XVIII INTRODUCTION
c'est-à-dire l'honneur politique, la fidélité des hommes et des partis à leurs engagements, èuleur passé et même à leurs erreurs. C'est qu'en effet le respect de nos erreurs fait partie du respect de nous-mêmes : une expiation quelquefois. Si vous changez de conduite politique (je ne parle pas du changement d'idées : sommes-nous maître de nos idées ?) sous prétexte de la lumière qui s'est faite en vous, de l'ancienne erreur qui vous a quitté, vous tenez le langage des acrobates, je vous préviens de cela ; et il vous reste à prouver que vous n'en avez pas les sentiments.
Enfin ce pays, qui n'avait encore, eu, comme dit M. Thiers, que l'éducation peu morale du despotisme et des révolutions, prit des mœurs nouvelles en s'adonnant aux pratiques viriles de la liberté : une émancipation qui est surtout discipline et responsabilité. 11 parut^ il s'établit parmi nous, grâce aux influences parlementaires, un adoucissement et une élévation générales qui leur ont survécu, s'imposant et profitant à tout ce qui les a suivies. Je supprime les détails : je rappelle seulement que telles révolutions éclatèrent, sans échafaud ni banqueroute : que tel intérim de tous les pouvoirs publics dont nous avons été témoins ne fut pas le déchaînement de tous les méfaits.
C'est que la liberté est un cours permanent de morale publique. Comme l'égoïsme des castes et des dynasties a cessé d'être un droit et n'oserait s'avouer, comme les partis se perdraient à penser tout haut... On ne peut user de la faculté de tout dire que pour professer le bien public, ce qui est d'une certaine conséquence. Au
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fond des cœurs, il reste toujours des motifs bas, des passions cupides ; mais il n'en peut sortir qu'un exposé de prétextes éminemment propre à cultiver le sens moral des peuples, à fortifier les principes patents de la constitution, à lier les conduites par le langage et peut-être même la conscience de rhypocrite par ses propres déclamations.
En même temps qu'elle était l'école des mœurs, la liberté fut une explosion des capacités politiques répandues dans le pays, jusque-là inertes et peut-être ignorées d'elles-mêmes. A l'appel des élections, aux épreuves de la tribune et du gouvernement, on vit sous un aspect nouveau ce que c'est que la France et ce que vaut la liberté. D'où venaient-ils donc ces ministres, ces orateurs, cette assemblée qui durait encore en 1820, et dont l'éloquence était le moindre mérite ? D'où tombaient-ils ces inconnus, étrangers jusque-là aux affaires publiques et qui parurent tout à coup avec tant d'éclat et de services ? Il est certain que la France eût beaucoup perdu à laisser dans l'ombre cette partie d'elle-même : et l'on peut douter qu'un monarque absolu eût été décoiivrir«et mettre en lumière ces précieux serviteurs dont l'un osa bien dire i^ il fallait planter le drapeau royal au milieu du pays : forte parole que l'on n'eut garde de comprendre.
Outre l'occasion politique offerte aux esprits, la liberté portait en elle un principe de vie qui éclata dans la renaissance des arts et des lettres. En quel abtme était tombée la France ! l'école de David, les romans de Pigault-Lebrun, d'infiniment