‹ Le gouvernement représentatifChapitre 20 sur 61 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

Parce qui lui manque de ce côté, par ce qu'elle possède d'ailleurs, l'Europe convient de tout point au gouvernement représentatif. Un certain fond d'obéissance, nulle obsession de l'idée religieuse, des espaces et des nombres qui ne peuvent songer au gouvernement direct : voilà nos titres, quelques-uns très-négatifs, pour nous gouverner par voie de représentants.

Mais encore que l'Europe soit au point voulu pour ce degré de liberté, n'en voulant pas moins et n'en pouvant pas plus, il s'en faut de tout que le gouvernement représentatif y soit compris partout de la même façon. Beaucoup prennent le thyrse^ mais peu sont inspirés du dieu^ disait Orphée. Le fait est qu'il y a plus d'une race, plus d'un courant d'esprit à travers l'Europe, et cette diversité parait dans la chose que tous appellent du même nom et croient peut-être pratiquera l'unisson.

Il n'est pas bien surprenant qu'il y ait plusieurs manières d'entendre la pohtique, puisqu'il y en a plusieurs d'entendre la métaphysique et la morale, ■c'est-à-dire l'esprit et le devoir humain. Quand il y a diverses notions de l'homme, de l'individu, comment n'y en aurait-il qu'une du gouvernement des sociétés humaines? surtout si nous cherchons -ce gouvernement en elles-mêmes et non plus à l'extérieur en quelque sorte, au hasard, à genoux, parmi des dynasties ou des théocraties absolues. Lff f/oiWf.'nieme7it, s'écriait un jour M. Guizot, est le plus ijmad emploi des facultés humaines! Oui, à coup sur ; mais quelles facultés avons-nous au juste? Il me semble que cela est à considérer dans le problème du meilleur gouvernement.

INTHODCCTIOiN. XXIX

Y a-t-il en nous une faculté (la Raison, je suppose) pour saisir spontanément la vérité absolue? cette vérité n'a-t-elle pas un rayon qui s'appelle la Justice et qui s'impose à notre volonté comme règle, comme discipline, comme devoir enfin? Ce devoir n'est-il pas pour les gouvernements comme pour les individus?

A toutes ces questions, si vous répondez oui, vous concluerez d'abord au gouvernement de la nation par elle-même, vu que rien ne garantit une corrélation intime entre ce qui naît sur le trône et ce grand devoir de justice; — puis au gouvernement de la nation par les meilleurs ; toujours •en vue de la justice, qui n'est pas plus le fait de tous que du premier-né d'une reine; — enfin, à des procédés pour reconnaître et instituer cette élite politique, cette souvainereté des meilleurs.

Cela veut dire, mis en œuvre et traduit en lois, que certains auront le droit, en vertu de leur mérite présumé, d'élire le législateur ou même d'être élus législateurs. Il faut bien que la garantie des choix se rencontre quelque part : il est même spécieux de dire qu'elle doit être partout, c'est-à-dire •chez le mandataire comme chez le mandant. En deux mots, suffrage restreint, cens électoral, cens d'éligibilité, tel est le mécanisme qui découle des principes ci- dessus. Ceci ne représente pas moins que le gouvernement et les élections que nous avons vu fonctionner en France de i814 à 1848.

On va me dire que j'oublie la royauté, en parlant du mécanisme électoral conmie si tout le gouvernement sortait de là. Oui, je fais volontiers abstraction de la royauté ; mais les pays libres

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