‹ Le graduel et l'antiphonaire romainsChapitre 51 sur 85 · OC · texte numérisé non relu

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APUi-S LK CONCILE DK ÏRJvNTK 185

tration). le missel de Rouen, etc., sont-ils, pour le chant, à part quelques variantes et légères corruptions inévitables, semblables aux livres plus anciens. Là aussi, toutefois, le parti de la décadence devait l'emporter ; une mesure, conservatrice dans son esprit, devait contribuer, dans la pratique, à préparer la ruine du chant.

L'année même de la publication du Pontifical de Clément Vlll, malgré la triste situation de nos églises *, l'Assemblée Générale du Clergé de France s'occupa de la réimpression des livres liturgiques conformes aux prescriptions du Concile de Trente. L'Assemblée consentit un prêt de 3.000 livres à la « Société des Libraires » de Paris, « pour leur aider à imprimer des livres de chant d'église », Graduels et Antiphonaires "^, conformes aux exemplaires revisés par Rome.

U fallut toutefois attendre plusieurs années la

' 35 à 4'> évêchés vacants, près de 400 abbayes sans titulaires, des «. prieurés et cures » obtenus du Gouvernement par « des laïques et des hérétiques », pour quoi l'Assemblée de iSgS-iSgô, et les suivantes, durent faire plusieurs remontrances à Henri !V. (Colleclion des Procès-Verbaux des Assemblées Générales du Clergé de France, t. I, Paris, 1767, p. 92, gS, etc.).

* Id., p. 801; cf. t. II, p. 829. C'est par une erreur flagrante qu'un article de la Musique sacrée, Toulouse, novembre 1911 , p. 43, met cette Assemblée en 1696 ; il faut lire lôgô. Cent ans plus tard, au plus fort du jansénisme et du f^allicanisme, après la publication des nouveaux bréviaires de Vienne, de Paris, de Cluny, du rituel d'AIet, le clerj^é de France était travaillé de préoccupations plutôt opposées à la réimpression des livres romains 1

réalisation du projet. Dans l'Assemblée de i6o5- 1606, l'archevêque d'Embrun revient à la charg-e, pour ce qui concernait au moins l'impression des Bréviaires revisés, et vm nouveau prêt de 1 .000 écus est consenti aux imprimeurs * . A partir seulement de 1608, on voit paraître les publications de la Société des Libraires, à commencer par un Graduel^, et cela explique que les livres de chant de Paris et de Reims, précédemment cités, aient encore été tout d'abord conformes aux anciens, tandis qu'à partir de cette date la mélodie est abrégée, et adultérée par la manie de la « quantité ». C'est donc le moment où s'introduisit officiellement en France, par une vaste mesure, la nouvelle version du chant, et l'on voit que ses reviseurs français travaillèrent exactement sur le plan fourni par le Pontifical typique ^ On constate les mêmes versions dans les Graduels imprimés à Bordeaux*, ou par d'autres imprimeurs parisiens^.

' /J.,t. I, p. 767,61 t. II, p. /|3. Ce dernier contrat est du 8 mai 1606 : il porte i.ooo « livres ».

* [Abbé Jules Bonhomme] : préface à la réédition des livres de chant romain pour Paris, en 1874, p. m, n° 3 D'ailleurs à cette époque, le prêt fait en iSqS n'était pas encore remboursé (Collection, l. Soi).

■•' C'est donc bien ;i tort que plusieurs autours et éditeurs modernes ont cru que les livres de chant imprimés en France au xvn« siècle l'avaient été sur le modèle de la Médicéenne. Aucune autre édition ne la reproduisit.

'' Chez Charrier, en 1622; Bonhommu, /. c.

'■' Chez Thiboust, en lôSz; id.

APKKS LK CONCILK DE THEiNTK 187

Car le contrat passé entre l'Assemblée du Clergé et la Société des Libraires ne constituait pas, de droit, un monopole en faveur de celle-ci.

