'on s'acharne à bien se convaincre de leur solidité. Une intuition de la raison et un instinct de la vie nous renseignent et nous rassurent à leur sujet beaucoup mieux que les longs raisonnements. La logique n'est pas le tout de l'homme. La vie est plus profonde, et elle est un fait, et, comme tous les faits, elle a le droit d'exister même avant de consulter la logique. Les principes nécessaires, la nature les met d'emblée à la portée des intelligences les plus humbles ; mais l'œil du savant se trouble à trop en scruter la base et le vertige le prend. Ils brillent à tous les yeux comme le soleil; mais, comme lui, ils aveuglent ceux qui, au lieu de marcher à leur lumière, s'obstinent à les fixer1.

Si c'est un mauvais calcul que de trop insister pour se prouver et sentir l'évidence des premiers principes, c'en est un autre que de réclamer un genre ou un degré de certitude que les faits ne comportent pas. L'histoire, par exemple, et le commerce, et la politique, et le patriotisme, et les sentiments qui président aux relations sociales relèvent d'une autre méthode que les mathématiques ; et de même les multiples conclusions pratiques dont la vie courante est tissée. 11 faut perdre l'espoir de les étayer sur une évidence à toute épreuve. Cela dépasse notre pouvoir en même temps que notre besoin. Il n'est pas évident que notre pain n'est pas empoisonné, que le voleur ou l'assassin n'est pas embusqué sur notre route, que tel mouvement ne va pas nous rompre une

1. Voyez notre volume, Païens. Paris, Lyon, Vitte, nouvelle édition, 1905, p. 257-311.

veine ou nous fracturer un os. Nous marchons cependant et nous mangeons, parce qu'il est très probable que nous ne nous en trouverons pas plus mal. On se contente de cette grande probabilité, et l'on fait bien. C'est la certitude pratique.

Il arrive que les obsédés, même en dehors de leur idée obsédante ne s'en contentent pas. Ils ont tort, et leurs désirs immodérés, en s'exaspérant, se feront toujours plus irréalisables et plus douloureux, à mesure qu'ils deviendrqntplus complexes. Ils veulent être absolument sûrs, par exemple, d'éviter tous les microbes nocifs, ils multiplient les précautions. Les personnes raisonnables les trouvent ridicules, et les microbes, s'ils avaient de l'esprit, s'en moqueraient plus encore. Du moins, ils font tout comme, et passent à travers toutes ces précautions. Pour leur interdire le passage, il faudrait ne toucher à rien, pas même aux pièces d'or et aux billets de banque, et surtout s'interdire de respirer. D'autres pèsent et repèsent indéfiniment le pour et le contre dans une décision à prendre, dans le choix d'une vocation, d'une carrière, d'une fiancée. Ils veulent être absolument sûrs. Ils ne peuvent pas l'être. H y a une mesure sage de réflexions à faire pour se décider, comme une sage mesure de précautions à prendre contre les microbes. Des deux côtés, on n'aboutit qu'à une probabilité raisonnable. Il faut s'en contenter, pour deux raisons, dont l'une est qu'on ne peut pas faire mieux, et dont l'autre est qu'en faisant davantage on trouve pire : Le souci excessif des précautions amène la peur qui met l'organisme en état dé

moindre résistance et en fait un excellent terrain de culture pour les microbes ; l'excès des réflexions use, pour ainsi dire, les contours des idées, qui finalement n'engrènent plus, et les impressions s'atténuent ou se déforment h mesure qu'on les analyse, se laissant saisir de moins en moins : Non plus sapere guàm oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem h Il faut être sage avec sagesse et avoir de l'esprit avec bon sens.

