XXXIV INTRODUCTION
là, n'a besoin que de deux choses : i* de n'être pas propriétaire ; 2« d'être le plus fort en vertu des institutions, comme il l'est déjà physiquement. Cela fait, révénement n'est pas douteux :. o» peut s'en rapporter à ce double et énorme pouvoir, rais en mouvement par Yacquisivitéy une protubérance des plus saillantes et des plus répandues, à ce que racontent les phrénologistes. On ne voit pas clairement quels obstacles pourraient arrêter ce pouvoir. Ce n'est pas l'opinion, puisqu'il la fait, ni la conscience, puisqu'il peut toujours lui montrer à l'appui de ce qu'il fait les formes et le& apparences sacrées du juste, c'est-à-dire une loi. L'instinct divin, le guide immortel, c'est ainsi que Rousseau appelle la conscience, est capable de s'y tromper. Une majorité, maîtresse des lois, va peut-être croire avec une certaine candeur qu'elle l'est du droit. L'illusion, il faut en convenir, est facile non moins que tentante et profitable, puisqu'en certains cas bien connus, celui par exemple de Texpropriation ou celui du régime protecteur, l'intérêt du plus grand nombre est admis à prévaloir sur tout autre intérêt, et de l'aveu de tous constitue un droit. Vous me direz que ces cas sont exceptionnels, et que faire de l'exception la règle, c'est faire acte de bouleversement, violer le droit Allez donc dire cela
au plus fort ! qui porte en lui — comme législateur, l'organe du droit — comme nombre, un commencement de droit.
Les masses, dans leur idée de progrès, pourraient en concevoir un qui serait un simple déplacement de l'oppression, infligée désormais aux
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fninoritésytandis qu'elle Tétait autrefois aux majorités. Chose nouvelle assurément, et même d'apparence progressive ; mais c'est la justice que nous cherchons. Le nombre a cela de terrible qu'il peut se prendre avec une certaine bonne foi pour la justice même ; ce qui est une dépravation inconnue au règne des anciennes monarchies et oUgarchies. Tel bon plaisir tenait lieu de loi, mais après tout n'en était pas une : on brûlait Rome, sans ériger l'incendie en droit impérial ; ce quiimporteau salut de la conscience humaine,etlui épargne non-seulement un outrage^mais une ruine.
Je conviens qu'aux États-Unis le nombre est seigneur et maître sans avoir commis de spoliation ; mais attendons la fin. On croit avoir donné déjà quelque explication de ce phénomène.
(( Il y a des peuples que la nature a magnifi- « quement traités, les répandant sur une patrie « immense et fertile où les individus naissent en « quelque sorte propriétaires. Suum cuiqtie^ leur « dit la nature : voilà une équité qui dispose mer- « veilleusement les hommes à être libres et jus- « tes... La propriété, diffuse comme elle l'est aux ^< États-Unis, y tranche péremptoirement certai- « nés grandes difficultés qui troublent le conti- « nent. Elle y est entre toutes les mains aussi « bien que le droit politique, et cela est inestia mable. Car souveraineté et propriété sont faites « l'une pour l'autre. Le souverain devient prot( priétaire, quand le propriétaire n'est pas le sou- ^< verain : cette attraction est le fond de toutes les « discordes sociales. Aux États-Unis où le souve- << rain, c'est-à-dire le peuple, le nombre, est pro-
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€t priétaire par la force et la faveur des circon- « stances.il est clair qa'il n'ira pas abuser de la loi « pour conquérir la propriété. Cette république « a Tune des bases que Platon voulait pour la « sienne : Tuniversalité, si ce n'est la commuDauté « de biens. Les abeilles vivent en société, et cette « société est une paix inaltérable^ — la raison eo « est simple : il y a des fleurs pour toutes. »
Un historien illustre, tout en tenant compte de ces raisons, ne leur attribue qu'une valeur transitoire : aux yeux de ïlacaulay, ce qui fait la modération et le salut de la démocratie américaine, est un pur accident, qui va s'évanouir au premier jour, laissant paraître et agir dans toute sa crudité, dans toute sa terreur, le principe démocratique. Il prédit certaines catastrophes aux États-Unis, telles que la ruine de leur liberté ou de leur civilisation, peut-être même de Tune et de Tautre : et dans une lettre au sujet de Jefferson, adressée à un citoyen de ce pays, il s'en expHque avec une véritable franchise (1).
« Votre destinée est écrite , quoique conjurée tt pour le moment par des causes toutes physiques. « Tant que vous aurez une immense étendue de « terre fertile et inoccupée, vos travailleurs se- « ront infiniment plus à l'aise que ceux du vieux « monde, — et, sous l'empire de cette circonc< stance, la politique de Jefferson sera peut-être « sans désastre. Mais le temps viendra où la « nouvelle Angleterre sera aussi drument peuplée « que la vielle Angleterre. Chez vous, le salaire
(I) Lettre du 23 mars 1857, publiée par le Times le 7 avril I8(î0.