TONI COMMUNES
Récitatifs appartenant à diverses époques. Ceux dont on a des attestations dans les plus anciens ma-
• Bibl, de St-Gall, ms., 546, f*» 34 v. On trouvera ce trope, avec sa notation, dans l'ouvrage de Marxer (cité plus haut, p. iSa), p. 124.
* Nous avons fait l'histoire du Dies irae dans les Études franciscaines, et celle du Libéra dans Revue du Chanl grégorien Xlll, 66 et s. On pourra également, pour le Dies irae, consulter l'article du P. Kusèbe Ci.oi-, dans Revue du Chant grégorien, XVI, 46.
3 Cf. Origines du chant romain, p, 243-244.
nuscrits (ix® et x® s.) sont le ion ad libitum du Dominus roAiscum et des oraisons, le dernier ton de TEvangile, les tons solemnis et solemnior de la Préface, les versets avant le Pater et VAgnus. Les autres formules ont été codifiées depuis environ la fin du xii^ s. jusqu'au xvi®.
Appendix
Te Deum, ton solennel.
Développement littéraire et musical du Gloria in excelsisW j a pour auteur probable des paroles Nicetas de Remesiana, vers l'an 400*.
Des versions simplifiées du Te Deum apparaissent à diverses époques : la version juxla morem romanum est la plus répandue, elle semble s'être
formée depuis le xin* s.
Cf. les versets d'org-ue écrits sur ces thèmes par J.-S. Bach.
Veni Creator^ paroles attribuées à Charlemagne ; écrites sur la mélodie de l'ancienne hymne ambrosienne Hic est dies verus Dei.
Pange lingua, paroles de saint Thomas d'Aquin, xni® s., écrites sur une des mélodies de Tautre Pange lingua (v. p. 94).
L'autre ton est une version italienne du précédent, xv^(?j s.
Sacris solemniis, même auteur, sur Tune des mélodies du Sanclorum meritis. L'autre ton est un chant italien du xvi" (?) s.
Les deux autres hymnes ont des mélodies très anciennes.
5 '2. L ANTIPIIONAIRE
L'Antiphonaire Diurnal de l'Edition Vaticane forme le pendant du Graduel précédemment décrit. Son format est le même : le papier, semhlablement et tout spécialement fabriqué, e.st beaucoup plus mince, le volume étant composé d'un plus grand
• (IL notre opuscule des Vitjiles nocturnes, p. 48 à 57, Paris, in-i8, 190R.
nombre de pag'es. Sur ce papier plus mince, l'impression de la musique et celle des illustrations (différentes de celles du Graduel) sont d'un effet plus frappant et plus beau que dans ce premier livre.
L'Antiphonaire, édition de Rome, estdonc un gros volume in-S*^ raisin, de xx, 776, [2-22] et 98* pages, plus un fascicule de 48 pages. Le faux titre porte :
Liber Antipiionarius pro diurnis ho ris
Et le titre, en noir et rouge :
ANTIPHONALE | sacrosanctae | romanae eccLEsiAE I PRO D[URN1S HORIS | ss. d. n. pu x.
PONTIFICIS MAXIM [ | JUSSU | RESTITUTUM ET EDITUM. | ROMAE I TYPIS POLYGLOTTIS VATICAN IS | MDCCCCXII.
Au frontispice, une chromolithographie représente l'union symbolique de l'Eglise militante et de l'Église triomphante, chantant dans un même accord la louange qui monte vers le trône de Dieu.
Le contenu du livre est le suivant :
A. — Décret d'approbation, calendrier général, prières avant et après l'office. Il n'y a ici aucune rubrique ni détail sur le chant.
B. — Le livre de chant proprement dit comprend : Ordinariumofficii ; Proprium de tempore; Pro-
prium Sanctorum: paginés de i k 776. Commune
Sanctorum ; Supplément pro a/iywi7)W5 locis ; Laudes et Vêpres pour les défunts, paginés de [i] à [222J. Toni Communes; et un petit Appendix, avec les tables, pag-inés de i* à 98*. Enfin un fascicule spécial, qui contient les hymnes en texte antique.
