‹ Le Grand Béguinage de GandChapitre 15 sur 76 · Béthune : Cdrtul, de Sainte-Elisabeth y n · texte numérisé non relu

Béthune : Cdrtul, de Sainte-Elisabeth y n

4. Peut-être par Sohier ou Zegher vers 1192. — Diericx, op. cit. y t. I, p. 38.

FONDATION DU GRAND BÉGUÏNAGE n

taient à la réclamation, si la princesse s'engageait à une rétrocession, dans le cas où les Béguines abandonneraient la place. Au mois de mai, l'arrangement fut conclu ^.

Cependant, le seigneur Hugues dé Hosdain, châtelain de Gand^ protesta, pour la forme, au nom de ses prédécesseurs. — La protestation peut sembler de bonne foi, aussi bien que la prise de possession : il y avait réellement lieu à débats, tant étaient obscures les prétentions des comtes, des châtelains et des bourgeois, sur ces terrains dont les premiers tenanciers semblaient difQciles à préciser, après tant d'années et de vicissitudes. Désireux, comme les Gantois, de plaire à la comtesse, Hugues de Hosdain renonça gracieusement à tous les droits, « qu'il avait ou croyait avoir », sur les terrains en litige. L'acte est du mois de novembre 1242, et paraissait devoir mettre fin aux tribulations des pieuses femmes. Le calme ne fut cependant pas de longue durée : vingt-cinq ans plus tard, la querelle était pendante à nouveau, par le fait du fils de Hugues, — aussi châtelain de Gand et seigneur de Hosdain 2, — protestant contre l'occupation (par les Béguines) d'une maisonnette et d'un pré, situés en dehors de leur enclos, sur le territoire de Wondelghem ^. Marguerite de Dampierre, qui avait remplacé Jeanne de Flandre, montra la même décision et amena le châtelain à la renonciation complète de ses droits réels ou prétendus. Il s'exécuta du reste galamment, faisant don aux Béguines, non seulement de la maisonnette et du pré, mais encore des fossés qui les entouraient ^. Tout était réglé au mois de novembre 1274, et neuf ans

1. Litterae Joannae : Ypris^ an. i242j 14 mail. {Cartuly 11*4.)

2. Ou de Houdin, De ce seigneur, surnommé Villanus, descend la famille Vilain. • 3. « Fundum et domunculam. » — « Tria circiter bonaria Prati versus Wondelghem jacentia. » Litt. julii 1267.

. 4r LitU Guidonis Fland., oct. 1274.

après, Hugues mettait le comble à sa générosité, en donnant aux Béguines une pièce de terre * située devant la maison de leur curé. Si nous ajoutons que les sœurs eurent aussi le droit de pêche, dans les eaux voisines, « den Wal » ^, nous saurons à peu près tout ce que nous pouvons apprendre de leur première installation aux bords de la Lys.

Cependant, pour être complet, il reste à parler d'un voisin moins incommode que le châtelain de Gand, et dont le nom se trouve mêlé, dès Tannée 1270, à l'histoire du Béguinage. C'est le chevalier Simon de Waernevic^ qui avait loué à certaines gens une partie d'un terrain dépendant de son fief de Waernevic, compris dans l'échevinage de Gand, et « gisant tout près le manoir des beghines » . Les propriétés des sœurs allaient en effet au delà de la porte de Bruges, jusqu'à l'auberge « de drie Coninghen » ou des Trois-Rois, en face des maisons louées par Simon. Les rapports entre le chevalier et les Béguines étaient d'autant meilleurs qu'il était l'ami des Frères prêcheurs. C'est à l'un de ses fils, le chevalier Yves de Warnewic, que le comte Robert de Béhune allait bientôt confier la tutelle et la garde du Béguinage, en le chargeant d'en remettre la conduite spirituelle aux prieurs du couvent de Gand, — comme nous le verrons un peu plus loin. Cette famille était prédestinée aux services des œuvres de piété et de charité, et lorsque Charles-Quint établit

1. Diericx, op. cit.^ t. I, p. 213. — « Petiam terrae. En hedde lands. »

2. Id., ihid.y p. 428, cit. Jaer. regist. ann. 1437 et 1465. (CartuL n» 9, en original sur parchemin. )

3. La famille Van Vaernewick est une des plus anciennes et des plus nobles de' la Flandre orientale. Elle avait jadis sa maison, den Steen van VaemevyCj à Gand, dans la rue Basse, non loin de celle occupée par "Wulfaert Vilain en 1363. Elle compte, parmi ses représentants, Marc van Varnewyc, auteur de V Historié van BelgiSj plus célèbre par ses vertus que par ses ouvrages.— Cf. Diericx, 1. 1, p. 83 et 158.

