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CHAPITRE VIU

DE l'extension DU SUFFRAGE.

Une démocratie représentative comme cellequ'on vient d'esquisser — oii tous seraient représentés, et non pas seulement la majorité — oh les intérêts, les opinions, les degrés d'intelligence qui sont en minorité seraient néanmoins entendus, avec chance d'obtenir par le poids de leur réputation et par la puissance de leurs arguments, une influence supérieure à leur force numérique, — cette démocratie où se rencontrerait l'égalité, l'impartialité, le gouvernement de tous par tous, ce qui est le seul type véritable de la démocratie, serait exempte des plus grands maux inhérents à ce qu'on appelle mal à propos aujourd'hui la démocratie, et qui sert de i)ase à l'idée courante de démocratie. Mais dans cette démocratie même, la majorité posséderait, si elle voulait l'exercer, le pouvoir absolu : or, cette majorité serait composée exclusivement d'une seule classe ayant les mêmes penchants, les mêmes préventions, la même inanière de penser, et tout cela

sans être hautement cultivée, poHr ne pas dire plus. Par conséquent, la constitution serait encore sujette aux maux caractéristiques du gouYernement de classe, à un degré moindre assurément que ce gouvernement exclusif d'une seule classe, qui usurpe maintenant le nom de démocratie, mais sans autre frein réel que le bon sens, la modération et la tolérance de la classe elle-même.

Si de pareils freins sont suffisants, la philosophie du gouvernement constitutionnel n'est qu'une plaisanterie solennelle. Une constitution n'inspire confiance qu'à condition de garantir, non point que les dépositaires du pouvoir n'en feront pas mauvais usage, mais qu'ils ne peuvent pas en faire mauvais usage. La démocratie n'est pas l'idéal de la meilleure forme du gouvernentent, si ce côté faible chez elle ne peut être fortifié, si elle ne peut être organisée de façon à ce qu'aucune classe, pas même la plus nombreuse, ne soit capable de réduire à l'insignifiance politique tout ce qui n'est pas elle, et de diriger la marche de la législation et de l'administration d'après son intérêt exclusif déclasse. Trouver les moyens d'empêcher cet abus, sans sacrifier les avantages caractéristiques du gouvernement populaire, voilà le problème.

Ce n'est pas le résoudre que de limiter le suffrage, ce qui implique qu'une portion des citoyens sera dépouillée de sa part dans la représentation. Un des

principaux bienfaits d'un gouvernement libre, c'est cette éducation de Tintelligence et des sentiments qui descend jusqu'aux derniers rangs du peuple, lorsqu'il est appelé à prendre sa part dans des actes qui touchent directement aux grands intérêts du pays. J'ai déjà insisté si fortement sur ce point que «i j'y reviens, c'est uniquement parce qu'il y a peu •de personnes qui semblent attacher à cet effet des institutions populaires, toute l'importance que la chose mérite. On croit qu'il est chimérique d'attendre autant d'une cause qui semble si légère, et de regarder comme un puissant instrument de progrès mental, l'exercice des droits politiques par les travailleurs manuels. Cependant, à moins qu'une véritable culture mentale chez la masse de l'humanité ne soit une pure chimère, voilà par où cette culture viendra. Si quelqu'un en doute, je prends à témoin tout le grand ouvrage de M. de Tocqueville, et en particulier son jugement sur les Américains. Presque tous les voyageurs sont frappés de ce fait, que, dans un certain sens, tout Américain est à la fois un patriote et un homme d'une intelligence cultivée ; et M. de Tocqueville a démontré combien ces qualités sont étroitement liées à leurs institutions démocratiques. Une diffusion aussi grande des goûts, des idées et des sentiments qui appartiennent aux esprits cultivés, ne s'est jamais vue et même n'a jamais passé pour possible ailleurs. Pourtant,

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ceci n'est rien en comparaison de ce que nous pourrions obtenir avec un gouvernement aussi démocratique par la largeur de ses bases, mais mieux organisé sous d'autres rapports également importants. Car la vie politique en Amérique est certes une école bien précieuse ; mais c'est une école oti les professeurs les plus habiles sont exclus de la représentation nationale et des fonctions publiques en général, tout comme s'ils étaient sous le coup d'une incapacité légale. En outre, le peuple étant en Amérique l'unique source du pouvoir, c'est vers lui que se tourne toute ambition égoïste, de môme que dans les pays despotiques elle se tourne vers le monarque. Le peuple, comme le despote, est accablé d'adulation et de flatterie ; et les effets corrupteurs du pouvoir marchent exactement du même pas que ses influences bienfaisantes et ennoblissantes. Si, même avec cet alliage, les institutions démocratiques produisent une supériorité aussi marquée de développement intellectuel chez la dernière classe américaine, comparée à la même classe en Angleterre et ailleurs, que serait-ce si on pouvait garder la portion bienfaisante de cette influence, sans en subir la mauvaise ? Et ceci jusqu'à un certain point peut être réalisé ; mais ce n'est pas en refusant à cette portion du peuple, naturellement la plus apathiqjie, tous les développements de prévoyance et de pénétration qu'elle acquerra, si elle

en vient à considérer et à manier les alTaires pu-r bliques.