L'Antiphonaire renferme donc, pour chaque jour de l'année, les chants des offices des grandes et petites heures du jour, savoir : Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies. On a, plus haut, raconté sa gestation et dit les causes variées qui en retardèrent l'apparition jusqu^à présent. Aussi, la dernière au moins de ces causes est-elle l'origine de ce qui sera sans doute plus tard une curiosité bibliographique : lorsque, par suite de la préparation du nouveau Psautier, l'Antiphonaire dut être remanié, il y en avait déjà trente-sept feuilles (592 pages) de tirées et l'ouvrage entier était cliché. La partie déjà imprimée à quelques exemplaires contenait, pages 1 à 128, le chant du psautier hebdomadaire et, de là à la lin, le propre du temps au complet, et le propre des saints, de décembre à juillet.
Dans le remaniement qui résulta de Tordonnance réformée du Psautier et des nouvelles rubriques, la partie contenant le chant de celui-ci dut être refaite en entier. Et, comme les petites heures ont désormais, chaque jour, des psaumes spéciaux, cette
L'ÉDITION YATICANE 283
partie du livre devint beaucoup plus volumineuse ; dans le tirage définitif de TAntiphonaire, elle comprend 184 pages. A partir de cet endroit, la Typographie Vaticane fît, sur les clichés mêmes (sauf exceptions), les modifications nécessitées par les renvois à la nouvelle pagination et par les rubriques récentes : la page 1 29 du premier tirage — du tirage avant la lettre — devint donc la page i85 du nouveau tirage, et ainsi de suite.
Les chants de l'Antiphonaire Vatican appellent les remarques suivantes :
1. A. L'Ordinarium divini offîcii et le Psautier hebdomadaire, disposé pour chaque jour de la semaine, qui figurent avant le Proprium de tempore, représentent la partie qui contient les innovations prescrites par Pie X. Les pièces chantées de cette partie de l'Antiphonaire, tantôt étaient déjà * dans le Psautier conforme au bréviaire du Concile de Trente, tantôt dans les psautiers plus anciens où se trouvent un plus grand nombre d'antiennes, tantôt ont dû être adaptées ou composées à nouveau. C'est à Dom Pothier que revient le principal mérite du chant des nouveaux textes.
Les pièces nouvelles que contient le Psautier hebdomadaire sont les suivantes, toutes, des antiennes :
• Mais ont parfois subi, dans leur texte, quelques retouches qu'on nous permettra de trouver malheureuses.
Le dimanche, à Laudes :
1 Ant. Alléluia, Dominus regnavit, au commencement et à la fin de laquelle on a utilisé l'ancien alléluia.
5 Ant. Alléluia, Laudate.
Au Temps Pascal, alléluia. Nous faisons ici cette remarque une fois pour toutes : la réforme du Psautier a uniformément ramené toutes les antiennes de ce type au moi alléluia trois fois répété. Comme, dans le Psautier traditionnel, les antiennes de ce type n'avaient pas toujours le même nombre d'alleluia^ on n'a pas pu habituellement en conserver le chant dans son intégrité. Ces antiennes pascales, à cet office et aux suivants, représentent donc, dans l'ensemble., Tusage ancien, mais modifié par suite du texte. Nous n'y reviendrons donc pas, lorsque ces antiennes se présenteront à nouveau
A Prime : Alléluia, Confîtemini.
A Tierce : Alléluia, Deduc me, où a été conservée intégralement, enchâssée dans les alléluias, l'ancienne antienne Deduc me.
A Sexte : Alléluia, Tu us su m ego.
A None : Alléluia, Faciem tuam.
A Vêpres .*
•1 Ant. Magna opéra.
'\ Ant. Qui timet, où a été intégralement conservée l'ancienne antienne, à partir de in mandatis.
5 Ant. Deus autem, calquée sur les types des antiennes du ton pérégrin, afin de conserver ce chant populaire et traditionnel du psaume. Le texte, toutefois, était déjà dans l'antique rit mozarabe (v. p. 3i).
Le lundi (ferla 11^), à Laudes :
Toutes les antiennes, sauf la 5*^ du premier ordo, et la 4* du second.
A Prime : Innocens.
A Vêpres : 3 Ant. Clamavl. 4 Ant. Auxilium. 5 Ant. Laetatus suni.
A Gomplies : Salvurn me fac.
Le mardi (feria III^)^ à Laudes, I : 4 Ant. Exaltate. 5 Ant. Laudate nomen.
A Laudes, II : sauf la 4^j les autres sont nouvelles.
