‹ Le gouvernement représentatifChapitre 22 sur 61 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

rigueur logique, dont on n'a jamais, que je sache, critiqué les déductions, tirer de Vutile le pouvoir absolu d'un seul. Supposé qu'on en tirât aussi bien le règne du nombre, ralternative est' médiocre, si le pouvoir absolu persiste. Il y a cela de certain, que la justice est absente de ces solutions: Au fait, comment y serait-elle, quand elle n'est pas dans leurs éléments, ni dans la sensation, ni dans les idées d'origine sensible, ni dans l'impulsion qui sort de ces idées?

Vous allez me dire que les mœurs sont là, dont le propre est de borner les principes dans l'excès de leur développement rectiligne et de faire entendre raison à la logique. Peut-être : mais, en tout cas, j'ai une bien autre objection contre le principe de l'utile, une objection prise justement de ce qu'en certaines occurrences il choque les mœurs elles-mêmes, le sens national, l'histoire.

Il me semble que fonder la loi politique de certaines sociétés sur le principe des intérêts, c'est mettre en oubli celui qui se montre à leur formation, et qu'on leur donne là pour vivre un autre élément que celui dont elles sont nées.En général, les nations ne se forment et ne prennent de cohésion que par les idées morales, un fondant qui groupe, qui cimente les individus : quant aux intérêts, ils auraient plutôt une puissance d'isolement et de dissolution.

Si l'intérêt était l'âme des nations, si chaque intérêt constituait un droit, est-ce qu'on verrait abdiqués et fondus sous la même loi des intérêts naturellement ennemis, comme le nord et le midi, l'élément foncier et l'élément capitaliste, l'inté-

XXXII INTBODUCTION.

rieur des terres et le littoral le spectacle

enfin que nous avons en France. Par cela même que de grands États se composent d'intérêts divergents et antipathiques, ils expriment ou plutôt ils impliquent le sacrifice de ces intérêts à quelque idée, à quelque besoin de Tordre moral : indépendance, grandeur collective, religion, langue, équité des lois.

Une objection est toute prête, — « ces diver- « sites d'intérêt n'ont pas été consultées sur l'opé- « ration qui les a groupées en un seul peuple : c'est « la force qui a tout fait, et cette violence ne prouve (( nen. » — Mais depuis quand est-il donné à la force toute seule de faire œuvre qui dure, de prévaloir et de s'établir contre les conditions naturelles où le vœu des peuples est bien quelque chose? Avons-nous gardé la Navarre? l'Espagne a-t-elle gardé le Roussillon? M. Augustin Thierry nous apprend que la Guyenne trouvait son compte à la domination des Anglais, à ces vaisseaux qui venaient chaque année emporter les vins du pays ; que cependant elle prêta fortement les mains à l'expulsion des Anglais. Il faut bien croire ici a quelque attrait, à quelque convenance morale plus écoutée qu'un besoin de commerce, qu'un intérêt. De là, on peut conclure que la représentation politique d'un peuple doit être arrangée de façon à satisfaire les besoins moraux qui le constituent, plutôt que les intérêts qui le divisent et qui le dissoudraient, s'ils étaient puissants comme ils sont égoïstes.

Cependant nous ne pouvons nous en tenir à •cette conjecture sur les effets politiques que doit

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