C'est par la discussion politiqj^e que le travailleur manuel, dont l'occupation est une routine, dont la manière de vivre ne le met en contact avec nulle variété d'impressions, de circonstances ou d'idées, parvient à comprendre l'influence de causes éloignées et d'événements accomplis bien loin de là, influence médiate et sensible sur ses intérêts personnels et actuels : et c'est par la discussion politique et par l'action politique coUectiv^e, qu'un homme dont les intérêts sont bornés par ses occupations journalières à un cercle étroit, apprend à sympathiser avec ses concitoyens, et devient sciemment un membre d'une grande communauté. Mais quand une classe n'a pas de votes et ne cherche pas à en acquérir, les discussions politiques lui passent au-dessus de la tête. Sa situation, par rapport aux électeurs, est celle de l'auditoire dans une cour de justice, comparé aux douze personnes qui sont sur le banc du jury. On ne lui demande pas son suffrage, ce n'est pas son opinion qu'on cherche à influencer ; on fait des appels, on adresse des ai^uments h d'autres qu'à elle, rien ne dépend de la décision à laquelle elle peut en venir, et il n^y a aucune nécessité et très-peu de raison pour elle d'en venir à une décision quelconque. Dans un gouvernement d'ailleurs populaire, quiconque n'a pas de vête et

n'apas la perspective d'en obtenir, ou sera toujours mécontent, ou aura les sentiments d'un homme que les affaires générales de la société ne regardent pas, d'un homme pour lequel ces affaires doivent être dirigées par d'autres, qui n'a rien h voir aux lois, si ce n'est d'y obéir, et qui est dans la position d'un simple spectateur, quant aux intérêts et aux affaires publiques. Dans cette position, il en saura à peu près autant sur les affaires générales, et il s'en inquiétera à peu près autant que le fait une femme de la classe moyenne, comparée à son mari ou à ses frères.

Indépendamment de toutes ces considérations, c'est une injustice personnelle de refuser à quelqu'un, à moins que ce ne soit pour empêcher de plus grands maux, le privilège élémentaire d'apporter sa voix (et une voix qui doit être comptée pour quelque chose) dans la décision d'affaires où il est aussi intéressé que les autres. Si on l'oblige à payer, s'il peut être obligé à se battre, si on exige qu'il obéisse implicitement, il devrait avoir le droit de savoir pourquoi, de donner ou de refuser son consentement, de voir compter son opinion pour ce qu'elle vaut, mais pas davantage. Dans une nation adulte et civilisée, il ne devrait pas y avoir de parias^ pas d'hommes frappés d'incapacité, si ce n'est par leur propre faute. Tout homme est dégradé, qu'il le sache ou non, lorsque d'autres, sans le con-

sulter, s'emparent d'un pouvoir illimité sur sa propre destinée. Et mème^ en supposant un état bien supérieur à celui où Tesprit humain est parvenu jusqu'à présent, il n*est pas dans la nature, que ceux dont on dispose ainsi soient traités avec autant de justice que ceux qui ont une voix. Les gouyemants et les classes gouvernantes sont dans la nécessité d'avoir égard aux intérêts et aux désirs de ceux qui possèdent le suffrage ; mais envers ceux qui en sont exclus, rien n'oblige les gouvernants à cette façon, et si honnêtement disposés qu'ils soient, . ils sont en général trop occupés de choses qu'il leur faut prendre en considération, pour avoir le loisir de songer à ce qu'ils peuvent négliger impunément. C'est pourquoi nulle combinaison de suifrage ne peut être satisfaisante d'une manière durable, si par cette combinaison une classe ou une personne se trouve exclue absolument, ou si le privilège électoral n'est pas accessible à toutes les personnes adultes qui désirent l'obtenir.

Il y a cependant certaines exclusions motivées par des raisons positives qui ne sont pas en contradiction avec ce principe; et quoique ces exclusions soient un mal en elles-mêmes, elles ne peuvent cesser qu'avec l'état de choses dont elles sont la conséquence. Je regarde comme totalement inadmissible qu'une personne participe au suffrage sans savoir lire, écrire, et j'ajouterai sans savoir les

m L'EXTENSIOM DU SUFFRAfiE. 217

premières règles âf^ racithoiiétiqtte. La ju&tke de- Qiaûde, OQéate qiEasiiâi le suffrage ni" en dépend pas, que les: nsioyens d'acqiiaérir ce savoir élénueataire ptisseM èère ài lâi portée die- t<MifS, soit gratuîtenatent, soit à ua prix qnï m'excède pas ce que peuvent doamei: les plus pauvres, ceux-là mièJEnet qui gagnent leur pain. S'il en était réelliement aiasi,. on ne songerait pas plus, à diomner le suffrage à UiU homme qui ne saurait pas Ure, qu'à un enfant qui ne saurait pas parler,, et ce ne serait point la société qui rexcl'iiieirait,.niais sa propre paresse. Quand la société n'a pas accompdfi son devoir en rendant ce degré d'instructioa accessible à tous, il y a bien injustice, mais c'est une injustice* dont il faut prendre son parti. Si la société a négligé de remplir deux obligations solennelks, la plus importante et la plus foadamentale des deux doit être remplie La première ; renseignement universel doit précéder le suffra^ universel. Il n*y a qu'un homme chez leq^ une théorie irréfléchie a fait taire le sens commun, qui puisse soutenir qu'on devrait accorder le pouvoir sur autrui, le pouvoir sur toute la coMiiinimauté, à des gens qui n'ont pas acquis les conditions les plus ordinaires et les plus essentielles: pour prendre soin d'eux*mèmes,pour diriger avec intelligence leurs propres intérêts et ceux des personnes qui les touchent de près.

Sans autioai doute, on pourrait pousser plus loin

*2i8 GOUVERNEMENT REPRÉSENTATIF.

cet argument, et il pourrait servir à prouver beaucoup plus. Il serait éminemment désirable que d'autres choses, outre la lecture, l'écriture et le calcul, fussent les conditions du suffrage, il serait désirable qu'on pût exiger des électeurs une certaine connaissance de la conformation de la terre et de ses divisions naturelles et politiques, une certaine connaissance des éléments de l'histoire générale, et de l'histoire et des institutions de leur pays. Mais ce degré de savoir n'est pas accessible à tout le monde dans notre pays, et pirobablement il ne l'est pas davantage dans les États Unis du Nord. Il n'existe pas non plus un mécanisme digne de confiance, pour s'assurer si l'on y est parvenu ou non. Pour le moment, la tentative produirait de la partialité , de la chicane et toute espèce de fraude. 11 vaut mieux accorder le suffrage sans distinction, ou même le refuser sans distinction, que de laisser un fontionnaire public libre de l'accorder aux uns et de le refuser aux autres. Cependant, par rapport à la lecture, à l'écriture et au calcul, il n'y a pas de difficulté. Il serait facile d'exiger de quiconque se présenterait à l'inscription électorale, qu'en présence du teneur des registres, il èopiât une phrase dans un livre anglais et fît une règle de trois ; il serait aisé aussi d'assurer par des règles fixes et par une publicité complète, l'application honnête d'une épreuve aussi

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simple. C'est pourquoi cette condition devrait dans tous les cas accompagner le suffrage universel, et au bout de quelques années ceux-là seulement seraient exclus qui se soucieraient si peu du privilège, que leur vote, s'ils le donnaient, ne serait pas rindication d'une opinion politique réelle.