A Prime : Deus meus. — A Tierce : Respcxit me. — A Sexte : Suscepisti me. — A None : Salvasti nos.
A Vêpres : 3 Ant. In circuitu. 4 Ant. Magnificavit. 5 Ant. Dominus acdificet.
Le mercredi (feria IV^ ), à Laudes, I : i Ant. Dominus regnavit. 3 Ant. Tibi Domine. 4 Ant. Domine^ magnuses tu.
A Laudes, II : sauf la première antienne, toutes sont nouvelles.
A Prime : Misericordia. — A Sexte : In Deo. — A Xone : Deus meus.
A Vêpres : 2 Ant. Confundantur. 4 Ant. Domine. 5 Ant. Elegit,
A Gomplies : Immittet.
Le jeudi ( feria V^ ) k Laudes, I : 1 Ant. Jubilate. 4 Ant. Populus meus.
A Laudes, II : sauf la première, les autres sont nouvelles.
A Prime : In loco. — A Sexte : Memor esto. — A None : Invocabimus.
A Vêpres : 3 Ant. Confitcm'mi Domino quia. 4 Ant. Adhaereat. 5 Ant. Confitebor.
A Gomplies : Adjutor.
Le vendredi (feria VI^ ), à Laudes, I : les quatre premières antiennes ; toutes les antiennes de l'ordre II.
A Prime : Ne discedas. — A Tierce : Excita. — A Sexte : Beati.
A Vêpres : 2 Ant. Mirabilia, 3 Ant. Ne derelinquas. 5 Ant. Educ.
Le samedi (Sabbato), à Laudes, I : 1 Ant. Filii Sion. '2 Ant. Quant magnificata sunt. 4 Ant. Ostende.
A Laudes, II : sauf la troisième, les autres sont nouvelles.
A Tierce : Clamer meus. — A Sexte : Domine Deus. — A None : Ne tacueris.
A Vêpres : les cinq antiennes ; dans la première, Benedictus, on a conservé l'ancienne antienne.
Tous les autres chants sont anciens. Les antiennes, non comprises dans ce qui précède, qui accompagnent les psaumes et les cantiques, et les mélodies des répons brefs, constituent la partie la plus antique du chant des offices autres que la messe. Les mélodies des hvmnes — sauf le n*' 3 du Lucis Creator^ qui date peut-être du ix® siècle — représentent également les plus anciens chants des hymnes, La mémoire de la Croix, Crucifixus^ se trouve dans les manuscrits de TAntiphonaire gré-
gorien.
Les antiennes finales à la Vierge sont la part du moyen âge : les nombreuses recherches faites, depuis un certain nombre d'années, sur ces pièces très belles et très célèbres, ont permis de déterminer avec assez de précision leurs origines.
lu'Alma est du xi® siècle, de l'école de Saint-Gall, et a très probablement pour auteur Hermann Gontract (cf. Ul. Chevalier, Repert. hynmol , n«86i).
h' Ave re(jina se rencontre au xii" siècle (voir Dom PoTHiER, dans R. C. G., xi, 117).
Le Regina caeli est dû au pape Grégoire V, x*" siècle (cf. Dom Plaine, dans La Science catholique, IV, 4oi et s.); toutefois, sa mélodie originale n'est pas celle usitée comme clôture de l'office : celle-ci ne date que de la fin du xiii* siècle, ou du XIV*, et on la rencontre tout d'abord dans les ma-
nuscrits franciscains. La mélodie primitive est celle qui figure au petit office de la S. Vierge, comme antienne des cantiques évangéliques.
Enfin, l'histoire du Salve regina a été fouillée récemment, de main de maître, par J. de Valois (En marge d'une antienne, le Salve regina, in-8<^, Paris, 191 2). Il résulte, de ce travail remarquable, qui réunit et complète toutes les recherches déjà faites, que les paroles du Salve, dans leur forme primitive, semblent être d'origine suisse ou allemande, et dater environ du commencement du xi« siècle, et que son usage liturgique, avec sa mélodie (du 1^'" ton), sont dus à Adhémar de Monteil, évêque du Puy, quelques années plus tard. Les Bénédictins ont retrouvé, il y a peu de temps, une autre mélodie du 4*^ ton*, d'origine allemande, et qui pourrait être attribuée à Hermann Con tract.
