La^range, ouvr. cité, 97 et tout ie en. ii
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En résumé, il faut s'entraîner, clans les exercices physiques, si on a, pour le faire, assez de forces et que seule l'habitude manque pour en tirer parti. Mais il ne faut pas « se forcer ». Cela veut dire qu'il faut s'arrêter quand la fatigue est venue, surtout si l'essoufflement l'accompagne. Aller au delà, c'est s'endetter. Si l'on multiplie ces dettes, c'est le surmenage et la ruine.
Mais le surmenage mental est plus fréquent chez les obsédés et plus grave que le surmenage physique.
Il y en a un qui résulte directement de l'idée obsédante et ne peut disparaître qu'avec la cause. Il est bon cependant, pour hâter la guérison ou du moins pour en renforcer le désir, d'attirer, en temps opportun, l'attention du malade sur le tort que lui inflige le dédoublement de sa pensée [lre partie, ch. i]. En même temps qu'il y a là une fatigue énorme par la grandeur et la continuité de l'effort, il y a une mauvaise habitude prise qui, en diminuant la concentration du moi, diminue par le fait même la puissance mentale1. On s'habitue à ne penser qu'avec une partie de soi-même, et l'on perd de plus en plus la maîtrise de son attention, la vigueur de son esprit, qui devient incapable de faire bloc au moment et sur le point voulus.
La rumination mentale est un autre gaspillage commun chez les obsédés. Le profit logique se chiffre pas zéro, puisque nulle idée précise ne la
1. Nous savons que la vie, toute vie, est une puissance d'unifl cation. [Troisième partie, ch. i, § 1].
ÉVITER LF.S GASPILLAGES 30 î
conclut; et le résultat psychologique, de même, puisque nulle adaptation n'en résulte à la réalité, ni dans l'esprit ni dans Faction. Mais au contraire, les idées se déconcentrent de plus en plus, échappant aux groupes mentaux déjà organisés, à l'attraction des tendances personnelles, à la maîtrise du moi, pour courir au hasard, sans autre lien que les associations automatiques. Le malheur est que cette manie résulte assez souvent, elle aussi, de l'idée obsédante ou de la trépidation suhconsciente qui la prépare [lre partie, ch. m]. Mais si le malade y est porté malgré lui, il peut cependant s'y opposer dans une certaine mesure. S'il ne peut empêcher l'envolée de ces idées vaines, il doit tâcher de leur couper les ailes ou du moins ne pas les suivre de son attention volontaire; qu'il pense de parti pris à autre chose, à l'action concrète du moment; ou, s'il est dans une phase d'impuissance, de tristesse, de prostration trop grande, qu'il tâche — tout doucement et sans violence — de ne penser à rien, qu'il somnole
son mieux : il vaut mieux ne penser rien, que des riens ou des sottises.
C'est encore un surmenage, et donc un gaspillage — l'un des plus coûteux — que de ne pas savoir arrêter à temps le fonctionnement de l'esprit sur un sujet donné. Les réflexions, les études, les occupations intellectuelles les plus nécessaires et les plus sages doivent être suspendues de temps à autre. « Le surmenage mental est presque toujours le résultat d'une tension trop univoque et monocorde de l'esprit. Dans toutes les professions, il faut savoir se
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libérer, un certain nombre d'heures, par des occupations à côté, qui élargissent la culture tout en ménageant les forces de Pécorce cérébrale l. » Dans tous les travaux de Fesprit, il faut, à un moment donné, se refaire, se « récréer », en laissant là, sur son bureau, ses idées avec ses livres et ses notes, pour penser à autre chose ; il faut couper le circuit et orienter dans une autre direction le mouvement des idées, pour laisser, aux cellules nerveuses qui collaboraient à Faction, le temps de « se lessiver » et de se nourrir. Faute de quoi, non seulement elles ne font plus que de la mauvaise besogne, mais elles gâchent, par-dessus le marché, celle des autres; elles encombrent, par leur agitation maladive, le travail, le repos, le sommeil, et elles font payer cher, sur le capital des forces vitales, tous ces mauvais services.
En somme, âge quod agis, il faut être à l'occupation du moment, à elle seule plus encore qu'à elle tout entier, et il ne faut pas que ce moment se prolonge au delà du temps que met la fatigue à venir.
Le gaspillage sentimental est encore le pire de tous.