Il est important aussi que l'assemblée qui vote les impôts généraux ou locaux, soit élue exclusivement par ceux qui payent une portion de ces impôts. Ceux qui ne payent pas d'impôts, disposant par leurs votes de l'argent d'autrui, ont toutes les raisons imaginables pour être prodigues, et aucune pour être économes. Tant qu'il s'agit d'affaires d'argent, tout pouvoir de voter possédé par eux est une violation du principe fondamental d'un gouvernement libre ; une combinaison défectueuse où il y a pouvoir de contrôle et nul intérêt à le bien exercer. C'est la même chose que de permettre aux gens de fouiller dans la poche de leurs voisins, pour tout objet qu'il leur plaira d'appeler un objet public. Chacun sait que c'est là ce qui, dans les fçrandes villes des États-Unis, a fait monter à un chiffre tellement exorbitant les impôts locaux, dont le poids retombe tout entier sur les classes les plus riches. Que la représentation soit aussi étendue que rimpôt, tout autant, mais pas plus, voilà qui est d'accord avec la théorie des institutions britanniques.

220 GOUVERNEMENT UPaÉSElNTATiF.

Mais pour eoncitier ceci, comone condition annexée, avec FiHiivBrsalité dn sufirage, il est essentiel tout comme il est désiraMe sous beaucoup d^antres rappoFtsy que Timpèt, sous une> forme vislbLe, desceiïée jusqu'aux classes les plus pauvres. Dans notre pays, comme dans la plupart des autres, il n*y a probablemient pas de famiUe de travailleurs qui ne conntribue aux impôts indirects, par Tachât de thé, de café, de sucre, povir ne pas parler des narcotiques au des stimulants. Mais cette manièi^e de défrayer une partie des dépenses publiques, est à peine sentie ; le contrib«iable, s'il n'est pas une personne instruite et réfléchie, n'identiie pas son intérêt avec la modicité des dépenses publiques, d'une manière aussi intime que quiaioid l'arguent pour yfaire face lui est demanda directement : et même en supposant qu'ille ûi, il aujraiii soin saas^ doute, si excessive que fût la dépense qu'il pourrait imposer par son vote au gouvememenit, il aurait soin» diâ-je, que cette dépense ne fût point défrayée par des impôts additionnels sur les articles qu'il consomme. Il vaudrait mieux qu'un imip6t direct^ sous la forme d'une eapitation, fût levé suit tOfule personne adulte dans la communauté, ou que toute personne adulte devînt électeur ea se laissant imposer quelque chose de plus qu'elle ne doit, en fait de taxes mtobilières (o^^e^a^d lo^r^s), ou bien enfin qu'une petite somme annuelle, dont le chiffre va-

Bfi l'extension bu suffrage. m

ri«rait sniyaiit le tolâl des dép^ises du pays, pût être exigé de tout électeor enregistré, de façon à ce que €ha!(^un puisse sentir que l'argent qu'il Tote^ est en partie le sien, et liju'ii est intéressé à en Tioter le moins possible. Quioi qu'il en soit à cet égard, il me semUe que l'assistance ée la paroisse devrait être une exclufiion pour qui la reçoit. Celui qui ne peut pas se soutenir par s«Kn travail, n'a pas le droit de se servir de l'argent d*autrui. Dès qu'il en vient à ce point,' ide dépendre pour sa subsistance des autres foembres de ia communauté, il abdique son droit à être traité sur ibe< mèisie pied. Ceux auxquels il doit la oontiainiatiion descm extsteiice 'même, peuvent rédlameir à jraste titre la direction exclusive de ces affaires générales pour lesqiiiétles il n'apporte rien, oa du moins pas autant qu'il emporte. Pour posséder le droit électoral, il fandcait que le postulant n'eût pas «été à la <fhairge de la paroîâse pendant un certain aïonlbre. d'asmées {disons pendatit cinq ans.)^ a^ant le jour de l'inscriptiom électorale. Êtire dans iun oas de baxMpieraute pius ou m&ins caractériié, cm s'èkre prévatode.la loi smr ceux qui i^ephjent^SLS {Imoivent Agi) exiduserail; <éu sml&age, jusqu^à ce que la persvioBiiie art payé ses'dieites, ourini moins ait prouvé qrne depaâs assez àongienq^s elle De vit pas des aumônes pmbiîqnes. Le cHxn^^yemaût de l'ira^t, quand on y .ajuraÉb persisté tnop lon^temfpsiilMBqoDr qiuerce ne fid pas une iiuidverlanoe, se-

rait, tant que la chose durerait, une cause d'incapacité. Ce système d'exclusion n'est pas permanent de sa nature, il exige des conditions que tous sont capables ou devraient être capables de remplir, s'ils le voulaient. Il laisse le suffrage accessible à tous ceux qui sont dans la condition normale d'un être bumain : et si quelqu'un doit s'en passer, c'est qu'il ne s'en soucie pas assez pour faire, à cause du suffrage, ce qu'il est déjà obligé de faire, ou bien c'est qu'il est dans une condition générale de dépression et de dégradation. Quand un homme en est là, le droitpolitique est peu de chose pour hii, un avantage qu'il ne sent pas : au sortir de là, l'exclusion politique disparaît avec le reste, avec les autres infériorités. On pourrait donc s'attendre à ce qu'à la longue (en supposant qu'il n'y ait pas d'autres restrictions que celles dont nous venons de parler) tous fussent en possession du droit électoral, tous à l'exception de ceux (dont le nombre, il faut l'espérer, diminuera petit à petit) qui sont à la charge de la paroisse. De cette façt»n, le suffrage serait universel, à cette légère exception près. Gomme nous l'avons vu, il esl absolument nécessaire, dans la conception étendue et élevée d'un bon gouvernement, que le suffrage soit répandu aussi largement. Néanmoins, soUs cet état de choses, la grande majorité des votants dans la plupart des pays et très-certainement dans celuici, se composerait de travailleurs manuels, et le

double danger, celui d'un niveau trop bas d'intelligence politique, et celui d'une législation de classe, continuerait d'exister à un degré considérable. Il nous reste à voir s'il y a quelque moyen d'obvier à ces maux.

