‹ Le gouvernement et le Parlement britanniquesChapitre 327 sur 358 · DE LA DÉMOCRATIE EN ANGLETEIUIE · texte numérisé non relu

DE LA DÉMOCRATIE EN ANGLETEIUIE

ciper, il on résulte que rautorité suprême réside dans Tuniversalilé des citoyens*.

T<^lle est la vérité qui frappe les penseurs et qui leur inspire les plus graves préoccupations, au point do vue des destinées futures de TAngleterre.

Voilà, disont-ils, le pays livre à cette démocratie qui, semblable au tombeau, prend tout et ne rend rien. L' autorité de la Couronne est presque nulle, celle de la Cliambre des lords est à peu près insignifiante, et rétablissement <lu suffrage universel a privé <1(» pouvoir la classe moy<»nn(», qui est la plus désintéressée, la plus indépendante et celle qui, peut-être, a le moins de préjugés. Fja puissance appartient aujourd'bui à la plus liante et à la plus basse classe, c'est-à-dire à la ricbesse et au nombre et, comme rinfluence de Taristocratie sur Ivn électeurs <Iiminue sans cesse, il est facile de prévoir <|ue la masse du peuple deviendra la maîtresse exclusive de TKtat.

Dans buir sollicitude inquiète, d'éminents citoyens se demandent ce qu'a produit le gouvernement démocratique, dans les autres pays: ils déclarent que l'exemple de la France • donne une idée de Tétat d'imbécillité

I . - \a* propres rapi»!»' <los idtVs dômocratiquos csl un fait que personne n'oM* iiii'i* aiijoiinl iiiii; qui donc os*} maintenant parler de tenir le pi-npli* riï tnjdf ou di' iv^i^tiTà sa voloid»'* l»i«*n «'xprini«'i»? On so borne à din' qu'il faudrait tArluT fit* niontr«*r à la masse qu«>l8 sont ses vêrital»lt'-> iidi'rrts et d't'rlairi>r l'opinion publique; mais qui ne ronfosso qu'uni* fois ipi«> l'opinion pul)liqu<* s'i>>t prononrre, tout doit ct>dcr dt'vant t'Ili'':^ Ti»ut l<' niiintlc est d'aerord sur o* point : ce nouveau pnuvtiir. ipn fait |mmi à pm n'utrcrdans rond>ro tous |«>s autres, conqite aujourd'hui au nomhn' île s«*s si*rviti'urs lt>s mênifs ministres qui. s'ils a\iii('ni vi'tu «^oixanii* ans plus tAt. auraient ét«'' les pn^niers à nier son autoiité, à tourner ses prêteiitifuis en ridirule et, s'il l'ût été pos>il>le. Il èloulTer sa liberté. (Uncklo, UiHoire de la civilisation en Angleterre^ vul. H. cil. VII.)

morale auquel los idées fausses peuvent conduire i grande nation, tandis que celui des Étals-Unis moi à quel point les masses repoussent toulc supériorilé lellectuelle ' ». Ils constatent enfin que les teaderss aujourd'hui forcés de se laisser guider par ceux qui s censés les suivre, que les débats parlementaires viennent, de plus en plus, une simple afTaire de foi et que les députés sont souvent contraints de voter, i pas suivant leur conscience ou leurs lumières, a conformément aux idées d'associations politiques c< posées d'hommes dont l'esprit n'a qu'une médio portée. Sans doute, le développement de l'instruct