Lorsqu'elle eut obtenu, par la protection spéciale du Cardinal de Richelieu, en i63i, un brevet du roi Louis XIII, pour « l'impression des Bréviaires réformés par notre saint Père^ », l'Asisemblée suivante du Clergé protesta, se plaignant de la mauvaise impression des livres et de leur cherté^: des remontrances sont portées au Roi contre le privilège, et, le i4 mai i636, on transigea avec les seuls libraires Vitray et Cramoisy, et la Société fut dissoute-^ Toutefois, le même genre de chant continua d'être imprimé, et les livres qui le contenaient furent, vers le milieu du siècle, l'objet d'une correction d'ensemble faite par deux Franciscains,

• Collection sup. cit.., p. 83o b. ; le brevet est du 8 octobre i63i. Ce qu'il y a d'amusant en cette affaire est que la Communauté des Libraires et Imprimeurs avait, quelques années plus tôt, « présenté requête » au Clergé pour obtenir du Roi 1 abolition d'un privilège analogue obtenu par l'un d'eux (Collection, iff., I, p. 6i3).

* Voici les prix de ces livres de chant, d'après la « taxe >» des libraires associés : Antiphonale magnum, en a vol., 45 livres; Graduale Romanum magnum, in-folio 22 liv. 10 s.; Antiphonale parvum, in-folio, 10 liv. 10 s.; Graduale parvum, in-folio. 8 liv. 10 s. Id., p. 832 b.

^ Id., p. 834. A ce moment, au rapport de Vitray lui-même devant l'Assemblée, l'imprimerie française subissait une violente crise, et il n'y a.vait plus d'ateliers ouverts qu'à Paris, Lyon et Rouen, ce que confirme, en efTet, le dépouillement des bibliographies et des catalogues du temps.

les PP. François Berthod* et Paschal'^, dont les éditions, publiées chez Jean de la Caille, à Paris^ à partir de i65o, servirent de types aux libraires qui vinrent ensuite, à Paris même, à Lyon (pour les livres de chant romain seulement), à Grenoble, Toul, Bordeaux, Avignon, Anvers, Strasbourg-, Mayence*^, etc.

Mais à côté de ces Graduels et Antiphonaires aux versions encore semi-traditionnelles, de nouvelles formes de chant liturgique s'introduisent :

* Le P, François Berthod, franciscain de l'Observance, avait obtenu dès i65o l'approbation des docteurs de la Faculté de Théologie de Paris pour l'édition de trois volumes, le Psallerium Romanum, VAntiphonale, le Gradiiale^ que les censeurs disent « opiime et concinne... correctos, et ad meliorem formam qiiam antea redactos ». Le dernier livre de la collection fut le Service de l'Eglise, mis en plain chant ^ h Viisage de Rome, les titres et rubriques en français, Paris, in-12, 1667; ce livre est l'ancêtre des modernes « paroissiens notés ». Les bibliograpliies franciscaines ne signalent pas cet auteur, qui joua cependant un rôle dans la société politique au moment de la Fronde et a laissé des Mémoires; les bibliothèques de Paris contiennent plusieurs de ses œuvres religieuses et musicales : voir Catalogue général de la Bibliothèque nationale, Auteurs^ xii, col. i56, Paris, 1902, et Eitneu, Qnellen-Lexikon, II, p. 4.

^ Le P. Paschal est simplement mentionné {)ar Fétis, liiogr. des musiciens, d'après la IJriefce inslrnclion (jui accompagne ses livres de plain-ciiant- Nous n'en savons rien de plus.

' Sur la valeur musicale et traditionnelle de ces éditions, on pourra consulter, en plus des pages précédentes, le Mémoire publié par la Commission rémo-cambraisienne, Paris, 1862 (cf. plus loin, p. 223). C'est sur ces livres que furent publiées, au cours du .\ix« siècle, les éditions de chant romain de Digne, de Dijon, de Paris, de Séez, de Strasbourg, pour ne parler que (le la France.

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la nouvelle congrégation de l'Oratoire, sans doute à l'imitation de sa sœur italienne, adopte résolument, dès ses débuts, la mélodie abrégée.

Lorsque les usages en sont bien formés, le P. Bourgoingles codifie dans un Directorium chori^y édité en i634, où la grande règle suivie avait été : ne conserver autant que possible qu'une note par syllabe. Ainsi, l'intonation de l'introït des messes de la S. ViersTC, dontla mélodie commence ainsi :

Salve sancta Pa- rens, était réduite à :

HS

Salve sancta Parens, (Direct, chori Oral., p. 246).