On peut y obvier, si les hommes le désirent sincèrement, non par une combinaison artificielle, mais en suivant la marche naturelle des choses humaines, qui se recommande à chacun, partout où quelque intérêt, quelque opinion traditionnelle ne va pas à rencontre. Dans toutes les affaires humaines, toute personne qui est directement intéressée, et qui n'est pas sous une tutelle positive, a le droit d'avoir une voix ; ceci est admis ; et on ne peut sans injustice lui refuser l'exercice de ce droit, quand il n'est pas incompatible avec la sûreté de l'ensemble. Mais si chacun doit avoir une voix, chacun doit-il avoir une voix égale ? Voilà une proposition totalement différente. Quand deux personnes qui ont un intérêt commun dans une affaire, sont d'opinion;» différentes, la justice exige-t-elle que les deux opinions soient regardées comme ayant exactement la môme valeur? Si, à vertu égale, l'une de ces personnes est supérieure à l'autre en savoir et en intelligence — ou si à intelligence égale, l'une est supérieure à l'autre en vertu — l'opinion de l'être supérieur sous le rapport moral et intellectuel, a plus de valeur que celle de l'être inférieur : et si les institu-

224 GOiDYJSRNEMENT HEraÉSENTATlF.

tkms 'du ^ays affinxifmt vÎTtii«llement que ces éenx opinicms ont k même vakfor, elles alffirmeût une chose «qmi n'est pas. L\in de ces deux êtres, ceramie le fvlus sage, cm comm-e le meMeur, a droit à une influence supérieure. La difficulté est de s'assurer lequel des deux a ce droit : un idiscemement iwipossèble quant aux iaadwidus, mais qui peut s'exercer sur les masses avec une eractitode à peu près suffisainttie. Il n'y aurait pas ^de prétexte pour appliquer cette doctri'ne à tout ce qui {►eut être regardé avec raisKDoi' ccneme mn cas de évçÂl ifoidi^duel et privé. Dans une affaire 'qui »e re^rde qu'uwe personne &ifir deux, cette personfn-e a le dmlt éte suivre sa propre ^api^nio(n, quelque préférable que puisse être celle «de l'autre. Mais ^ous- parlons «de choses qui regardent ^eux personnes éga^lement ; ntras parlons d'min cas aili, sd l'homine te pHus ignorant ne cède «a part davts l'a^âTe à la dîrectio'n de Tbomme le phis sage, l'iboaicme le pltïs sage -d^vra -céder à rhomme le plus i^cirant. Lequel des -deux expédients «est ;le plias avantageux pour les. deux personnes iiatér^ssées, »et le pkis confoitEiae à Ha <coavenatnce géiiépàde ides ^^e^es? Si on esibnne inj'»^ qu'un 'des dcarc aiià oéder^ quefie e^ la pihts grande injcustice ? qjae le oieffleeiiiir joiginneait cède au pipe, eu le pike au nMâlilear ?

ffih bien! tes Js^Siàtô^ naJbîogvales ressemblecit esac* tememt à «cette àffadreoQMiiiiniune, «avec cette 4ifé-

rei}ce'qite?pers€Hineti'efi)t jamais appelé 'à fàipe le saciiSce complet «de ^a propre opinioin. Getie opi* nion peitft toujours entrer en ligne de oosnple, et occuper sa place, un raosg plus élevé étant assigné aux suffrages de ceux dont Topinion imédte plus de ccmsiâération. Danns ce système, il n'y a rien de nécessairement irritant pour ceux auxqfisels est assi- ^ un moînére degré d'influence.

N'avoir pas de Toix dans les affaires «générales est une chose ; voir accorder aux autres ime vwx. plus puissante, à cause d'une capacité plus grande pour la direction des intérêts communs, est une autre chose. Les (deux choses ne sont pas simplement différentes, elles sont incommensurables. Chacun a le droit de se sentir insulté de n'être compté pour rien, et d'être regardé comme n'ayant nrnille valeur. Personne, si ce n'est un sot, et un sot d'une espèce particulière, ne peut se sentir offensé, parce qu'on reoonnatt qu'il y en a d'autres dont l'opinion et même dont le désir sont autrement à considérer que son opinion et son désir. N'avoir pas de voix sur ce qui est en partie votre affaire, est une chose dont personne ne s'accommodera volontiers ; mais quand ce qui est en partie l'affaire d'un homme est aussi en partie l'affaire d'un autre; quand cet hotmne sent que cet autre entend l'affaire mieux que lui, voir compter l'opinion de l'autre pour plus que la sienne, ne le surprend pas et lui paraît d'ac-

cord avec la marche ordinaire des choses sur tout autre sujet. Il est nécessaire seulement que cette influence supérieure soit conférée d'après des motifs qu'il puisse comprendre, et dont il soit capable d'apercevoir la justice.

