XXVI INTRODUCTION
est de se faire apporter tout vifs des éléphants sauvages par ses sujets vêtus et armés seulement de javelots. Voilà un peuple qui est arrivé à la phase d'obéissance, qui pourrait être Européen, continental, représenté. Ce peuple porte en lui un principe de cohésion et de centralisation. S'il existe, il me semble promis au plus bel avenir, et pourra incommoder les Anglais du Cap.
Classons encore comme incapables de représentation ces nomades dont nous parlions tout à l'heure, cette population errante des steppes, attachée à des troupeauxrune civilisation où suffisent Therbe et la famille patriarcale. Ce n'est pas que ces pasteurs aient l'aversion de tout gouvernement , mais à cet égard leurs besoins sont bornés : il leur suffit de cette loi tartai-e, observée par un missionnaire, laquelle prépose chacun à la garde du voisin et rend chacun responsable du bétail volé. Quand on a l'espace, on a l'ordre et la paix. L'espace manque-t-il aux nomades? le pâturage trop étroit est-il disputé? Ils ne s'en gouvernent pas plus : il arrive seulement que les plus faibles émigrent conune une avalanche, se répandent, débordent sur l'Europe, sur l'Inde, sur la Chine, font en passant la fortune de quelque Attila, de quelque Gengiskan, et finissent, faute d'esprit (lequel ne se cultive guère à la suite des troupeaux), par s'assimiler à leurs vaincus. Latins, Indous ou même simplement Chinois, qui ont l'avantage d'une éducation plus avancée.
Il est telle espèce de civiUsés supérieure aux nomades, qui ne se prête pas mieux au gouvernement représentatif : je veux parler des peuples
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orientaux, lesquels s'adonnent à la théocratie et vivent de religion. Comme toutes choses au monde leur semblent réglées par un décret d'en haut, par une préordination divine, ils n'auraient garde d'y toucher. Pourquoi nommeraient-ils des représentants, des législateurs? leur loi est toute faite, c'est le dogme; et les prêtres sont leurs représentants tout trouvés.
En avons-nous fini avec ces exclusions, ces incapacités? pas encore : il nous reste à noter un cas éclatant entre tous, je dirais presque une supériorité. Il s'agit de ces fortes races qui ont la révolte dans le sang, où circulent la sève et le feu de l'individualisme, où chaque homme s'érige en souverain. Ce ne sont pas elles qui vont déléguer leurs pouvoirs et régner par procureur. D'ailleurs ces races ignorent l'unité de la loi parmi des populations nombreuses et sur des territoires éten* dus. Elles ne connaissent pas ce grand accord pour obéir qui fait les nations et les troupeaux. A ce compte, elles n'ont que faire d'être représentées pour être libres; leur mode de liberté est individuel, leur gouvernement est direct. Vous les . voyez se camper çà et là en petits groupes indépendants, comme les cités de la Grèce antique, comme les républiques d'Italie au moyen âge. — Ne les jugez pas au nombre et à l'espace. Il n'y a rien de si grand sous le soleil qu'un homme libre, et ces peuples, dans la folie de la liberté, ont fait et ont dit des choses dont nous vivons encore. Bref, ils sont trop grands, trop fiers, pour être représentés : l'humanité perdrait à ce qu'ils ne fussent pas souverains eux-mêmes.