Cette modération du désir dans le degré de nos évidences, il faut la porter jusque dans la vie morale. Sans doute, il y va d'Un enjeu hors de pair, et il importe souverainement,, ici, de procéder à bon escient; mais la morale elle-même ne peut pas exiger de nous l'impossible et nous contraindre à voir avec notre esprit d'homme la vérité comme la verrait un Dieu. Notre conscience à la rigueur peut se tromper en nous disant : « Fais ceci, évite cela ». Il peut se faire que ceci soit le mal et que cela soit le bien. Cette possibilité d'erreur tient à notre nature même, il ne vous appartient pas de la supprimer; il faut la subir et assurer la sécurité nécessaire de la décision pratique par l'emploi d'unprincipe indirect qui exorcise alors le mal possible et dégage notre responsabilité.

De même il faut nous résigner à ne pas savoir toujours avec pleine évidence si nous avons consenti à la poussée de l'instinct qui nous détournait du devoir. Cette évidence nous serait une joie; mais

1. Saint Paul, Ad Romanos, xn, 3. — On peut voir la discussion de ce texte dans le R. P. Bainvel, Les contresens bibliques des Prédicateurs, Paris, Lethielleux, 1895, p. 130 sq.

cette joie dans sa plénitude n'est pas de ce monde, il est inutile de la lui demander. Nous pouvons toujours savoir ce que nous avons à faire en face du doute qui persiste, et cela suffit à la pratique. — Mais il faut bien savoir en même temps si Ton se trouve en bon état devant Dieu? — « Non, dit saint Bonavenlure, peu importe que nous sachions si nous avons la charité; ce qui est nécessaire, c'est de l'avoir ». Nous dirons, nous, que cela aurait bien sa petite importance : Ce serait — sinon très utile — du moins fort agréable de le savoir avec cette pleine évidence qui ne peut pas laisser de doute; mais cela dépasse notre pouvoir. Nous pouvons, selon le calme de notre esprit et le degré de possession de nous-même, le conclure avec une certitude plus ou moins approchée, mais qui ne sera jamais la certitude mathématique, pour la bonne raison qu'il ne s'agit pas ici d'un calcul, — ni l'évidence immédiate, pour la bonne raison que la vie surnaturelle échappe à notre conscience [261]. Au lieu de gaspiller notre vie à cette recherche vaine, il vaut mieux dire, avec l'admirable fille de bon sens que fut Jeanne d'Arc : « Si je suis en état de grâce, Dieu daigne m'y conserver; si je n'y suis, Dieu daigne m'y mettre » ! et s'en aller à son devoir. Après tout, nous n'avons besoin de savoir que pour agir, et, si bien souvent l'évidence nous échappe, il reste toujours, à ceux qui le veulent, assez de lumière pour diriger 1 action.

Mais s'il faut apprendre aux obsédés à ne pas exiger de leur esprit l'iniinie vérité, il faut leur appren-

drc aussi à ne pas réclamer l'infinie puissance pour leur vouloir. Dieu dit et les choses sont. L'homme pose des conditions et les choses se font. Il ne peut ni créer, ni anéantir; il peut établir ou supprimer des contacts, engrener ou désengrener le jeu des forces fatales : et c'est tout. S'il veut un effet, qu'il passe par les conditions nécessaires. S'il pose les conditions, qu'il ne s'étonne pas de voir surgir le résultat. Par exemple, s'il veut guérir, qu'il emploie les remèdes; s'il veut supprimer une habitude, qu'il implante, par la répétition des actes, l'habitude opposée. Mais qu'il ne rêve pas de tuer son scrupule en le nourrissant, de récolter du blé en semant des orties, de faire marcher la locomotive sans donner la vapeur.

Et surtout qu'il ne rêve pas de faire des cercles carrés ni de vivre au conditionnel d'obéir en désobéissant, ou de dire : « Je voudrais reprendre mon passé I Je voudrais que le présent fût autre »! Cela dépasse même la puissance d'un Dieu, parce que cela est absurde, cela est un non-sens. Le passé a été ce qu'il a été, et le présent est ce qu'il est. Ce sont des faits. Les faits, une fois qu'ils sont, ne se suppriment pas; il faut les constater et en tirer parti, le meilleur parti possible. Ils sont un secours ou un obstacle : quel moyen reste-t-il de tourner cet obstacle ou d'utiliser ce secours? Voilà la question, et il faut la résoudre au présent, non pas par un « je voudrais » qui n'est qu'une chimère; mais par un « je veux » qui déclenche les actes et court au but.