Je me hâte de dire que je regarde comme totalement inadmissible, même à titre de pis aller temporaire, que la supériorité d'influence soit donnée d'après la richesse. Je ne nie pas que la richesse ne soit une espèce de témoignage. Dans la plupart des pays, l'éducation, quoiqu'elle ne soit nullement proportionnée aux richesses, est ordinairement meilleure chez la portion la plus riche de la société que chez la portion la plus pauvre ; mais le critérium est si imparfait, le hasard fait tellement plus que le mérite pour élever les hommes dans le monde, et il est si impossible à une personne qui a acquis un degré quelconque d'instruction, de s'assurer un degré d'élévation analogue sur l'échelle sociale, que cette base du privilège électoral a toujours été et sera toujours odieuse au suprême degré. Si l'on rattachait la pluralité des votes à quelque qualité pécuniaire, non-seulement la chose en elle-même serait sujette à objection, mais ce serait une manière sûre de compromettre le principe, et d'en rendre impossible l'application permanente. La démocratie, au moins dans notre pays, n'est pas jalouse pour le moment de la supériorité person-

nelle ; mais elle est naturellement et très-justement jalouse de celle qui est fondée sur la richesse toute seule. L'unique bonne raison qu'on ait de compter le vote d'une personne pour plus que l'unité, c'est la supériorité mentale de l'individu ; et ce qui manque, ce sont des moyens approximatifs pour établir cette supériorité. S'il existait quelque chose comme une éducation réellement nationale, ou un système d'examen général digne de confiance, Téducation pourrait être prise comme critérium direct. Faute de cela, la nature de l'occupation d'une personne est une espèce de témoignage. Un maître est plus intelligent qu'un ouvrier ; car il faut qu'il travaille avec sa tête, et pas seulement avec ses mains. Un contre-maître est généralement plus intelligent qu'un ouvrier ordinaire, et un ouvrier dans les métiers d'adresse, l'est plus qu'un ouvrier dans les métiers grossiers. Un banquier, un négociant ou un manufacturier, sera probablement plus intelligent qu'un boutiquier, parce qu'il a des intérêts plus étendus et plus compliqués à diriger. Dans tous les cas que voici, ce n'est pas simplement d'être chargé de la fonction supérieure, mais de s'en bien acquitter qui prouve les qualités. Pour cette raison, aussi bien que pour empêcher les gens de prendre nominalement une occupation, afin d'avoir le droit de voter, il serait convenable d'exiger qu'on eût persévéré dans ladite occupation

228 GOUW&N'SNEKT REPRÉS&NTATIP.

pendant un temps «donné {idisoBs S aaxs). Moyennant quelque comiîtieii semMaMe, <m pourrait accorder deux ou iFOis v&bes à iienAe personne qui exercerait une des oes ifottcffaMtts ^npénettres. Les professicms libépales, lorsqu'ieii les exei«oe ^^itne façon réelile et non pas 0M>n»a}e, impliquent nalm- Tellement «m degré enceo^ phis élevé d'instruction. Et toutes >)es fcÀs qu'un «esamen sufffisai^, '0<u bien que certaines conditi^s sérieuses d'éducation ^ont exigées «avant d'entrer dans une carrière, on p€?ert accorder suT-le-dhainp à tous ceux qui l'cmt embrassée, la phiTaMé des votes.

On pourrait appliquer la mêtoe règle awx gradés des universités, et même à «ceux qui peuvent prouver qu'ils ont fait d'une manière satisfaisante les études exigées par une des écoles où l'on enseigne les plus hautes branches de la science, pourvu qu'on soit assuré que Tenseigftement est réel, et que ce n'est pas un pur prétexte. Les examens locemx ou de moyerme classe, pour le degré û^assocté, établis par l'université d'Oxford dans un esprit public si louable, et tous ceux du m^me genre 'qui peuvent être institués par d'autres corps compétents, fournissent (à condition d'êtres accessibles à tous ve nauts sans distinction) une base, d'après laquelle la pluralité des votes poqarrait être accordée avec grand avantage à tous ceux qui ont passé par cette épreuve. Toutes ces vues peuvent donner lieu à de

grandes' diseussioBs de détails, «t à des objècttoBS qu'il n'est pas nécessaire deprévoîr^ur le mo* laeot. Le te»^ n'est pas venu de mettre à exécu-

tioB de ^mls plans, et j« ne Toudrads pias être l»épar les proposîtioiKS particulières que j*ai ëmises^ Mais, selon moi, fl est évident quec'ei^ dans cette direction qne se trouve le ^péritâblie îdéal dm ^pou- Terntemeiit iieprésentatif, et qite s!y arcbemmer par les meilleiu^es countninaisoRs pratiques qu'cm puisse trouver, «'est préparer le véritable progrès politique.

Si T(m diemafoée jusqu'où l'on pieut pousser lé principe, ou comb^eia ée votes peuvent être accordés <à lan iflidividu en vertu de •qualités s>apérieiares, je répondTsd que la chose en soi n'a pas grande importance, pourvu que l^es distinctions et les grafdations ne soient pas laites arbiitrairement, mais bien de fitçonà être comprises et acceptées parlatconsciesnce et Imtelligtoce générales. Mais c'est une condiliian absolu-e de ne pas dépasser la limite prescrite par le principe fondamental posé dans cm autre cibapitre, comme cowdition d'excellence «de la constitution d'om système représientatif.

La pluralité des votes ne doit, sous aucun prétexte, être poussée assez loin, pour que ceux qui possèdent le privilège ou po'ur que la dasse (s'il y en a une) à laquelle il appartient principalement, pmisse au moyen de ce privilège, l'emporter sur tout le

230 GOUITERNEMENT REPRÉSENTATIF,

reste de la communauté. La faveur accordée à Téducatîon, qui est juste en elle-même, se recommande en outre fortement parce qu'elle garantit ceux qui ont reçu de l'éducation, contre une législation de classe, émanée de ceux qui n'en ont point reçu. Mais elle ne doit pas aller jusqu'à mettre les premiers en état d'exercer eux-mêmes à leur profit, cette législation. Qu'on me permette d'ajouter que, selon moi, une des conditions essentielles de la pluralité des votes, c'est que le plus pauvre individu dans la communauté puisse réclamer ce privilège s'il est capable de prouver que, malgré toutes les difficultés et tous les obstacles, il y a droit par son intelligence. Il devrait y avoir des examens volontaires où qui que ce soit pourrait se présenter, pourrait prouver qu'il est parvenu au degré de savoir et de talent déclaré suffisant, et pourrait être admis en conséquence à la pluralité des votes. Un privilège accessible à tous ceux 'qui peuvent prouver qu'ils ont réalisé les conditions sur lesquelles ce privilège repose en théorie et en principe, ne blesserait nul sentiment de justice, mais à coup sûr il en serait autrement, si tandis qu'on l'accorde, d'après des présomptions générales et pas toujours infaillibles, on le refusait sur une preuve directe. Le vote plural, quoiqu'on le pratique tant aux élections de paroisse que pour choisir les administrateiu's de la loi des pauvres^ est chose si peu fami-