1. Sir Henry Maine, Popular governmtnt, ch. ii. — Dans une ri'p( â l't'-itùni'nl auteur, M. Ruïkiii, qui ac fuil le champion de la Ji^uian uiiK'rii'oinc, laisse échapper des aveux significalifa : • Aucun obse trui' (lu la politique en Amérique ne peut uier qu'un ce qui coati lus iiiTaires qui peuvent devenir un sujet do Ifgislolion, l'èlcctirur a rivain (coûte, avec une extrOmo impatience, ce quf a l'air d'une le^ lu riii.snn en est, non pas (]u'il n'aime pas l'instruclion. mais pliitùt < iliins 1i< domaine polîtiipii', il n'aime rien de ce qui a l'air d'une s\ lioritê. La puasion de l'i-galiti^ est une des inQuenccs les [dus Rraui en pntiliiinu. Ia's politiciens le reeon naissent si bien que la di-pn''i-it: di' sni-mAiiie. mf'me en matière de eon naissances, est devenue l'un ninyens de se faire bien venir de la nmltilude, moyen que les liuin. Ii's plus f>ininents des doux partis ne dèdaÎRncnl pas. En parlant t ijujet tel i|uo le eirculatinn man^tairu, pour instruire le poiiple. Ie« i teirr.^ hulules ont gtaaii soin de répudier toute pri'teiiliui) A ca sa plus que leurs auditeurs. Le discours est faildefai.-nn £i paraître, aui qui' pnssible, une simple énunciation de clioses, qui sont uu^si U lii'i'iis ù l'auditeur qu'à l'orateur. Rien n'est plus fatal ù. un oral qu'une apparence de savoir supt'iicur, eur un sujet quelconque. ^irati'ursde la nuance démaKOjïiquc poussent cette prt't-aution ù l'exln el alTecIenI souvent l'itinorancc, en parlant dus laiblcs moyens de : struire qu'ils ont eus pendant leur jeunesse, et de l'exlréine diltlc qu'ils ont éprouvée pour appn-nilru uii^mu le peu qu'ils savent. En I il n'y a rien que le peuple tolère moins, île la port d'un liunimo réclame ses sulTi'afte.i, que de niunlriT qu'il ne se coniùdére pas con iipimHetiant ù la même classe que io niasse des êlerlinirs, el que, soi naissance, soit la Torlune. soit l'éducation, tnt j)eiinettent, en au sens, de les refiarder euimu!! au-dess'ius de lui. (.ViRc(«;n/A cenh février IHHe.)

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publique améliore rintcUigence ilu corps électoral, mais la tendance manifeste <le l'éducation est de répandre les lieux communs et de les fixer dans Tesprit, à Tàge où il est le plus facilement impressionnable.

Nul nVst, plus que moi, disposé à reconnaître les défauts et, si Ton veut même, les vices de ki <lémocratio. Tbéoriquemenl, ils sont évidents, et pratiquement l'exemple de la France et des Étals-Unis est concluant. Je, ne contesterai même pas que les institutions de l'Angleterre soient particulièrement impuissantes à prévenir certains périls. En fait, il n'y a pas là, comme dans notre pays, une classe de paysans propriétaires, le rlief <lu pouvoir exécutif est, en réalité, nommé par la Chambre des communes, qui exerce, sur ses actes, un incessant contrôlet^t qui agit, elle-même, sous les yeux du suffrage universel dont elle émane. 11 n'y a ni tribunal suprême, comme aux Ëtats-Unis, ni secontle Chambre élue, comme en Amérique et en France ; le pouvoir des classes ouvrières est absolu K

Serait-ce donc que ce chef-cr<euvre de législation, dont parle Montes(}uieu ', soit en péril, que cet ingénieux système d'attractions qui maintenait la constitution dans son orbite soit troublé et. Tune des forces l'emportant sur les autres, ce système politique, qui a fait la grandeur de l'Angleterre, va-t-il se briser dans Tespace?

La politique, je l'ai déjà dit, est une science esscn-

1. F. lîarrison, The radical programme . (Contemporanj rewiew, fêvri«*r IKS6.)

i. IN)»r fornuT un ^0!ivi»rnoinonl nioil»'*p'*, il faut ooinhinor le» puissîincf^, Ifs ivj^liT. I»'s ti'in|)rn'r» I«*s fain» a^^ir. «louniT ptnir nhisi <liri' un li'<it à l'unt* {xiiir In nicttn* ni t'*tut (1«* n''>ist<T à um* autre : c'est un rlier-fr«euvn' fie li''f;i>lnli<)n, fjue le husunl fait run^mcntet que rarement ou lui:i:io fuiro À la prudence. {Esprit des lois^ \\ 14.)

53a CONCLUSION

Uell«mci)t expérimentale : or, so baser, pour prédire l'avl'uir du gouvernement démocratique en Angleterre, sur les actes de la démocratie frunçiùso, c'est tomber dunt) l'erreur qu'aurait pu commettre un contemporain de Louis XIV, en jugeant l'aristocratie britannique, qui renversait Jacques II, d'après la noblesse de France, qui se proslcrnail devant le grand Roi.

