PREFACE IX
ces travaux constituent l'une des œuvres juridiques les plus remarquables de ce siècle. L'influence qu'ils ont exercée sur la formation du droit administratif de l'Allemagne, est considérable. Le mérite de M. de Gneist est d'avoir pour la première fois mis en lumière les origines, le développement, la véritable nature du selfijoternment anglais. Sans doute, il est permis de discuter quelques-unes de ses conclusions,et Ton pourrait lui reprocher de songer trop volontiers à la Prusse, lorsqu'il cherche à déterminer le caractère des institutions britanniques : ses différents ouvrages, admirables d'érudition et de profondeur, n'en conservent pas moins une valeur définitive et demeureront la base de tous les travaux que pourra susciter le gouvernement local de l'Angleterre.
On est en droit d'observer cependant que les publications de M. de Gneist sont déjà un peu anciennes. La traduction française de son livre sur le Selfgovernment a paru en 1867-1870. La dernière édition allemande de cet ouvrage remonte à 1871. Le volume sur le droit administratif de l'Angleterre date de 1885 et n'a pas été traduit. Depuis 1870 — et surtout dans les dix dernières années — l'organisation intérieure de l'Angleterre a subi des changements profonds. La loi du 13 août 1888 sur les conseils de comté et la loi toute récente du 5 mars
PKEFACE
1(S94, ont notamment consacré des innovations d'un caractère fort radical. Une évolution, dont M. de Gneist constatait avec crainte les premiers symptômes et à laquelle il ne rendait pas tout à fait justice, n'a pas cessé de se poursuivre. Enfin, il est permis d'ajouter que les ouvrages de M. de Gneist, extrêmement touffus, riches en renseignements de toute espèce, sont d'un abord assez malaisé pour le lecteur français. Ils portent à un degré rare l'empreinte du génie allemaùd et dérangent par moments les habitudes de notre pensée.
Jusqu'à présent, il n'existe pas en Angleterre de traité scientifiquement ordonné sur les institutions provinciales et communales du pays. Ce que l'on rencontre, ce sont des ouvrages de pratique, des commentaires sur telle ou telle loi déterminée, des répertoires — d'ailleurs excellents — où les matières sont disposées par ordre alphabétique. Il serait injuste pourtant de passer sous silence les petits volumes appartenant à la série intitulée The English Citizen. Ces monographies, destinées à instruire le citoyen de ses droits et de ses devoirs, sont des modèles de clarté. p]lles ont pour auteurs des hommes d'une compétence reconnue — souvent même des savants de premier ordre — et rendent les plus grands services à celui qui désire s'initier aux problèmes du droit public et du droit administratif.