à Gand la Chambre des pauvres, il parut tout naturel de confier Tadministration de la caisse générale à Marc de Warnewic, comme à Fhomme le plus charitable de la ville et le plus capa-i blede contenter tout le monde : à quoi Ton prétend qu'il réussit, bien que le proverbe interdise aux prophètes de l'être en leur pays ^.

La comtesse Jeanne avait, comme on l'a dit, fait entourer d'un fossé profond la cowr/, curlis, des Béguines, tant pour l'assainir que pour la défendre contre les rôdeurs de toute nature dont la route de Bruges et le marais de Wondelghem étaient infestés, surtout la nuit, — comme le constatent les arrestations de criminels, dans l'auberge des Trols-Rois, située à la Wal-poorfe, tout près de la maison des \Yarnewyck.

Dans Tenceinte ainsi déterminée et défendue, la vie était relativement paisible, mais ne devait pas être bien gaie, à ne considérer que les conditions matérielles. La laine et le lin filés par les sœurs ^ ne devaient pas représenter une bien grande ressource, d'autant que le soin des malades diminuait forcément la durée et par suite le produit de ce travail. Les « maisons de paille )) groupées autour d'un oratoire aussi misérable qu'elles, durent connaître toutes les épreuves de la pauvreté, en dépit des sympathies qui s'ingéniaient à les leur adoucir. La possession en était d'ailleurs assez précaire, dans les premiers temps, à cause des contestations soulevées par les châtelains et les échevins, de même que le service religieux en était difficile, au moins

1. Joanii Meysons nous a laissé de lui un très beau portrait, gravé par Pelras de Iode, avec la dédicace : ^c Marco van Varncwyck a\o suo Joannes Scliepperus ex filia nepos. »

2. C'était l'occupation ordinaire des couvents à cette époque, à Prouillc, par exemple.

pendant les huit premières années. Ce qu'il fallut de patience, de résignation, ou plutôt de courage porté jusqu'à l'héroïsme, pour traverser cette première [période, ne sera jamais bien mis en

BEOCjlNAsar>l 5.ELISABETH.C SIM CURA FRAFRLfM PRfiDICKTOBUM VUE DE l'ancien BÉGUINAGE DE GAND

lumière ; caries Béguines et leurs directeurs avaient autre chose à faire qu'à rédiger les Mémoires, dont nous serions éclairés. Le nombre même des habitants de la court du Brouc était une des causes les plus efficaces de leurs embarras : car la population de la petite cité s'accrut bientôt à ce point qu'il fut né-

cessaire de fonder, sur le Pré vert, « ter groen Hoyen », un autre Béguinage, qui subsiste encore de nos jours, sous le vocable de Notre chère Dame au Pré i.Moins important que son devancier, le Kleene Beggynhof n'en a pas moins droit à un souvenir dans l'histoire religieuse de Gand. C'est encore une des curiosités de la ville, une consolation pour l'artiste, l'archéologue et le chrétien qui regrettent la destruction du Grand Béguinage, dont il rappelle la physionomie gracieuse et paisible. Il reçut, des comtesses Jeanne et Marguerite, la même règle, revisée plus tard par Louis de Nevers et par Charles-Quint. Tout ce que nous dirons donc du premier, nous aurions à le dire du second, — même pour la régularité et la ferveur, qui les distinguèrent également. Mais, il faut le reconnaître, les parts ne sont pas tout à fait semblables dans l'intérêt qu'ils peuvent inspirer, et nous devons concentrer notre attention sur la première des fondations gantoises, qui fut aussi la première des fondations du Nord, — de Lilleà Ypres, de Bruges à Termonde, de Malines à Courtrai, et de Bruxelles u Amsterdam. C'est du reste celle qui a le mieux réussi à vaincre l'effort du temps, et si Notre-Dame-du-Pré garde encore le second rang, parmi les •Béguinages subsistants en Belgique, elle doit céder le premier à Sainte-Elisabeth, pour le nombre 2 des sœurs et la fidélité aux traditions primitives.

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