CHAPITRE DEUXIÈME
L'idée de Jeanne n'avait, comme on a pu le conclure de ce que nous avons dit, rien qui dût paraître étrange dans le monde où elle était lancée. L'esprit d'association a été, de tout temps, la caractéristique de la vie religieuse et civile de la Belgique, comme le prouve la multiplication des sociétés de toute sorte et, avant tout, la magnifique efllorescence de la vie monastique, en ce pays, aux onzième et douzième siècles. Il était donc facile de reprendre la tentative de Lambert Le Bègue, sur un autre terrain, celui-là même où la comtesse de Flandre avait le plus d'action.
Gand semble, en effet, avoir été prédestiné à de pareils essais, — à en juger du moins par ce que son histoire nous en apprend. Ce que furent les Béguines bleues ^, dont une maison existait
1. « Blauwe begyncn », qu'il ne faut pas confondre avec les Bépfuines d'Anvers primitivement vêtues de bleu.
encore, en 1406, dans la rue Onderbergen ^, il nous est difficile de le dire : mais nous avons des renseignements un peu plus précis Telaiiy emeni aux Spinnessen, ou fileuses, que la Révolution française trouvait encore à leur poste, en 1795, dans une chétive maison de la ruelle de la Poussière, sur les bords de la Lys. C'était une réunion de filles dévotes, — fort édifiantes, au dire des contemporains, — qui subsistaient en fabriquant surtout le fil, dont se servent les dentellières. Elles ne faisaient point de vœux, n'avaient même pas d'oratoire et possédaient pour tout bien leur humble maisonnette : on dirait de leurs sœurs les béguignages, aux premiers temps de leur existence.
En était-il de même de ces Bogearden, Begardes, ou Bigardes, plus ou moins attachées à l'Ordre séraphique et qui disparurent au quinzième siècle, presque en même temps que les tertiaires franciscains désignés par le même vocable ^ ?
Nous ne saurions l'affirmer, bien que leur nom dispose à les rattacher aux béguines, que le concile de Vienne avait condamnées et le pape Jean XXII admises à récipiscence. En tout cas, elles paraissent avoir dû leur origine au mouvement que nous signalions tout à l'heure et qui préparait les Gantois à bien accueillir le dessein de la comtesse de Flandre.
Ferrand de Portugal n'était plus là pour l'aider de l'influence que lui valait, à Gand, la sagesse des nouveaux règlements donnés à la vie communale. Il venait de finir, à Douai, « une vie marquée par des événements importants, mais plus féconde en malheurs ^ » , — dont il avait su profiter pour son bien et
1. A la date du 18 novembre 1421, elles avaient quitté leur demeure, et leurs traces ne se retrouvent plus.
2. Ils furent supprimés verfe Tan 1500. — Cf. Sanders, i, 520 ; — Hist, du clergé séculier et régulievy Amsterdam, 1716, iv, p. 210.