‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 66 sur 93 · Expression du docteur Lagrange, ouvr. cité · texte numérisé non relu

Expression du docteur Lagrange, ouvr. cité

4. A. Deschamps, Les maladies de l'énergie, Pans, Alcan, VJQd, 79.

catégories. Si donc ils n'y prennent garde, les fatigues non réparées iront s'accumulant de jour en jour, et se chiffrant par un gaspillage continu de forces, qui aura bientôt consommé tout leur capital.

Que faire pour échapper à celte banqueroute?

Il faut éviter le plus possible ce gaspillage et réparer de son mieux les pertes inévitables. En d'autres termes, il y a des mesures préventives qui s'imposent et des mesures réparatrices.

D'abord les mesures préventives.

Dans le chapitre précédent, nous avions à considérer le malade en face de tel ou tel phénomène psychologique qu'il ne pouvait pas réussir; il s'agissait de savoir s'il fallait le lui rendre possible ou le supprimer. Nous avons maintenant à nous occuper de l'ensemble de ces phénomènes, de sa manière générale de penser, de sentir ou d'agir, en un mot de sa manière de vivre, pour voir par où elle dépasse ses réserves de forces, et dans quelle mesure il doit restreindre ses dépenses pour ne pas gaspiller son avoir.

« Restreins ta vie », répète le docteur Deschamps. Pas de luxe, quand on est pauvre! Il faut boucler son budget. Et puisque l'organisme établit lui-même sa comptabilité^ puisque la sensation de fatigue nous avertit que le budget vital n'est plus en équilibre, arrêtons alors la dépense. A partir de ce moment, nous nous endetterions.

« Promenez-vous, faites de l'exercice. — Je n'ai pas la force. ~ Entraînez-vous ». Combien de fois les cabinets des docteurs ont entendu des dialogues de ce genre ! Et ce ne sont pas toujours les docteurs qui avaient raison.

L'exercice est excellent, c'est entendu — mais à la condition que le malade en ait la force. Il ne Ta pas toujours. Et, quand il ne Ta pas, ce n'est pas l'entraînement qui la lui donne. « Je crois, je sais, je suis sûr — et j'en ai l'expérience longue et précise— que l'insufiîsant ne peut subir aucun entraînement progressif1. » Il « n'a qu'une certaine somme de forces disponibles, toujours la même pour la période pathologique où il se trouve. Dès qu'il l'a dépensée, en cinq minutes ou en une heure, selon l'intensité de la maladie, il refait, s'il veut continuer ou recommencer, de la fatigue avec toutes ses conséquences 2. » Il ne doit recommencer que lorsqu'il a pu récupérer assez de revenus pour suffire à la dépense, et peut-être lui faudra-t-il plusieurs jours. Qu'il les prenne.

Il est rare que les obsédés soient des « insuffisants » ; mais il est habituel qu'ils soient des neurasthéniques ; c'est dire qu'ils sont essentiellement des « fatigables », et que, si l'entraînement leur est permis, c'est à la condition d'en user avec prudence.

Mais ils sont enclins parfois à exagérer ces te prudence, parce qu'il leur arrive d'éprouver à l'état permanent une sensation de fatigue ; ou bien, tandis

i. A. Deschamps, ouvr. cité, 324, 2. 93.

ÈVITEK LES GASPILLAGES 299

qu'ils seront pleins d'entrain, le soir, malgré la dépense de l'activité journalière, ils se lèvent, le matin, fatigués. C'est alors une indication que la fatigue n'est pas le résultat de l'action, mais d'une idée déprimante, ou d'un malaise général, peut-être d'un « encrassement des tissus ' » que l'action au contraire dissipera. Le docteur Vittoz2 oblige ses neurasthéniques à commencer leur journée par une promenade, qu'il dose d'après leurs forces, et qui a pour but de secouer l'engourdissement de l'organisme, de le mettre en train. Et le docteur Grasset donne, dans le même esprit, le conseil suivant : « Quand vous êtes fatigué avant de commencer un acte, ne tenez aucun compte de cette sensation... qui d'ailleurs s'atténuera et disparaîtra si vous commencez courageusement et continuez résolument l'acte que vous pensiez impossible. Quand, au contraire, vous faites un acte depuis quelque temps, si vous sentez naître une sensation de fatigue vraie gui croît avec la continuation de l'acte », arrêlez-vous3. Il faut s'arrêter surtout si la fatigue se traduit par l'essoufflement. «L'essoufflement est un nec plus ultra que l'instinct de conservation nous impose. La soulfrance qui i'aecompagne est un véritable cri d'angoisse de l'organisme auquel l'être vivant no peut impunément rester sourd4 ».

i. Docteur Deschamps, ouvr. cité, 319.

2. D'après le témoignage d'un de ses malades. — Le docteur Vittoz vient de publier ses méthodes : Traitement, des Psycho-névroses par la rééducation du contrôle cérébral. Paris, J.-li. Uail- Uère, 1911.

;;. Tkrrap. des mal. du syst. nerveux, Î38.

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