‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 72 sur 93 · Par exemple, P.-E. Lévy, ouvr. cité · texte numérisé non relu

Par exemple, P.-E. Lévy, ouvr. cité

314 i/OBSESSïON ET LE SCRUPULE

Les arguments sérieux abondent de part et d'autre, les faits ne départagent pas clairement les champions, et il nous paraît malaisé de prendre parti.

Nous croyons toutefois que les inconvénients de celte mesure sont graves : Elle marque, pour ainsi dire, le malade d'une note fâcheuse devant l'opinion, elle le livre sans contrepoids, dans le début, au tourment de ses idées folles, elle le place dans un éUit artificiel où l'adaptation à la réalité sera nécessairement insuffisante et provisoire. Il semble donc indiqué qu'il ne faut avoir recours à ce moyen que dans les cas extrêmes.

Mais ces cas se produisent. Par ailleurs, il arrive que le cadre de la vie habituelle1 et le milieu familial surtout entretiennent le mal ou l'aggravent *. Alors une séparation s'impose, et, s'il n'y en a pas d'autre possible, il faut bien avoir recours au sanatorium ou à la « maison de convalescence. » Il y aura lieu de discuter la chose et le mode pour chaque cas particulier. Il nous semble qu'on peut se décider avec moins d'hésitations quand il s'agit d'un enfant : les inconvénients de cette mesure sont alors moins graves, et il y a des chances pour que la maladie prise à ses débuts aboutisse à une guérison complète qui mérite d'être achetée à ce prix.

1. « Chaque coin, nous disait A, chaque meuble de la maison, chaque arbre, chaque détour du chemin, me rappelle un scrupule *>.

2. Voyez Grasset, ouvr. cité, 34 sqq., 132 sqq. ; Raymond, Névr. et Psych., 25, 114 ; Camus et Pagniez, ouvr. cité, passim ; Vigouroux et Juquelier, ouvr. cité; Toulouse et Damaye, Revue de Psychiatrie, juin 1905.

Mais, pour les scrupuleux^ la collaboration du prêtre s'impose toujours. Le médecin manque d'autorité pour faire mépriser les doutes qui angoissent ia conscience. Il ne pourrait y réussir qu'en attaquant le souci moral qui les amorce, et il ne le faut pas. Nous savons d'ailleurs (IVe partie, ch. i) qu'en supprimant l'idée obsédante actuelle, il ne supprimerait pas l'obsession : il ne pourrait rendre à la famille qu'un obsédé au lieu d'un scrupuleux. Elle n'y gagnerait rien, et le malade y aurait perdu. La collaboration du prêtre et du médecin est au contraire très utile, et il serait à souhaiter qu'elle se produisît plus souvent. C'est une expérience que nous avons faite plus d'une fois ; nous n'avons eu qu'à nous louer du médecin; nous espérons que le médecin n'a pas eu à se plaindre de nous; et les malades, ni de l'un ni de l'autre, car ils ont été guéris1.

Cela nous amène à dire un mot sur la cure physiologique. Il va de soi, en elfet, que la maladie organique, sans être la principale, contribue pour sa part au gaspillage de forces et que sa guérison constituerait une excellente mesure réparatrice et môme préventive. Mais nous serons bref sur ce sujet, parce que... « ce n'est pas notre partie, » et que UeiirSj les maîtres étant fort mal d'accord, leur »n otite ne peut guère suppléer à notre incompét noe.

î. A l'exception d'un seul, pour lequel on ne peut encore se prononcer.

316 l'obsession et le scrupulb

Tenons-nous en aux faits et aux conclusions immédiates qu'ils nous suggèrent.

L'obsédé nous apparaît quelquefois avec une santé contre laquelle il n'y a rien à dire. Il n'y a dès lors rien à faire, qu'à lui prescrire une bonne hygiène pour la maintenir ou la développer encore si c'est possible.

Mais, le plus souvent, il présente les symptômes de la neurasthénie (IIe partie, ch. h). Il est alors tout naturel de lui appliquer le traitement des neurasthéniques. Le malheur est qu'il peut différer avec chaque médecin, ce qui veut dire que les faits cliniques bien constatés n'en imposent aucun jusqu'ici. « Les traitements proposés sont innombrables », dit M. Janet ; mais « leur nombre ne prouve pas leur valeur1. »

Pour insister seulement sur les faits principaux que nous avons constatés, nous dirons que le médecin doit combattre la mauvaise qualité de la nutrition et de la circulation, et, pour autant qu'il le peut, la faiblesse nerveuse qui en paraît l'origine, avant d'en être, par un cercle vicieux, le résultat. Quels remèdes à ces maux? C'est à lui de le dire. Toutefois la faiblesse nerveuse qui est en cause et surtout la théorie explicative de l'obsession qui montre la racine de tout le mal dans une insuffisance de vie, lui devra suggérer, semble-t-il, qu'il ne doit pas abuser, et peut-être même fort peu user des stupéfiants ni des « dépresseurs, » pour com-

1, Sërr. et !<Jëes f.res, I, 293.

battre l'agitation, l'énervcment ou les maux de tête. Il recherchera plutôt, contre les divers symptômes, les traitements qui stimulent, qui tonifient, qui fortifient *,

Mais ces moyens, dès qu'ils sont actifs, sont sujets à tant d'indications et de contre-indications, que le malade et son entourage devront bien se garder de suppléer au médecin et de rédiger par eux-mêmes l'ordonnance, au petit bonheur. Même pour les pratiques qui paraissent, aux yeux des non initiés, les plus anodines, pour l'hydrothérapie par exemple, un médecin expérimenté hésitera, au moins sur le mode, avant de les prescrire ; si les non initiés n'hésitent pas, c'est précisément parce qu'ils ignorent. Mais, si cette ignorance est commode pour décider, la décision peut être mauvaise, et le malade, en payer les conséquences. Qu'il ne fasse rien, plutôt que de suivre une ordonnance rédigée par des incompétents.

Et enfin, quoi qu'on fasse à cet égard et si bien inspirée que soit l'ordonnance, il ne faudra pas s'étonner qu'il reste autre chose £ faire, puisque le fond du mal est ailleurs. On ne peut, dans l'organisme, en atteindre que « les éclaboussures*. » Que le corps ne fasse donc pas oublier l'esprit ; « malgré l'importance de la thérapeutique physique, il est incontes-

1. 11 faut surtout fortifier, a II ne suffit pas en effet de stimuler le tonus, dont l'origine est surtout périphérique, pour augmenter le potentiel d'un asthénique dynamique. Stimuler une outre vide, c'est faire œuvre inutile. Donner un coup de fouet à un cheval fourbu, cela est vain. » Deschamps, ouvi\ cité, 305.

Page 1