DE l'extension DU SUFFRAGE. 231

Hère pour les élections du parlement, qu'il n'y a guère de chance qu'on l'adopte promptement ni volontiers : mais comme le temps viendra certainement où l'on n'aura le choix qu'entre cette manière , de voter et le suffrage égal et universel, ceux qui ne désirent pas le suffrage universel ne peuvent commencer trop tôt à se réconcilier avec l'autre manière. En même temps, quoique pour le moment cet aperçu ne soit peut-être pas d'une grande utilité pratique, il servira à montrer ce qu'il y a de mieux en principe, et nous en pourrons mieux juger de la valeur de tous les moyens indirects (soit existants, soit susceptibles d'être adoptés) qui peuvent conduire à la même fin, d'une manière moins parfaite.

Une personne peut avoir un double vote d'une autre façon qu'en présentant deux votes aux mômes Hustings, elle peut avoir un vote dans deux corps de commettants différents, et quoique ce privilège exceptionnel appartienne plutôt pour le moment à la supériorité de richesse qu'à la supériorité d'intelligence, je ne voudrais pas l'abolir là où il existe ; car jusqu'à ce qu'on ait adopté un meilleur critérium d'éducation, il serait déraisonnable de mettre de côté celui qui résulte des circonstances pécuniaires, si imparfait qu'il soit. On pourrait trouver moyen d'étendre le privilège de manière à le rattacher plus directement à une édu-

?32 OOUVERNEMEIHT BEf%ÉSENTATIF.

cation siupérieare. En tont M/âeréfoivne abaissant d'une manière sensible îles con^ditioBs pécuniaires^ derélectorat, oe^eraitiine sa^iâisposition que d'appeler toas les gradés des umversités, toutes les personnes qui ont fréquenté avec succès les plus liantes écoles, tons les membres ëes professicms^ libérales et peut-être même queVfcies ;autres, à se faire inscrire spécialement coflMDe électeurs >à ce titre, avec le pouvoir de voter dans le collège où il leur plaît de se faire inscrire, sans préjrQdice de leurs votes comme simples cètoyens dans les localités qu'ils babitent.

Jusqu'à ce qu'on ait trouvé, et jusqu'à ce- que l'opinion populaire soit disposée à accepter un mode de vote plural, qui assigne à l'éducation, comme telle, le degré d'influence supérieure qui suffit à contrebalancer le poids numérique de la classe la moins cultivée — jusque-là, les bienfaits d'un suffrage complètement universel seront toujours accompagnés (à ce qu'il me semble) d'une source de maux plus qu'équivalente. Il est possible à la vérité (et c'est peut-être une de ces transitions par oùiEKi^us devons passer, dans notre marche vers un système représentatif réellement bon) que les barrières qui restreignent le suffrage, puissent être complètement (détruites dans certains collèges électoraux, dont les représentants par conséquent seraient nommés surtout par des travailleurs ma

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nuels. Ailleurs, le droit élet^oral resterait ce qu'il est, ou si on le mxMliiiLait, oe serait en groupant les collées électoraux de façon à empêcher la classe ouvrière de devenir prépondérante au parlement. Par uii tel compromis, «s anomalies qui existent dans ia i^présentation^ seraient non-seulement conservées, mais aggravées. Ceci n'est pourtant pas une objection concluante ; car; si le pays ne veut pas poursuivre des fins utiles par un système régulier qui y conduise directement, il doit se contenter d'un pis aller irrégulier, comme étant grandement préféiable à un système exempt d'irrégularité, mais conduisant régulièrement à des fins mauvaises ou omettant des càoses nécessaires. Une objection beaucoup plus grave, c'est que cet arrangement est incompatible avec le concours récipreque entxe les divers collèges électoraux qu'exige le plan de M. Hare ; c'est qu'avec cet arrangement, chaque votant demeurerait emprisonné dans un ou plusieurs corps de commettants, où son nom serait inscrii et ne semit pas représenté du tout, s'il ne voulait pas voter pour un des candidats de ces localités.

J'attache tant d'importance à rémandpation de ceux qui ont déjà des votes mais auxquels ces votes sont inatiles parce qu'ils ont le nomlire contue eux ; j'attsndmis tant de l'influence naturelle de la vérité et delà raison, si on pouvait leur assurer un an-

ditoire et des avocats compétents — que je ne désespérerais pas de Teffet même du suffrage égal et universel, si on le rendait réel par la représentation proportionnelle de toutes les minorités, d'après le principe de M. Hare. Mais quand les plus belles espérances qui peuvent être formées sur ce sujet seraient des certitudes, je soutiendrais encore le principe de vote plural. Je ne propose pas la pluralité comme une chose qui en elle-même n'est pas désirable, comme une chose qui de même que l'exclusion politique d'une partie de la communauté, peut être supportée temporairement, pour empêcher de plus grands maux. Je ne regarde pas le vote égal comme une de ces choses qui sont bonnes en elles-mêmes, pourvu qu'on puisse se prémunir contre leurs inconvénients ; je le regarde comme une chose qui n'est bonne que relativement, comme une chose moins contestable que l'inégalité de privilèges, fondée sur des circonstances accidentelles ou insignifiantes — mais, selon moi, c'est une chose fausse en principe, parce qu'elle reconnaît un type faux et qu'elle exerce une mauvaise influence sur l'esprit des votants.

