‹ Le Grand Béguinage de GandChapitre 13 sur 76 · Kerwyn do Letlenhove, op. cit. y p · texte numérisé non relu

Kerwyn do Letlenhove, op. cit. y p

BEGUINAGE — 2

celui de son peuple. Nul doute qu'il eût appuyé de tout son crédit, comme de tout son cœur, rouverture faite par Jeanne à ses turbulents mais fidèles sujets de Gand.

En fait, le clergé, la noblesse et la bourgeoisie se montrèrent également favorables à l'établissement, qui répondait si bien aux nécessités matérielles et morales de l'époque. Les guerres incessantes des comtes de Flandre avec leurs voisins de France et de Hollande, — les querelles intestines des prétendants à la couronne, des vassaux désireux de s'agrandir et des bourgeois pressés de s'émanciper, — les misères engendrées par les croisades, aggravées par les épidémies, les disettes, les vengeances personnelles, — avaient multiplié le nombre des femmes et des filles dépourvues de toute ressource, aussi bien dans les classes privilégiées que dans le peuple, et ce n'était pas sans raison que les prélats, les châtelains et les magistrats se préoccupaient de trouver un moyen de pourvoir à leur avenir.

Le* comte Louis de Nevers, dans le préambule de sa charte de 1354-, qui revise et approuve les statuts du Béguinage de Gand, résume ainsi les préoccupations de l'esprit public, au siècle précédent :

(( Un grand nombre déjeunes gens, de tout état et de toute condition, engagés dans la guerre sainte, avaient succombé sous les coups des Turcs et autres ennemis du nom chrétien, et il y avait en Flandre une foule de jeunes filles auxquelles il devenait impossible de s'établir suivant leur condition et les convenances de leurs familles. D'autre part, les jeunes personnes de naissance noble ou bourgeoise, désireuses de vivre chastement et pieusement, ne pouvaient toutes entrer en religion, tant à cause de leur nombre qu'en raison de leur peu de fortune. Il arrivait même que des filles de haute naissance, aussi bien que

d'origine plébéienne, étaient réduites à mendier; ou, si leurs alliés les aidaient quelque peu, à traîner une existence sans dignité et sans honneur. A quoi il fallait pourvoir avec sagesse et discrétion ^. »

Le projet de Jeanne apportait la solution désirée, et devait trouver faveur auprès de tous les bons esprits, qui ne tardèrent pas en effet à s'y rallier, non seulement dans le pays soumis à l'autorité des comtes de Flandre, mais encore bien au delà de ses limites, — en France particulièrement, où nous ne tarderons pas à voir l'idée mise en pratique, jusqu'aux bords de la Méditerranée, — et aussi en Allemagne, où elle devait bientôt dégénérer, au point de motiver la réprobation du Saint-Siège. Mais revenons à Gand et suivons pas à pas le développement du plan primitif.

Avant tout il fallait trouver un lieu favorable à son accomplissement, et l'on peut d'abord s'étonner des préférences de la princesse et de ses conseillers. Le terrain choisi par Jeanne était situé hors des murs, près du château des comtes, au lieu dit de Brouc ou le Marais, sur le territoire d'Eckerghem 2. C'était originairement une sorte de marécage, de l'étendue de trois bonniers, où la Lys débordait fréquemment, — plus propre à la pêche qu'à l'agriculture, — et dont les châtelains ou gouverneurs, ministratores, de Gand avaient abandonné la jouissance aux échevins, en stipulant, semble-t-il ^, que la propriété leur reviendrait dans le cas où la commune n'en pourrait tirer parti.

Le dessèchement en était à peu près réalisé lorsque Jeanne

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