Il est niallicurcusement trop vrai que notre démocratie est, comme celle des Ëtats-Unis, animée d'une aveugle passion non pour l'égalité vraie, mais pour le nivellement, et d'une liaine idiote contre toute supériorité intellectuelle et morale '. Il est non moins certain que ces sentiments sont accompagnés, en France, d'une hostilité aussi stupido que violente contre tout sentiment religieux, et que les masses populaires, toujours prêtes à la révolte et au désonlre, menacent constamment l'ordre. Par cela même, elles mellent la liberté en imminent péril, car, ainsi que le disait Barnave, t\ la fin du dernier siècle, < la tranquillité est plus nécessaire que la liberté. La liberté n'est qu'un superflu qu' fait le bonlieiir; si vous ne les mariez pas ensemble, si vous les rendez incompatibles, si vous présenl,cz. à la nation la perte de la tranquillité dans l'établissement de la liberté, craignez de voir bientôt cette majorité détruire la liberté, plutôt que de .se condanuier à un état perpétuel d'agilalion et d'iiicoilituiie. »

C'est (!n cela siu'toul que racliim de la dénioeratio

i. Comhien i\o trisli>s Pl frapiinnls cxi-riiiili'? nn nu poimail cilcr 1 Eu l'oitracisriiF diml In ili-tiiiiniilit' iv|>irMi<'iiiii<' fi^iipi-. i, rinMiir m'Iiivllr-.

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française peut sembler redoutable, car rexpérieiice apprend que les libertés perdues sont difficiles à recouvrer et, suivant la belle parole de Milton, « rien n'(»st plus fréquent que de voir les nations précipitées par leurs vices dans la servitude, préférer cette servitude facile à la liberté, au service de laquelle il faut de l'activité et de Fardeur. »

Voici donc comment se pose la question. La démocratie anglaise saura-t-elle, plus sage que la notre, respecter lout c(» qui fait Tbonneur et la gloire de la patrie ? ou doit-on craindre (piVlle persécute violemment les consciences. (|u*elle allume, entre les classes de citoyens, ces sentiments de baine et d'envie qui menacent la grandeur et jus(|u'à Texistence méme<le notre pays ? Saurat-elle enfin assurer la liberté individuelle <b'8 citovens, sans tomber cependant dans ces excès qui, suivant IMaton, rend<»nt la tvrannie nécessaire *?

Sur C(»s divers points, Texemple du passé doit rassurer sur l'avenir. Sans doute, la démocratie anglaise a ses passions et ses faiblesses, ses erreurs et ses préjugés. Elle a pu se tromper, jadis *, maissouvent aussi, (b'puis yn demi-si<Mde. elle s'est montrée plus généreuse et plus clairvoyante que l'aristocratie '. I)*un autre côté,

3. M. (iliiiN(<»iii' «lit : - J'iiriiriiii* i|ii(> If jh^i'IimmiI |Mi|iiilnir«\ mm* |«>s ^mmikN jrti-o ilu «li'iiiii'i* (li'iiii >ii'r|i\ i|iii iiiit lait >l«' imln» riiiMiui» l'InuiiiiMir ii«'^ i\'rZ*"^, •! lit' piii-^ Jii^tt' l't plus vnii (|iii> relui i|i> la majuritt- i|c« rla««'»-» |iliiï rli-vri-s. lfi/rftntn*j*^ vol. VII. |>. 1.8.)

rion ne semble indiquer qu'elle soit prête à sacrifier la liberlé à régalité. « Suivant moi, a dit un homme d'Étal, Teffet particulier de la démocratie pure peut et doit être, dans les États civilisés, le plus grand développement simultané de la liberté et de Tégalité à la fois ; la démocratie vraie favorise ces deux principes d'une manière simultanée *. •

J'ajoute que la démocratie anglaise a jusqu'ici échappé à ce péril, c signalé depuis deux mille ans ^ >, de la division en fractions trop nombreuses ou trop hostiles. On lui reproche parfois d'apporter, aux lois existantes, tant et de si profondes modifications, on critique «cette fièvre de législation, moins brutale qu'une révolution, mais plus dangereuse, parce qu'une révolution passe, tandis que ces changements ne cessent pas ^. »

Quelle est la valeur de ces accusations? Si l'on y veut bien prendre garde, on constatera qu'il y a deux parts, dans l'important ensemble des lois volées depuis un demi-siècle : les unes ont eu pour but de pourvoir à certains besoins nouveaux, les autres de réparer les erreurs et les injustices du temi)s passé *.

En ce qui concerne les premières, il est certain que les tendances de la démocratie sont parfois regrettables ; elle a un ci^rtain peluchant pour ce que Ton a nommé le socialisme d'Etat, la centralisation et lo développement de la bureaucratie. Lo mal n'est pas très grand encore.

i. !)(' Parn'ii, Principes de la science politique, cli. iv. — L'aulcur donno à cctl"» |>onsro dos dôvoIopinMiicnls forl importants îï luêditer.

2. Dartliélrjiiy-Saint-llilairo, De la traie démocratie^ p. 61.

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