Il n'est pas utile, mais nuisible, que la constitution du pays proclame l'ignorance et la science également fondées en droit à gouverner le pays. Tout ce que touchent les institutions nationales^ elles devraient le placer devant l'esprit du citoyen,

SOUS le jour le plus avantageux pour lui, et comme il lui est avantageux de penser que chacun a droit à quelque influence, mais que les meilleurs et les plus sages ont droit à plus dlnfluence que les autres, il est important que TÉtat professe cette doctme et que les institutions nationales la mettent en pratique.

Ce sont là de ces choses qui constituent l'esprit des lois d'un pays, cette portion de leur influence la moins considérée par les penseurs en général et surtout par les penseurs anglais, quoique les institutions de tout pays, où il n'y a pas une grande et positive oppression, produisent plus d'effet par leur esprit que par aucune de leurs mesures directes, puisque c'est leur esprit qui forme le caractère national. Les institutions américaines ont imprimé fortement dans l'esprit américain l'idée que tout homme (qui a la pisau blanche) vaut autant qu'un autre, etl'on s'aperçoit que cette fausse croyance est étroitement liée à quelques-uns des points les plus défavorables du caractère américain. C'est un mal et un grand mal, que la constitution d'un pays vienne à sanctionner ce principe : y croire d'une manière plus ou moins expresse, est presque aussi nuisible à l'excellence morale et intellectuelle, que les pires effets dont la plupart des formes du gouvernement sont susceptibles.

On va peut-être dire qu'une constitution, qui

donne une influence égale, hoanne pour bomme^ aux classes les plus cultivées et à celles qui le sont le moins, conduit méaicimoins au progrès, parce que les appels faits constannment aux dasses les moins instruites, Texerdce «qu'om donne à «leurs facultés mentales, et les eifforts que des classes les plus oxAtivées sont obligées de faire pour- éclairer le jugement des aiotres classes ai pour les débarrasser de leurs erreurs et de leurs préjugés, somt de puissants stimulanits aux progrès de celles-ci en intelligence. Que cet dfet d«s plus désirables, suive réellement Tadmission des classes les moins cultivées :à lune part, et mi'èiroe à une lairge^part diu pouvoir, je Taî déjà ardemment soutenm. Mais la théorie et Texpérience prouvent égalcnnent que lorsque ces classes somt absolonment préponrdérantes, il s'établit un courant contraire, Geaz qui possèdent k pourvoir suprême sur toutes choses, qpie ce soit un seul, un petitnombre ou un grand ncmbre, m'ont plais besoin désormais des armes de la raison ; ils peuvent faire prévaloir leur simple volonté, et des gens auxqiuels on ne peot pas résister sont ondinairement bien trop satisfaits de lem% propres opinions pour être disposés à en changer, ou a écouter sans impatience quiconque leur dit qu'Us scmt (dasns leiaux. La position qui donne le plnis vif £itima)a<«vt «ux développements de l'intelligence, c'«st la tcoiiqu^e 4u pouvoir, et non le pouvois* cotnquis ; eit parmi tous les.

temps d'arrêt, tempo^raires au permanents, qui se trouvent sur le chemin de la conquête, celui qui développe les qualités les niieilleures et les plus éleiç^ées, c'est le point où Ton est assez fort pour faire prévaloir la raison et non assez pour prévaloir contre la raison. Telle est la position où devraient être placés, d'après les prin^cipes que nous avons établis, les riches et les piaovres, les geùs instruits et les ignorants et toutes les autres classes entre lesquelles la société se divise : en combinant ce principe avec le principe, juste d'ailleurs, qmi ac- €ord;e la supérioritéd'influences A la supériorité des qualités intellectuelles, une constitution réalise^rait cette sorte de perfection relative, qui est seule conih patible avec la nature compliquée des affaires hu* maines.

Ikans l'argumentatioa qui précède> en faveur du suffî*age universel mais gradué^ je ne me suis nullement inquiété de la différence du sexe. Je regarde la chose comme aussi emtièrement insignifiante, quant aux droits politiques, que la différence de taille ou de couleur de cheveux. Tous les êtres humains ont le même intérêt à avoir un bon gouvernement, leur bien-être à tous en est également affecté, et ils ont tous um égal beseini d'une voix poiur s'assurer leur part de ses bienfaits. S'il y a quelque différence, les femmes en ont plus besoin que les hommes, puisqia' étant physiquement pdus faibles,

elles dépendent plus de la loi et de la société pour

leur protection.

L'humanité a depuis longtemps abandonné les seuls principes sur lesquels se fonde cette conclusion, que les femmes ne devraient pas avoir de votes. Personne ne soutient aujourd'hui que les femmes devraient être asservies, qu'elles devraient n'avoir d'autre pensée, d'autre désir, d'autre occupation, que d'être les esclaves domestiques de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères. On permet aux femmes non mariées, et il s'en faut de peu qu'on ne le permette aux femmes mariées, de posséder une fortune à elle et d'avoir des intérêts pécuniaires, des intérêts d'affaires, tout comme les hommes ; on estime désirable et convenable que les femmes pensent, écrivent et enseignent. Du moment où ces choses sont admises, l'incapacité politique ne repose plus sur aucun principe. L'opinion dans le monde moderne se prononce avec une force croissante contre le droit de la société à décider pour les individus de ce dont ils sont ou ne sont pas capables, et de ce qu'on leur permettra ou de ce qu'on leur défendra d'essayer. Si les principes politiques modernes et les principes d'économie politique sont bons à quelque chose, c'est à prouver ([ue/les individus seuls peuvent juger sainement sur ces matières, et qu'avec une complète liberté de choix, partout où il y a des diversités réelle

d'aptitudes, le plus grand nombre s'appliquera aux choses dont il est en moyenne le plus capable, tandis que les exceptions seules agiront d*une manière exceptionnelle. Ou la tendance du progrès social moderne est fausse, ou il faut la pousser jusqu'à l'abolition totale de toutes les exclusions et de toutes les incapacités qui ferment une occupation honnête à un être humain.