Par curiosité, reproduisons ici une partie de l'introït du Jeudi Saint, que contient le même livre, p. 235 ; les lecteurs pourront, dans le Graduel Vatican, confronter cette mélodie (?) avec l'original :

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Nos autem glo-ri-a-ri oportet in cruce Do-

mini nostri, &c.

' In-S", Paris, Ballard, 1634. J'ai décrit en détail l'origine du chant chez les Oratoriens, cl analysé cet ouvrage, dans mes Variations sur la musique d église, Paris, 1913.

190 Li: GRADUEL ET L'ANTIPHONAIRE ROMAINS

Etait-il possible d'aller plus loin? Tous les chants n'arrivaient pas à supporter un pareil traitement : dans ce cas, on en composait d'autres.

Telle cependant fut la forme de chant qui attira les applaudissements de musicologues fameux et de plainchantistes comme le P. Mersenne *, correspondant de Descartes, Ghastelain, chanoine de Paris, et d'autres encore.

Tel fut encore le genre da Graduel et de FAntiphonaire composés par Nivers, célèbre organiste de Saint-Sulpice, in usum <&* gratiam monialium ordinis sancti Benedicti (1657), en tête desquels on peut lire, sous la signature de Valentin de Bournonville et de Robert, maîtres de chapelle de Notre-Dame de Paris, l'un en retraite, l'autre en exercice « que dans la Mélodie desdits Chants, aussi docte que pieuse & dévote, il n'y a rien qui ne soit conforme à l'idée Grégorienne 2 » !

Il suffisait donc, dans ce temps-là, pour qu'une composition emportât un tel suffrage, qu'elle fût écrite sur portée de quatre lignes, avec notes carrées, caudées ou losanges, et c[u'elle se tint, tant bien

' Voir h la fin de ce chapitre.

* Le premier volume de la collection a pour titre : Anfiphnnarium monasticum, jnxla breviariiim PU Qninli Pontificis Maximi, aalhorilnle edilnm; ciijns modiilnlio concinnè disposila ; In usum iSi. (jridiam Monialium Ordinis Snncli Benedicti. Voyez aussi, du môme auteur, sa Dissertation sur le chant gréfforien, Paris, iG83, où il justifie ses j)rocédt's, avec exemples à l'appui.

APRÈS LK CONCILK DK TUKMK 191

cjue mal, entre les limites des huit tons ecclésiastiques.

Nivers, en dehors de ses livres à l'usage des Bénédictines, compila toute une collection de Graduels, Antiphonaires, Passions, etc., à l'usage des églises séculières, mais toutefois moins fantaisistes que les précédents. Dans ces derniers livres, Nivers, à l'imitation de Guidetti, mais avec une notation sensiblement plus abrégée, écrit les mélodies ecclésiastiques presque uniformément en notes carrées*. Déjà, en 1622, le Graduel de Toul-, quoique conforme, pour l'ensemble, à la tradition cantorale ancienne, avait adopté le même procédé*', et, plus tard, les Chartreux le suivent également^ ; ils l'ont conservé jusqu'à nos jours.

Toutes les éditions, romaines, vénitiennes ou parisiennes, dont j'ai parlé au cours de ce chapitre, s'influencèrent réciproquement, et, peu à peu, remplacèrent sur les pupitres des chœurs les ma-

' Des livres de Nivers dérivent, au xi.v^ siècle, l'édition de Rennes, et les livres particuliers de Rouen, Bayeux, Goutances, etc.

- A Toul, chez Le lîel^rand.

^ L'abbé Cloet, Mémoire sur le choix d'une édition, Paris, 1862, in-80, p. i5, s'est mépris en disant que cette édition offrait le même type de chant que les éditions ultérieures. Ce ne sont que les Graduels imprimés plus tard à Toul, chez les mêmes Le Belgrand, puis chez Laurent, en 1680, qui suivent les nouveaux types.

* Graduel de 1674, imprimé à Lyon (voir Dict. de Dom Gabkol, t. III, col. ro65).

nuscrits encore conservés ou les éditions des xv® et xvi^ siècles*. L'histoire de leurs innombrables réimpressions n'est d'aucun intérêt pour la musique, ni pour la liturgie, ni pour la bibliographie.