L B. Le Proprium de tempore, dans ses antiennes, — sauf pour la Trinité et la solennité du Saint- Sacrement (voir p. 266) — est intégralement le même qu'à la fin du viii*' siècle, ou, au plus tard, au cours du ix* siècle. Seules additions : les hymnes, ({ui ne faisaient pas partie de l'authentique grégorien, et sont ici la part d'une forme de chant
' Manuide pro henediclionibus... SS. Sacramenli, Tournai, Desclcc, 1906, p. 4*-
populaire, parfois aussi ancien, mais autre; les mélodies traditionnelles sont données par l'ensemble des hvmnaires notés depuis la lîn du XI* siècle*.
A remarquer que les mélodies des Vêpres du Jeudi et du Vendredi saints y ont été rétablies.
II. Le Commun des Saints offre les mêmes caractéristiques, ainsi que les fêtes anciennes que contient le Propre des Saints.
Pour les fêtes et offices nouveaux introduits depuis trois cents ans, tant dans le Propre des Saints, que dans les offices votifs et le Supplément, voyez les remarques faites ci-dessus, p. 268, à propos des chants de la messe, et qui valent également pour les chants des offices. 11 n'y a guère à signaler, parmi les pièces de ces offices offrant quelque intérêt d'histoire musicale, que les suivantes :
19 mars, hymne Te Joseph^ mélodie du xviii^ siècle, corrigée selon le style habituel des hymnes.
Mars. Fête des Sept-Douleurs : Stabat mater^ mélodie traditionnelle de ce planctus, depuis le xvii'^ siècle ou la fin du xvi«.
Juin. Fête du Sacré-Cœur : les hymnes, dont les paroles datent du xviii" siècle, sont chantées sur
' Sur le chant de l'hymne de la Toussaint, voir Y. Di:i,aroHTE, Rh.^ IV, 481. (jf. à la fin du présent chapitre, p. 292.
une mélodie du moyen âge, déjà employée pour une hymne en l'honneur du S. Sacrement, Magistercum discipulis *.
Juillet. Fête du Précieux-Sang : hymne Festivis resonentj mélodie d'une hymne attribuée à Raban Maur, ix*^ siècle, pour TAscension -.
III. Les Tons Communs, qui ne devaient contenir que des extraits du Cantorinus, reproduisent cet opuscule presque intégralement, avec la suppression de quelques longueurs, mais aussi avec quelques additions pratiques, telles que le ton, emprunté aux « tonaires » du moyen âge, pour les nouvelles complies des défunts, innovation de Pie X. Ces Toni Communes peuvent donc passer pour une réédition du Cantorinus. Une étude très détaillée de cet opuscule a été faite dans R. C. G., xx ; cette étude qui émane des Bénédictins, rédacteurs du livre, rend compte de toutes les particularités qu'il contient et justifie les règles qui y sont suivies-'.
.* Il existe d'ailleurs deux principales recensions de cette mélodie, une du Vl"^ ton, l'autre du VIII« : c'est cette dernière qui a été adoptée à la place de la précédente, dans le tirage définitif de rAntiphonaire.
* La partie de l'Office des Défunts qui figure dans l'Antiphonaire Vatican est extraite de l'Office complet, dont on a dit plus haut la publication, et (jui était iixc dès le w siècle (voir illustration).
3 On pourra consulter spécialement, pour l'oi-igino et les particularités des récitatifs contenus dans le (Janlorinus, le
IV. L'Appendice ([ui clôt le livre proprement dit est assez court. Il répète le Te Deum solennel, le Veni Creator^ et les grandes Litanies, d'après le Graduel, mais y ajoute, comme autre invocation au Saint-Esprit, la belle antienne Veni Sancte (qui fîj^ure à l'office de la Pentecôte dans les manuscrits romains-gallicans), et une version simple du Te Deum, qui porte à trois les chants de cette hymne que contient l'Edition Vaticane. Mais il convient de remarquer que le chaut juxta morem romanum de la fin du Graduel, et le ton simple de la fin de TAntiphonaire, représentent tous deux des versions simplifiées du ton solennel, qui se sont peu à peu formées depuis la lin du moyen âge ; la dernière (celle de l'Antiphonaire), est surtout usitée dans les pays français, tandis que la précédente (celle du Graduel), est la plus répandue partout ailleurs. (V. plus haut, p. 280.)