‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 69 sur 93 · Docteur Deschampa,(>uvr. cité · texte numérisé non relu

Docteur Deschampa,(>uvr. cité

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un organe fatigué produit moins de travail utile, que ce môme organe d'abord reposé et agissant à son aise, même s'il a dû, pour se reposer, prendre les trois quarts du temps *. En Angleterre, dans les combats de boxeurs, la nouvelle méthode ne tolère que des engagements de trois minutes coupés par deux minutes de repos. La lutte en est devenue plus terrible et plus meurtrière. Autrefois, quand les repos étaient plus rares, elle finissait bien souvent de lassitude; aujourd'hui elle dure des heures entières, à moins que l'un des champions ne demande grâce, contraint par des blessures graves2.

La nature d'ailleurs, qui est industrieuse et semble viser toujours au meilleur rendement, nous donne l'exemple du repos. Les arbres et les plantes se reposent pendant l'hiver, pour mieux s'élancer et fleurir au printemps. Le cœur, après chacune de ses contractions, se repose ; et ainsi le cœur de l'homme par exemple, un muscle gros comme le poing, peut fournir chaque jour un travail de 62.000 kilogrammètres. « Le poumon, les muscles, les glandes, le cerveau obéissent de la façon la plus évidente à cette obligation de l'activité rythmique (coupée par le repos). La raison en est manifeste, c'est que le fonctionnement entraîne une dépense d'énergie généralement brusque, qui doit être couverte par une recette généralement lente. L'activité fonctionnelle est [ou du moins comporte] une destruction explosive dune

1. Voyez le professeur A. Mosso, La fatigue, traduci. Langlois. Pans, Alcan, 1905, p. 91 et sniv.

JL. Lagrange, ouvr, cité, 102.

reserve chimique qui se reconstitue avec plus ou moins de lenteur1 ».

11 nous faut à cet égard imiter la nature ; ou plutôt nous avons à compter avec ses lois, avec les limites qu'elle nous prescrit et les fatalités qu'elle nous impose.

L'esprit le plus actif, comme les terres les plus fécondes, gagne à être mis « en jachère », ainsi que le disait Cavour. Darwin, qui était un malade et qui a tant produit, se reposait régulièrement et longuement, et même aux heures de travail, s'il sentait la fatigue venir, il s'arrêtait de dicter, au milieu d'une phrase, en disant : « Je crois qu'il faut que je cesse. »

Il le faut vraiment, pour l'obsédé que le surme- [nage déjà empoisonne. Seul le repos peut lessiver les toxines qui le menacent et renouveler les réserves qui lui permettront une activité féconde.

Mais, dans les cas ordinaires de l'obsession, le repos ne devra pas être absolu. Le remède serait bien souvent pire que le mal. IL favoriserait l'éclosion ou le développement des idées meurtrières. Le travail est encore ce qui repose le mieux, selon le mot de madame Swetcliine. Il est sain par lui-même et, quand on s'en est fait une habitude, on ne s'en passe pas sans se faire violence et sans provoquer dans l'organisme des désordres qui ont leurs inconvénients.

Le mieux sera donc en général de multiplier, dans son règlement de vie, les temps de repos, assez pom

4. A. Dastre, La vie el la mort. Paris, Flammarion, 1908, 213.

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n'avoir pas besoin de repos extraordinaire; et dans les circonstances où un repos prolongé malgré tout s'impose, on se trouvera bien, si l'épuisement n'est pas trop grave, de s'occuper tout doucement à des travaux faciles, variés et agréables, plutôt que de ne rien faire. Faciles, ces travaux resteront de pair avec les forces disponibles ; variés, ils reposeront les uns des autres; agréables, ils fixeront l'esprit et le détourneront des idées morbides. Il faut que le directeur du moins ne perde pas de vue que le principal surmenage vient de l'idée obsédante, et que le repos doit se concilier avec la cure nécessaire que nous avons exposée dans le chapitre précédent. Il faudrait le réduire au minimum indispensable, s'il devait être pour le malade une occasion de se laisser envahir par les idées folles. Car « le repos physique est sans effet s'il ne s'accompagne du repos moral, psychique, qui est pour le nerveux le repos vrai1 ».

Mais, si la quantité et la qualité du repos doivent varier avec ies degrés du surmenage et l'état mental du surmené, il faut fou jours le compléter par un sommeil suffisant. Pour être suffisant, il doit être « proportionné à l'activité du travail2 ». Or, si le travail des obsédés est souvent de mauvaise qualité, il entraîne toujours une grande dépense de forces, et il est vraisemblable que leur eiïort continu pour réussir

i Docteur P.-E. Lévy, Neurasthénie et Névroses. Paris,

Airan, i';o< 169,

2. Voyez Revue de t 'Hypnotisme , novembre 1906, 131, où l'on discute les expériences des docteurs Acland, Patrick et Allen Gilbert.

ÉVITER LES GASPILLAGES 3 1 ï

les opérations psychologiques arrive à dériver de ce côté une partie de la tension vitale qui aurait dû normalement s'employer à la vie végétative. Soit parce que leur vie végétative est souvent faible, soit parce que leur vie psychologique l'épuisé par dérivation, les obsédés, plus que les autres, ont besoin de sommeil, c'est-à-dire d'un temps suffisamment prolongé où la vie n'ait rien autre chose à faire qu'à réparer l'organisme appauvri. Huit heures de sommeil nous paraissent constituer une limite au-dessous de laquelle l'obsédé ne doit jamais descendre et qu'il pourra parfois utilement dépasser.

Mais peut-être ne serait-il pas sans danger d'abandonner à cet égard le malade à son inspiration personnelle. Le caprice pourrait s'en mêler, et aussi la paresse ou l'aboulie. Il paraît très utile que le médecin formule le nombre d'heures à consacrer au sommeil et qu'on impose ensuite au malade des heures fixes pour remplir cette ordonnance1.

Les distractions constituent un autre genre de repos bien souvent utile aux obsédés.

Mais, il y a distraction et distraction, et ce qui suffit à distraire un enfant sera sans intérêt pour un homme mûr. II en va de même entre un homme bien portant et un malade. « Ne se distrait pas... qui veut. Certains névrosés, avec la meilleure volonté du monde... ne se laisseront pas distraire de leur idée morbide par les spectacles les plus captivants2. »

Il ne suffit pas d'ailleurs qu'une distraction opère

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