A proscrire, d'abord, les sentiments tristes. Nous ne disons pas simplement douloureux, mais tristes : l'ennui, la mélancolie, l'angoisse, les chagrins noirs,
1. Gasrset, Thérap. des maladie* du système nerveux, 131 Voyez aussi p. Ï8.
rabattement, l'engourdissement, le découragement, la prostration morale. Ils sont de mauvais signes, et deviennent de mauvais agents. Ils sont déjà la conscience d'une désharmonie, d'une dislocation1. Mais ils sont, en plus, une capitulation, une acceptation lâche du fait accompli, une absence de courage, le mot le dit : un dé-couragement, un abandon de soi, une détente du ressort vital, de la puissance unifiante. Dès lors, on devine le résultat : les tendances tiraient en sens contraires, c'est la conscience de ce fait qui a créé le sentiment ; mais le fait étant subi sans résistance, les tendances continuent à diverger, chacune suivant sa pente, rompant de plus en plus l'unité et dissipant le capital de vie. La vie organique elle-même s'y défait et s'y épuise : les échanges se ralentissent, les déchets mal éliminés s'accumulent, la coordination, l'unité entre les diverses fonctions, s'affaiblit *. En un mot, la vie s'en va.
Les sentiments agréables eux-mêmes dépriment quand ils sont purement passifs ou le deviennent; c'est-à-dire quand on s'y arrête comme dans un terme. L'homme n'est pas créé pour penser ni pour sentir, mais pour agir. L'action, voilà le but. Le reste est moyen ou conséquence. Quand on en fait un but, on violente la nature, et la nature violentée, toujours, d'une façon ou de l'autre, se venge. Précisément parce qu'elle est fatale, elle sert nos desseins
2. Voyez G. Dumas, La tristesse et la joie. Paris, Alcan, 2* édit., 1900; G. Féré, Sensation et Mouvement. Paris, Alcan, 2» édit., 1900.
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pourvu que nous respections ses lois; mais si nous voulons y échapper, elle nous en écrase. C'est la même loi de la pesanteur qui peut nous élever dans les airs avec un ballon ou nous précipiter sur le sol. Or, le plaisir est la conscience d'une harmonie, li suppose donc, dans la fonction où il a son point de départ, une convergence, une concentration de forces ; et si cette harmonie partielle ne s'oppose pas à celle de l'ensemble, tout se chiffre d'abord par une augmentation de Fénergie vitale. Mais cette activité harmonieuse d'où est né le plaisir, tend à évoluer jusqu'à l'acte définitif. Si l'on veut supprimer l'acte, arrêter cette évolution, détourner cette activité de son but pour prolonger le sentiment pour lui-même, sans autre dessein que d'en jouir l, c'est ce que j'appelle la recherche du plaisir passif. Alors, les tendances violentées divergent, rompant l'harmonie, encombrant l'organisme de forces mal orientées, la conscience, d'idées flottantes; et tout se chiffre par une diminution d'unité, un gaspillage de vie.
Le gaspillage est plus grand encore, lorsque le sentiment — agréable ou triste — devient une émotion. Les auteurs sont unanimes à cet égard, et le pourquoi est facile à fournir. L'émotion, en effet, constitue une dissociation de la conscience2 : die
1. C'est ce qui arrive, par exemple, dans la rêverie sentimentale. Voyez Th. Ribot, Essai sur les Passions. Paris, Alcan, 1907, p. 28.
2. Voyez Le Gouvernement de soi-même, premier principe, en. n, § D ; ch. ni, § G. — Sur la distinction de l'émotion et du sentiment, voyez ibicl., 205, 234. Nous espérons pouvoir reprendre un jour, ces idées et les développer dans un volume sur LEmo* tion, se» lois et leurs applications pratiques.
agit donc en sens inverse de la vie. Sans doute, elle reste un fait de conscience, et même un fait notable qui éclate et s'impose brutalement, et elle garde bien par là un reste d'unité ; mais c'est une unité amoindrie et précaire, un éclair de la conscience sur des ruines1. Chercher l'émotion, ou ne pas savoir s'en défendre, c'est gaspiller sa vie et désorganiser son être. « Les amateurs d'émotion sont presque aussi infailliblement sur le chemin de la névrose, que le buveur sur celui de l'alcoolisme *. »
Mais si l'émotion peut désorganiser un moi robuste, on devine quel obstacle elle doit mettre à la reconstitution d'un moi désorganisé. Elle est surtout dangereuse quand elle est trop vive, trop brusque, trop fréquente, et plus encore, quand elle est anormale, improportionnée, et qu'on ne peut pas ou qu'on ne veut pas la voir aboutir. C'est alors surtout qu'elle laisse dans la conscience des résidus non assimilables, et dans l'organisme des poussées encombrantes de forces inemployées. Tel est le cas, bien souvent, pour les émotions que suscitent les spectacles, les soirées, les exhibitions mondaines ; tel est le cas toujours pour les bals d'enfants et les amours trop précoces ou sans espoir. C'est une déplorable hygiène. C'est comme si on chargeait son estomac de matières non digérables, qu'il faudrait éliminer sans y prendre une goutte de sang; ou de poisons qu'on s'industrierait
1. Si Ton permettait une image plus grossière, nous dirions, en comparant l'unité des phénomènes incorporés avec le moi à dea noix réunies dans un sac, que l'émotion garde le sac on éparpillant les noix.