Mais il n'est même pas nécessaire d'en affirmer si long, pour prouver que les femmes devraient posséder le suffrage. S'il était aussi juste qu'il est injuste que les femmes soient une classe subordonnée, confinée aux occupations domestiques, et soumises à une autorité domestique, elles n'en auraient pas moins besoin de la protection du suffrage pour être garanties contre l'abus de cette autorité. Les hommes, aussi bien que les femmes, ont besoin des droits politiques, non-seulement pour gouverner, mais pour qu'on ne puisse pas les mal gouverner. La majorité du sexe musculin est et ne sera rien autre chose, pendant toute sa vie, que des travailleurs dans les champs ou dans les manufactures ; mais ceci ne rend pas le suffrage moins désirable pour cette majorité, ni son droit au suffrage moins irrésistible, quand elle n'est pas portée à en faire un mauvais usage. Personne ne prétend dire que les femmes feraient un mauvais usage du suffrage. Ce que l'on dit de pire, c'est qu'elles voteraient comme

de simples machines, d'après Tordre de leurs parents du sexe masculin. S'il doit en être ainsi, qu'il •en soit ainsi. Si elles pensent par elles-mêmes, ce sera un grand bien, et sinon il n'y aura aucun mal. C'est un bienfait pour les êtres humains qu'on leur retire leurs fers, même quand ils ne désirent pas marcher. Ce serait déjà un grand progrès dans la position morale des femmes, de n'être- plus désormais déclarées par la loi incapables d'avoirune opinion et d'exprimer une préférence, sur les intérêts les plus élevés du genre humain. 11 y aurait linéique avantagepour^lles, individuellement^ si eMes avaient quelque chose à donner que leurs parent» du sexe masculin ne pussent leur prendre de foroe^et fussent néanmoins désireiax d'avoir. Ce ne serait pas peu de chose non plus^ que le mari dût nécessairement discuter la question avec sa femme, et que le vote ne fût plus son affaire exclusive, n^ais bien une affaire commune. On ne réfléchit pas assez non plus à quel point le fait qu'une femme possède, indépendamment de l'homme, une certaine influence sur le monde extérieur, augmente sa dignité et sa valeur auxyevtx d'un homme vulgaire, et inspire à eelui-ci un respect qu'il n'aurait jamais ressenti pour les qualités personnelles d'un être dont il peut s'approprier entièrement toute l'existence sociale.

£jn outre, la qualité du vote lui-même serait

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améliorée*. L*homnie serait so«weiit obl«igé de trouver en faveur de sa manière de voter, des raisons assez honnêtes pour décider un caractère plus droit et plus impartial à servir sous la même bannière, Soaveniy grâce à Tinluence de sa femme, il demeurerait fidèle à son opinion sincère. Souvent aussi rinfluence de la femme serait esercée, non au profit du bien public, mais au profit de Tintérêt personnel ou de la vanité mondaine de la famille. Mais partout où telle serait la tendance de Taetion féminine, elle se fait déjà sentir pleinement dans cette mauvaise direction ; et cela d'autant plus certainement, qu'avec la loi et la coutume actuelle, la femme est trop complètement étrangère à la politique, dès qu'un principe y est mêlé, pour sentir qu'il y a là un point d'honneur. Or, la plupart du temps, nous avons aussi peu de sympathie pour le point d'honneur des autres, quand ce n'est pas le nôtre, que nous en avons pour les sentiments religieux de ceux qui ne professent pas la même religion que nous.

Donnez un vote à la femme, et elle sent l'effet du point d'honneur. Elle apprend à regarder la politique comme une chose sur laquelle on lui permet d'avoir une opinion, et au sujet de laquelle chacun doit agir d'après son opinion ; elle acquiert un sentiment de responsabilité personnelle dans la question, et elle ne pense plus désormais,

comme elle le fait aujourd'hui, que (quelque dose de mauvaise influence qu'elle puisse exercer), pourvu qu'elle persuade l'homme, tout est bien et que la responsabilité de celui-ci couvre tout. C'est seulement lorsqu'on l'encourage à se former une opinion, et à se faire une idée intelligente des raisons qui doivent l'emporter chez elle sur les tentations de l'intérêt personnel et de l'intérêt de famille, qu'elle peut cesser d'agir comme une force dissolvante sur la conscience politique de l'homme. On ne peut empêcher son action indirecte d'être nuisible qu'en la changeant en action directe.

J'ai supposé que le droit au suffrage repose sur des conditions de valeur personnelle, et c'est ainsi qu'à bien voir, il devrait en être. Mais, là où il repose, comme dans ce pays-ci et dans beaucoup d'autres, sur des conditions de richesse, la contradiction est encore plus évidente. 11 y a quelque chose d'extraordinairement déraisonnable dans ce fait, que lorsqu'une femme peut fournir toutes les garanties qu'on exige d'un électeur masculin, lorsqu'elle a une fortune indépendante, qu'elle est propriétaire et chef de famille, qu'elle paye l'impôt, qu'elle accomplit enfin toutes les conditions exigées, on met de côté le principe même et le système d'une représentation fondée sur la richesse, pour une incapacité exceptionnelle et personnelle dont l'unique objet est d'exclure la femme.

Quand on ajoute que le pays où Ton agit ainsi est gouverné par une femme, et que le plus glorieux souverain qu'ait jamais eu ce pays était une femme, ce tableau d'une déraison et d'une injustice à peine voilée, est complet. Espérons que, comme on détruit aujourd'hui, l'un après l'autre, tous les débris de l'édifice chancelant du monopole et de la tyrannie, celui-ci disparaîtra promptement ; espérons que l'opinion de Bentham, dé M. Samuel Bailey, de M. Hare et de beaucoup des penseurs politiques les plus puissants de notre siècle et de notre pays (pour ne parler que de ceux-ci) aura son effet sur tous les esprits qui ne sont pas endurcis par l'égoïsme ou par des préjugés invétérés ; espérons enfin qu'avant la prochaine génération, l'accident du sexe pas plus que celui de la couleur de la peau, ne sera regardé comme un motif suffisant pour dépouiller un être humain de la sécurité commune et des justes privilèges d'un citoyen.

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