‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 75 sur 93 · Matière et mémoire. Paris, Alcan, 5e édit., 1908, p · texte numérisé non relu

Matière et mémoire. Paris, Alcan, 5e édit., 1908, p

3. De même pour les sensations sonores : « Un fait [en] domine la physiologie... C'est celui-ci : Elles ne commencent qu'au point où cesse la sensation de vibration. Dès que les vibrations se succèdent assez rapidement pour que chacune d'elles ne dure qu'un vingtième de seconde environ, la sensation cesse d'être analytique, la succession des vibrations n'est plus distincte, et nous avons une sensation continue, uniforme, simple, qui est la sensation tonale ». Pierre Bonnier. La Gamme physiologique, dans

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Non, la vie n'est pas la mort ; — la vie de l'un est souvent la mort des autres, oui, car elle s'alimente aux dépens de son milieu; mais la vie est essentiellement concentration et unité ; vivre c'est être un, et l'énergie vitale se mesure à la puissance d'unification.

Et nous voilà en face de cette conclusion pratique: Il faut accroître, chez l'obsédé, sa puissance d'unification pour augmenter son capital de vie.

Le problème se trouve par là mieux posé. Il n'est pas encore résolu. Quels moyens avons-nous d'accroître cette puissance?

C'est en forgeant, dit le proverbe, qu'on devient forgeron. A la différence des autres forces, la vie s'accroît en s'employant. Le surmenage, nous l'avons vu, Tépuise; mais l'activité modérée, celle qui ne dépasse pas les réserves disponibles, la développe. C'est un fait d'observation banale et qu'on enregistre partout, au long de chaque jour. L'exercice favorise la nutrition et ainsi le développement de l'organe par l'afflux de sang qu'il provoque; il perfectionne, par l'habitude, la fonction, organisant de mieux en mieux les idées qui la dirigent comme le jeu des muscles qui l'appliquent à l'œuvre. Il en résulte, pour l'énergie vitale, qu'elle tient à sa disposition des groupes d'idées plus cohérents et plus maniables, des cellules et des organes en meilleur état et plus dispos à l'ac-

le Bulletin général de l'Institut général psychologique, maijuin 1908, p. 189.

tion : et voilà pour elle, de ce chef, un accroissement de valeur. Mais les obstacles aussi qu'elle avait à vaincre s'usent dans la répélition et l'organisation progressive des actes, et les tendances, qui d'abord tiraient en sens contraires, convergent de plus en plus et s'additionnent au lieu de se combattre; le travail perdu diminue donc au profit du travail utile l : et voilà, de ce chef, pour une valeur donnée, un meilleur rendement. De sorte que, plus forte et employant mieux sa force, la vie, à mesure que l'exercice se répète, est de mieux en mieux capable de réaliser sa tâche d'unification.

Pas de surmenage ! C'est le résumé du paragraphe précédent. — De l'activité! ce pourrait être le résumé de ce qui nous reste à dire; car, si le surmenage gaspille le capital, l'activité l'enrichit.

Mais cette activité doit être orientée d'après les besoins des malades. Or, c'est la fonction, chez eux, qui est à restaurer, plutôt que les organes. Les organes sont en bon état ou à peu près, ou les désordres dont ils souffrent, presque toujours, sont le résultat des troubles fonctionnels. C'est la fonction qui est atteinte; et elle est atteinte, non pas dans son fond, mais dans son développement *. Elle remplit correctement son rôle dans les occasions faciles ou habituelles, et regimbe ou se trouble en face d'une situation nouvelle et compliquée. Le malade est

i. Voyez notre Théorie de l'Habitude, dans les Etudes, 2C février et 5 mars 1908.

2. M. Janet met ce fait bien en lumière, dans sou dernier volume, Névroses, déjà cité.

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capable de raisonner, mais pas de conclure; de désirer, mais pas de décider; d'agir à huis clos, mais pas en public; démarcher, mais parfois, comme les enfants, il ne sait pas marcher tout seul, il lui faut quelqu'un à côté de lui. La force vitale n'a pas pu toujours suffire à sa tâche psychologique, et l'activité fonctionnelle, sur beaucoup de points, a manqué de plénitude, de cohérence, de fini, en un mot d'adaptation. L'adaptation a été souvent incomplète, et ainsi le développement qu'aurait dû créer l'habitude, est resté en retard, plus ou moins rapproché du type infantile. Les besoins se sont développés plus vite que les aptitudes. L'éducation psychologique, l'évolution personnelle n'est pas au point1.

C'est donc à mettre au point cette évolution, qu'il faut viser; à restaurer ou à compléter le fonctionnement normal. On voit par là, une fois de plus, que la cure est essentiellement psychologique. Et l'on voit aussi que son rôle est de provoquer une activité organisatrice, rééducatrice, qui refasse ou achève l'adaptation.

Mais parce qu'il ne suffit pas d'adapter, ou plutôt parce que, pour adapter la fonction en retard, il faut la développer, il y aura donc à la prendre où elle se trouve. Il ne faut pas regarder l'âge du malade, mais son degré réel d'évolution ou peut-être de régression. Car la maladie a pu éclore brusquement on une crise plus profonde l'aggraver. Or, la vie, à mesure que son étiage s'abaisse, se retire des soin-

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