‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 79 sur 93 · II · texte numérisé non relu

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388 l/oBSKSSTON ET Lg SCRUPULE

contre en gros, au jugé, et Ton décide — et tant pis si c'est de travers. On gagne plus, en de telles circonstances, à se tromper rondement qu'à se mettre martel en tête pour avoir raison. Peu à peu on se trouvera la force tout naturellement de prendre quelques décisions plus importantes précédées de la réflexion nécessaire. Et ainsi de suite.

En somme, tous ces exercices — qui, dans la pratique, nous l'avons dit, peuvent être variés à l'infini et doivent être gradués soigneusement — relèvent d'un même principe directeur : En forgeant on devient forgeron. Il s'agil pour le malade d'utiliser le peu de force vitale dont il dispose, pour s'en faire davantage; il s'agit d'amorcer l'activité normale, pour qu'elle se développe ensuite d'elle-même sous la poussée de la vie, comme l'électricité, dans la machine de Gramme, s'accroît par le mouvement. La vie à ses débuts se concentre dans un germe et construit, cellule à cellule, tout l'organisme ; ainsi peut-elle reconstruire peu à peu la synthèse mentale.

Il est vrai que, dans les exercices passés en revue, la reconstruction se fait par apports successifs plutôt gue par un élan continu, par l'évolution systématique d'une idée mère; mais ils se rattachent tous à un fond commun, qui est la vie. Dans l'organisme, dès que les organes sont différenciés, le développement se fait aussi par fractions ; quand les os ou les bras se développent, les muscles et les avant-bras se contentent de vivre, et ainsi du reste1. Mais tous ces développe-

i. I)r Paiîî Godin, Recherches anthropométriques sur la crois* $anv* de* Uiwm* parties du corpt, Paris, Maloine, 1903.

AUGMENTER Lfc CAPITAL

ments partiels contribuent à l'évolution de l'ensemble, et l'unification réalisée dans chaque cellule, à l'unité du tout. 11 en va de même pour la vie consciente. Le3 constructions partielles préparent et facilitent la synthèse totale et les gains de détail accroissent le capital engagé. Les petits efforts nourrissent l'esprit, comme l'organisme de l'enfant s'alimente avec de petites digestions ; ils le développent et l'adaptent peu à peu, tandis que la puissance d'unification, qui estl énergie vitale disponible, grandit par l'exercice qui la met en acte et par les résultats que l'habitude maintient ft.

Dans les oscillations de l'énergie vitale, le sentiment aussi joue son rôle, qui est d'une extrême importance. C'était à prévoir. Le sentiment est Ja conscience d'une harmonisation ou d'une désorganisation vitale. 11 touche donc au fond même du moi, et en reflète toutes les nuances. Il exprime tout son présent et la réaction qu'il provoque influe nécessairement sur son devenir. Il importe donc de savoir si nous pouvons en tirer parti.

1. Par ce dernier aspect, c'est la quantité des phénomènes à unir dans les actes subséquents qui se trouve diminuée. Au lieu d'unifier des éléments épars, la tension vitale n'aura plus à s'exercer que sur des éléments déjà organisés par groupes, et ainsi plus facilement assimilables dans une synthèse supérieure. Les procédés qui tendent à augmenter l'énergie diminuent donc indirectement la difficulté, comme nous avons vu que ceux qui diminuent la difficulté augmentent l'énergie disponible. C'est que, si nous divisons de notre mieux pour l'explication des faits, en réalité tout se tient dans la vie.

340 l'obsession et le scrupule

C'est une très grosse question. Nous ne pouvons songera l'épuiser ici, il nous suffira de dire ce qui regarde spécialement la direction des obsédés.

Il est clair que, sur ce point, la direction a moins de prise, et force lui est de se faire indicative plutôt qu'impéralive. Encore faut-il savoir quelles indications elle doit fournir.

Nous avons déjà vu [§ précédent] les sentiments jouer un rôle néfaste Mais ils ont aussi un rôle utile. S'il y en a parmi eux de déprimants, il y en a qui stimulent et qui tonifient; ce sont ces deux dernières catégories que nous avons maintenant à signaler.

La souffrance, si on ne s'en laisse point écraser, et, dans certains cas, l'émotion elle-même, si elle est normale et si Ton réagit, peuvent devenir des stimulants.

Elles stimulent précisément par la réaction qu'elles provoquent. D'elles-mêmes, elles dépriment, c'est entendu ; mais elles peuvent amorcer le vouloir. L'oxygène et l'hydrogène se combinent par inflammation du « mélange détonant », non pas que la chaleur entre pour rien dans la combinaison, mais elle permet aux affinités chimiques des deux gaz — qui, à la température ordinaire, sont « indifférents », dissociés — , d'entrer en jeu et de les unir. Le vouloir aussi, aiguillonné par l'émotion ou la souffrance, peut entrer en jeu, se ressaisir, réagir, ramasser la conscience dispersée et bander toutes ses énergies pour Faction libératrice. C'est alors la vie qui se concentre et s'exalte.

L'histoire est pleine d'exemples illustrant celte

doctrine. C'est la faim quia été le premier stimulant de la civilisation humaine. Pour échapper à la souffrance, l'homme s'est raidi dans l'effort, s'est industrie pour trouver sa nourriture, et, quand il a eu la nourriture, le vêtement, l'habitation, de quoi satisfaire aux besoins urgents, il s'en est donné d'autres, de luxe, et il a continué son effort. Le plaisir, par lui-même, est une augmentation d'énergie vitale, et la souffrance en est une diminution ; mais la réaction peut se produire en sens inverse. Le plaisir détend l'activité et l'énervé en supprimant le but et le besoin; la souffrance l'exalte. Les peuples, presque tous, ont grandi par l'adversité; l'excès du plaisir a fait leur décadence. Tant que les Romains ont eu des ennemis à combattre, ils ont été le premier peuple du monde ; en devenant un peuple heureux, ils se sont abandonnés, et les Barbares bientôt les ont balayés comme des feuilles mortes.

L'histoire des familles et des individus ressemble à celle des peuples. La plupart des hommes qui « ont percé » ont mangé d'abord du pain noir ou, comme on dit, « de la vache enragée ». Si Carnegie eût été moins pauvre, il ne fût sans doute pas devenu si riche. Et si « les grandes familles » tombent si vite, malgré leurs avances sur les concurrents, ce n'est pas toujours par la coalition des envieux. Il leur a manqué l'aiguillon de la souffrance, et elles ont écouté les mauvais conseils du plaisir1.

De même pour nos malades, une vraie douleur les

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