Seule entre toutes les églises d'Occident, celle de Lyon, avec un Graduel et un Antiphonaire traditionnels, qui n'offraient que de légères différences de texte avec le romain réformé, conserva la pureté du chant grégorien jusqu'à la veille de la Révolution ^.

Ce chapitre serait incomplet si nous n'en consacrions une partie à une nouveauté des plus singulières dans l^histoire de rr^glise.

Depuis i584, les livres romains corrigés avaient été adoptés presque en entier dans le Bréviaire et le Missel de Paris qui en étaient très proches '^ ; en

' Nous avons cité ailleurs la seule raison qui fit abandonner, vers 1700, par le (Chapitre de la cathédrale d'Avij^non, les anciens manuscrits : on lisait plus clairement les livres nou- \ellcment imprimés! Cf. notre étude sur les Anciens chanls liturgiques des é(} lises d'Api et du Co»i/cjf, Grenoble, 1902, p. 10.

'- Graduel de 1738. Un folio en a été reproduit i)ar Dom PoTHiRH, dans la Paléognipliie musicule, t. II (voir notre illustration, i)l. Vil). On consultera avec intérêts sur les imprimés à l'usag^e de Lyon, les articles de Dom Pothikr et de Dom Gnospiîi.MFM. dans lievue du chnnl (/réfjorien, XIII, p. 87-91, (le Dom P()TMii';n,niême revue, IX, 149, XVI, 141, et, du même, le (Jhiint de iJùjlise de Lyond u xiW au wiii' siècle, in-S",ArraSf i88r.

=' Hatmioi,, Jlisloire du Bréviaire romain^ p. 3i4 et 354 (S" édition).

LES IMPRIMKS DEPUIS LA FIN DU XVP SIJvCLE (II)

Spécimen du dernier Graduel traditionnel, imprimé au xviii'^ siècle, à l'usage de Lyon, Lyon, lySS. P. 220 de Vunique exemplaire connu, appartenant à TAbbaye de Solesmes, reproduit d'après la Paléographie Musicale, t. III, pi. 211, avec la permission expresse du R'"« Dom Delatte, abbé de Solesmes. Cette page contient la fin du répons-graduel Justus ut palma (Graduel Vatican, p. [38]) et le début d'un Alléluia (id. p. 8, etc.).

Ces livres restèrent en usage jusqu'après 1786. (V. cidessus, p. 19a.)

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i(î6o, l'archevêque Jean-François-Paul de Gondy (cardinal de Retz), avait fait réimprimer un Graduel, aux versions encore assez pures quoique aux vocalises abrégées, lorsqu'à la lin du siècle, l'un de ses successeurs, le peu édifiant Fr. de Harlay, apporta le trouble dans la liturgie, en remaniant une notable quantité des offices*. Le Bréviaire et le Missel de Plarlay (1680 et i684) nécessitaient un nouvel Antiphonaire et un nouveau Graduel, où, toute une partie des chants romains étant supprimés, et le reste supplémenté, il fallut pourvoir à ce remplacement et à ces additions.

Claude Ghastelain, chanoine de Notre-Dame, et préchantre, fut chargé de la publication des nouveaux livres. Pour les pièces conservées de la tradition, il adopta le genre de notation et d'abréviation dont l'édition faite par Nivers offrait le type ; pour les pièces nouvelles, il compila et composa dans le même genre, en s'inspirant, pour une partie, du genre Oratorien^. Mais l'entreprise

' Dans le même auteur, on trouvera l'histoire des nouveaux bréviaires parisiens, p. 354 ù 368; et celle de l'ensemble des divers livres liturgiques provoqués par ces bouleversements, dans Dom Guéhanoeh, Institutions liturgiques, t. II, qui leur est eu grande partie consacré.

* Les hymnes nouvelles, dont le texte était, en grande partie, de J.-B. Santeuil, furent mises en chant par plusieurs maîtres connus : Du Mont, Le Bègue, Mignon, etc., et Ghastelain luimême. Plusieurs de ces compositions, dans leur forme originale, figurent dans l'édition des poésies latines de J.-B. Santeuil, Hymni sacri et novi, 1689, Paris, in- 12.

de Harlay laissait la porte ouverte à tout bouleversement.

