INTRODUCTION. XLVII
ciété ? Peuveni-ils se confier les uns aux autres la conduite de tant de choses qui les intéressent, et, pour parler net, la garde de ce qui leur appartient? ou bien, nous faudra-t-il toujours de ces pouvoirs extérieurs à la société et supérieurs au droit, dont le monde a eu tout le temps de se fatiguer, mais qui ne laissaient pas que de régler la société, d'y entretenir le droit au-dessous d'eux, d'y souffrir même le Progrès? Certes, leurs services n'étaient pas pour rien : ils vendaient cher \dipaixdu roi; ils abusaient de la société en propriétaires absolus, en pasteurs dévorants.* Toutefois la question est grave.
Regardez-moi ce portefaix sans idée, ce fat perdu d'égoïsme : deux misères qui ne représentent pas mal notre condition et notre nature. Voilà les souverains qu'on vous propose ! Souverains est le mot, car il n« s'agit plus de les soustraire aux avanies, aux monopoles^ aux intolérances d'autrefois. Cela est fait : ces nègres ont été émancipés en 89. Tout autre est le problème actuel, où il est question non plus de ce que mé* rite l'homme ; mais de ce qu'il vaut, non plus des droits dontjl est digne, mais des pouvoirs dont il est capable. L'homme ayant été retrouvé et restauré, on se demande s'il faut le créer citoyen, c'est-à-dire souverain, lui donnant sur les pouvoirs publics un droit d'élection et de contrôle, dont il finira par sentir la portée, par apprendre l'usage irrésistible , par concevoir et revendiquer le profit.
Vous trouvez peut-être qu'il est imprudent de confier à l'homme en cette seule qualité les ger-