286 l'obsession et le scrupule

L'infini bonheur enfin — pas plus que l'infinie puissance et l'infinie vérité — n'est en ce monde au pouvoir de l'homme.

Borné dans sa nature, infini dans ses vœux...

Il est inutile de l'engager à restreindre ses vœux. Le mouvement de sa vie les lui impose. L?être veut le bien comme il le voit. Si le chien pensait l'infini, il le voudrait. L'homme le pense. En vain il essayerait de s'enfermer dans la sensation, la pensée malgré lui la déborde ; et même s'il s'efforce de limiter l'horizon de son rêve, même s'il ne veut pas infiniment de bonheur, il en veut toujours indéfiniment plus qu'il n'en possède, et s'il n'aspire pas à l'infini en bloc, il est condamné à le vouloir en détail.

Mais qu'il se souvienne qu'il est « borné dans sa nature », et, en poussant ses vœux de bonheur à Finfini qu'il n'en demande que des arrhes à ses désirs immédiats, qu'il ne mette pas leur « objet déterminé» au delà des limites possibles à sa condition présente. Des arrhes, c'est tout ce qu'il peut obtenir, ici-bas, en nature; le reste, c'est l'espérance. Il ne peut que l'attendre et le mériter.

Ces réflexions valent pour tous les hommes; mais les obsédés n'ont pas seulement comme les autres, à supprimer les désirs dont la réalisation est improportionnée à l'espèce, ils ont encore à réduire ceux qui débordent les ressources limitées dont personnellement ils disposent, sous peine de se condamner à la déception et à un accroissement de douleur. Ce sont des malades : ils doivent compter avec ce fait

brutal. Il y a mille désirs réalisables à Fhommesain et que les malades doivent s'interdire jusqu'à la guérison.

Cela s'impose d'autant plus aux obsédés, que l'acuité du désir suffit, dans bien des cas, à faire la réalisation impossible; parce que le sentiment, devenu par là même trop complexe, dépasse le niveau de leur tension vitale. Plus ils apportent, à certains sentiments, d'attention et d'effort, plus ils veulent sentir qu'ils agissent en plénitude, plus ils en espèrent de satisfaction, et plus la réalisation leur devient difficile ou même leur échappe. Nous l'avons vu pour T, qui voulait sentir une pleine confiance pour son directeur et qui n'y a réussi qu'en se résignant à ne plus y prétendre; nous l'avons vu pour tant d'autres qui finissent par douter de leur foi, de leur amour, de leur reconnaissance, de leur douleur, de leur moi, de leur existence même, à force de vouloir en perfectionner le sentiment, — qui réapparaît tout seul, peu à peu, sous le jeu de la vie, quand ils ne s'y efforcent plus.

Il est donc très imporiant pour les obsédés, quand un sentiment leur échappe, qu'ils ne s'y obstinent pas. Qu'ils le remplacent par un acte de vouloir aussi calme et aussi simple que possible : Un jugement do préférence pratique. Cela peut suffire dans tous les cas, même dans les questions de morale. Bien souvent on pourra encore économiser cet effort, on se contentera de détourner son attention et d'agir en se rapprochant le plus possible de l'automatisme ; ou même si on le peut sans inconvénient, on n'agira pas du tout — ce qui est la solution la plus simple de la difficulté.

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En toute hypothèse, il faut ne pas perdre de vue que la difficulté est faite par la complexité, et il faut donc s'attacher à la réduire, si Ton veut aboutir.

Ce principe trouve notamment une application nécessaire dans cette mélancolie foncière, dans cet ennui permanent que présentent les obsédés [IIe partie, ch. i]. S'ils ne peuvent point s'y arracher en agissant comme si l'impression n'existait pas S il faut qu'ils s'y résignent, tout simplement, non pas en ressassant leur misère, mais en prenant leur parti de cette « musique en ton mineur », de « cette sombre grisaille qui enveloppe leur vie », comme d'autres prennent leur parti d'être sourds oiï aveugles. Et pour eux, ce n'est pas seulement résignation ou philosophie pratique; c'est hygiène, c'est même une diminution du mal et un moyen de guérison.

