INTRODUCTION. XLV
écoles primaires et les caisses d'épargne où TÉtat s'est fait, principalement depuis 1830, l'instituteur et le banquier des masses, à grands frais et surtout à grands risques : instituteur presque toujours gratuit, banquier comme on n'en voit pas, restituant à toute réquisition les dépôts dont il sert les intérêts au cours légal.
Ainsi une garantie de bien public et même de bien populaire peut se rencontrer dans certaines lois constitutives d'une élite politique, d'un pays legaly comme on disait, il y a vingt ans. Est-ce que M. de Maistre aurait raison de dire qu il peut y avoir des représentants qui ne soient pas des mandataires ? Peut-être bien que oui, mais en tout cas à une condition qu'il néglige, qui est la liberté de la presse. Dans des pays ou la publicité se lève tous les matins comme le soleil, où l'opinion est une puissance, où les raisons de bien public sont les seules qui puissent s'avouer, il n'y a pas d'intérêt qui, soit pour sa propre valeur, soit pour la force qu'il prête à ses partisans, n'obtienne un Jour ou l'autre audience et justice.
En accordant cette part à l'opinion, nous ne faisons que répéter le dire de M. Mill, qui a traité d'une façon méthodique et complète toute cette matière du gouvernement représentatif. Il fait mieux encore que d'embrasser le sujet ; il le domine. C'est esprit est d'une autorité souveraine, d'un calme inaltérable : dans ce livre, comme dans celui de la Liberté, il juge tout sans pitié et sans colère — les assemblées qui ne doivent pas toucher de leurs mains brouillonnes aux projets de lois élaborés par des mains fortes et savantes, —
XLVI INTRODUCTIOiN.
les religions, sans excepter le christianisme, qui élèvent le monde, mais en le fixant au point où elles Tont élevé, ^— les masses populaires ou bourgeoises qu'il traite de médiocrités d'où ne sortira jamais qu'un gouvernement médiocre.
On voit que M. Mill est un excentrique, on le voit à l'indépendance de ses idées comme à la manière dont il parle des excentriques, les appelant quelque part le sel de la terre. Toute sa complaisance, toute son admiration est pour eux. Qui estce qui voudrait l'en blâmer? Oui, parlez-nous de ces hommes nés debout, que rieri ne courbe, ni amis ni ennemis, qui osent être eux-mêmes, qui excellent à dire non, qui regarderaient le soleil en face, qui ont retenu cette fameuse devise d'autrefois : Etiam si omnes ego wo;i;des monstres d'orgueil, mais la plus haute taille où parvienne Thumanité. Rare en est l'espèce, si rare qu'elle touche à l'idéal, et que la plus belle note des lyriques, c'est l'apothéose des obstinés. Justum d tenace/w..., chantait Horace. Quant au Paradis perdu^ son héros n'est pas Satan, quoique cet archange ait un assez grand air : c'est le poète lui-même, c'est Milton, vieux, pauvre, aveugle, dont les derniers regards ont vu tomber la république, foudroyé lui aussi, mais inflexible comme tout un Pandémonium.
En résumé, la question du système représentatif, tel que l'entend M. Mill, est celle du gouvernement par les gouvernés. Les hommes sautont-ils s'imposer eux-mêmes la disciplina que veut la so-