Ses successeurs, de Noailles et de Vintimille, marchent dans la même voie, soutenus et poussés par toute une faction semi-janséniste. En lySô, l'archevêque de Vintimille promulguait un Bréviaire et, en ijSS, un Missel, dans lequel presque tout était nouveau. Dès 1734, la curie parisienne avait chargé le meilleur musicologue du temps, l'abbé Le Beuf, chanoine d'Auxerre, de préparer r « Antiphonier », comme on disait, et le Graduel, nécessaires à la nouvelle liturgie. Celui-ci, complètement inféodé aux idées plain-chantistes de son temps, mais qui, hors cela, avait un certain goût, explique, dans son Traité historique et pratique sur le chant de V Eglise^ les principes qui le guidèrent :

Je n'ai pas toujours eu — dit-il — Tinlention de donner du neuf. Je me suis proposé de centoniser comme avait fait saint Grégoire. J'ai déjà dit que centoniser était puiser de tous côtés et faire un recueil choisi de tout ce qu'on a ramassé. Tous ceux qui avaient travaillé avant moi à de semblables ouvrages, s'ils n'avaient compilé, avaient du moins essayé de parodier : j'ai eu intention de faire tantôt l'un, tantôt l'autre. Le gros et le fond de TAntiphonier de Paris sont dans le goût de l'Antiphonier précédent dont je m'étais rempli dès les années 1703-1704 et suivantes; mais comme Paris est habité par des ecclésiastiques de tout le royaume, plusieurs s'apercevaient qu'il y avait quelquefois trop de légèreté ou de sécheresse dans l'Anti-

APRÎ-S LK CONCILK DE TRENTE 195

phonier de M. de Harlay. J'ai donc rendu plus communes ou plus fréquentes les mélodies de nos symphoniastes français des i\^, x® et xi^ siècles, surtout dans les Répons. C'est ce qu'on avait déjàobservédansquelques diocèses en y renouvelant les livres par continuation de l'ancien usage '.

Telles étaient les intentions excellentes de l'abbé Le Beuf. Il eut bientôt un émule dans la personne de Léonard Poisson, curé de Marchangis, au diocèse de Sens. Car, à l'imitation de Paris, un grand nombre de diocèses non seulement de France, mais d'Allemagne et d'ailleurs, voulaient avoir leur liturgie et leur chant ! Et Dieu sait le nombre d'antiennes et de répons qu'il fallut composer à c^tte occasion, ce que Poisson déplore.

Ces nouvelles liturgies n'ont eu qu'un temps. Elles sont oubliées et, avec elles, les querelles formidables auxquelles elles donnèrent naissance. Mais, lorsque vint le moment de leur suppression, un certain nombre de leurs textes et de leurs mélodies furent conservés, plus ou moins, pour les fêtes locales, dans les « Propres » diocésains. Plusieurs des thèmes musicaux de Ghastelain, de Le Beuf, de Poisson et de leurs imitateurs, ont donc plus ou moins subsisté dans quelques-uns de ces propres, corrigés suivant la forme grégorienne, lorsqu'ils en valaient la peine. Mais l'ensemble

' Traité, p. 49, Paris, 1741, in-S».

des textes provenant de cette source a vu ses mélodies plusieurs fois refaites ou réajustées à d'autres depuis cette époque. On comprend qu'il ne nous est pas possible d'entrer ici dans le détail de ces multiples compositions.

C'est au type nouveau fourni par les livres parisiens de 1680 à 1786 que se réfèrent la plupart des recueils diocésains publiés depuis cette époque jusqu'au cours du xix*^ siècle. Sous les titres de chant « rouennais, rémois, lyonnais », etc., ce ne sont que des imitations, plus ou moins plates, sur des paroles diverses, du répertoire néo-parisien, lui-même pâle souvenir de V « ancien grégorien* ». passé à l'état de légende.

1 Expression employée dans le privilège pour rimpression des nouveaux livres (1736).

NOTES ET DESCRIPTIONS

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