La guérison ne sera que relative pour les obsédés constitutionnels les plus atteints. Ils ne se sentiront jamais vraiment heureux ; mais la méthode que nous indiquons leur permettra de se sentir moins malheureux. Ce sont eux surtout qui, en mettant leur idéal de bonheur très haut, devront mettre le but immédiat de leurs désirs très près, se contenter de peu en nature et demander à Fespérance d'un monde meilleur la revanche de leur existence endolorie.

Il n'y a pas seulement des sentiments et des idées, il y a aussi des actes difficiles.

Il y en a qu'il est plus sage de supprimer. Cela va de soi pour ceux qui sont radicalement impossibles. Si telle étude, par exemple, dépasse la portée du malade, ou si sa tête est à ce point affaiblie qu'il ne puisse joindre deux idées ensemble, il ne gagnera rien à s'y acharner. Il n'y a qu'à attendre, dans ce dernier cas, le retour de ses forces, et, dans le premier, qu'à orienter autrement son travail intellectuel.

Môme quand l'effort efficace ne serait pas impossible, il faut le supprimer, si l'utilité ne compense pas la dépense de forces nécessaire pour l'accomplir.

Toutefois il faut amener le malade à vivre sa vie et il faut donc ne rien abandonner de ce qui est raisonnable, mais le lui rendre possible. Si donc on supprime une action utile, actuellement impossible, parce que l'effort tenté pour l'accomplir ne produirait qu'un gaspillage de forces, la suppression ne peut être que temporaire. Tel obsédé a ses angoisses à propos des repas. On ne peut pas, pour l'arracher à ses angoisses, le dispenser de se nourrir. On simplifiera souvent la difficulté en le laissant manger en cachette, sans témoins; mais il faudra peu à peu l'amener à tolérer un convive et le ramener bientôt à la table de famille. Tel notaire ne peut plus rédiger ses actes, tel employé de bureau s'affole en présence de son livre de comptes . un congé bien souvent s'imposera; mais il faudra les ramener à leur tâche le plus tôt possible. On profitera du congé pour reprendre par la base, après quelques jours de repos, la fonction avariée ; on y ajoutera peu à peu, par des exercices appropriés, jusqu'à ce que l'habitude a. 19

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en ait organisé à nouveau tous les détails, et Tait ramenée au niveau professionnel.

Il en ira de même, dans quelques cas très graves, pour les scrupuleux au sujet de leurs prières, de leurs confessions, de leurs communions : « Nous allons tâcher, au moins au début du traitement, de supprimer les pratiques religieuses » ou plutôt telle pratique religieuse. « Mais, à notre avis, il faudra tâcher de les rétablir peu à peu. En effet, ce n'est pas guérir un psychasthénique que de se borner à supprimer les actions qui s'accomplissent d'une manière imparfaite et à propos desquelles ont lieu les dérivations pénibles. Se borner à cette suppression, c'est plutôt favoriser la maladie, la développer; l'essentiel de la maladie, c'est en effet cette suppression des actes, c'est à cela qu'elle aboutit naturellement dans son évolution. Les scrupuleux religieux aboutissent tout seuls et spontanément à l'impossibilité complète de tout acte religieux. Il ne faut pas trop favoriser cette tendance... En un mot, un scrupuleux religieux n'est pas guéri quand il ne fait plus « les actes qui l'angoissaient », mais quand il arrive aies faire sans angoisse et sans rumination S »

Nous avons dit qu'il ne faut consentir à une suppression que dans les cas les plus graves, quand l'angoisse est extrême et véritablement insurmontable par l'obéissance la plus généreuse ; et encore cette suppression devra être de courte durée. La raison en est que, le plus souvent, le malade ne recule

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