CHAPITRE TROISIÈME
La fondation du Grand Béguinage de Gand fut le signal d'une série non interrompue de fondations semblables, dans les domaines des comtes de Flandre. Bien que, d'après les historiens belges et hollandais ^ il y eût, depuis longtemps, des établissements similaires à ïongres. Lierre, ïirlcmont, Louvain, Malines, Anvers et Tournai, c'est seulement à 1234 qu'il faut reporter la véritable origine des Béguinages, tels que le moyen âge les a connus. C'est en effet de là seulement que date l'organisation semi-religieuse due aux Frères prêcheurs, qui ne tarda pas à prédominer parmi les filles de Sainte-Begghe, et que nous aurons bientôt à étudier dans le détail.
Qu'on fasse partir le mouvement de Nivelles^, en 1226, ou de Gand, en 1234, on arrive à la même conclusion : la diffu-
1. Mirœus, Van Gestel, Coppens, Van Ryckel, Romer, etc. — Cf. Tcrwccoren : L'Origine des Béguinages belges^ p. 35-32. — Thom. de Catinipré : De Apibus, ii, 51, reporte à 12261e commencement du Béguinage de Nivelles.
2. n est à remarquer que Nivelles eut un véritable Béguinage en 1283 seulement. En 1526, il en avait trois.
sion de cette nouvelle forme de vie, d'une extrémité à l'autre du monde chrétien. Cologne *, Strasbourg, Lubeck, Bois-le-Duc, Beda,Maëstricht, Haarlem, Utrecht, eurent bientôt des Béguina ges, dont plusieurs ont eu leurs heures de célébrité, mais dont il ne nous convient pas de parler davantage. Dans les limites de la Belgique actuelle, nous avons à mentionner Anvers, d'où partit, au siècle suivant, la protestation qui sauva Foeuvre de Jeanne et de Marguerite, — Bruxelles, Courtrai, Aerschot, Dlest, Enghien, Ghistelles, Herenthals, — Mons, d'un caractère tout à part, Saint-Trond, Termonde, Tournai, Ypres, — et Matines qui disputait encore à Bruges, au dix-septième siècle, l'honneur de la primauté, pour le nombre et la ferveur de leurs pensionnaires 2. Toutes ces fondations, et d'autres moins importantes, datent du treizième siècle et sont évidemment la conséquence de celle de Gand, où le petit Béguinage avait, dès 1234, doublé celui de Sainte-Elisabeth.
A cette époque les comtes de Flandre et de Hainaut étaient encore maîtres d'une partie de la France du Nord, et nous devons rattacher au groupe flamand celui qui se compose des établissements de l'Artois, du Cambrésis, et des pays voisins : Cambrai, Béthune, Valenciennes, Orchies, Douai ^, d'autres encore, au premier rang desquels il faut placer celui de Lille*,
1. Où vécut la vénérable Christine de Stumbel ou Stommel, dont les reliques sont conservées à Juliers et la fête célébrée le 6 novembre.
2. Dict, historique et de Trévoux, v. Béguines. — Moréri tenait pour Malines, et Chevreuil pour Bruges.
3. Ce béguinage, connu sous le nom de Champfleuri, fut cédé en 1477, aux Cisterciennes de Notre-Dame- des-Prés, par Marie de Bourgogne.
4. Dans les dépendances duquel furent établies, en 1273, les Dominicaines de l'Abiette. (Miraeus, m, 132 ; iv, 260.)
fondé en 1244, aux bords de la Deule, et spécialement favorisé par les deux filles de Baudouin IX.
La France proprement dite subit l'impulsion, presque autant que la Flandre. Toutes les villes de quelque importance eurent des Béguinages, parmi lesquels il convient de rappeler ceux d'Amiens, Corbie, Abbeville, Rouen, Paris, Mantes et Orléans.
Celui de Corbie devait bientôt abriter la jeunesse de sainte Colette, qui s'y prépara pendant plusieurs années à la réforme de l'Ordre de Saint-François ^ Celui d'Amiens, fondé par l'évêque Arnoul, à la Hotoie, avait pour grande-dame, en 1264, Elisabeth l'Aînée, et se montrait dès lors profondément attaché à l'ordre des Prêcheurs, auquell'évêque en avait confié la direction 2. Celui d'Abbeville fut fondé, en 1266, par Yda de Boubers, mère de Bernard, évêque d'Amiens, successeur d'Arnoul^.
Celui d'Orléans dut probablement son origine aux relations établies entre les drapiers de cette ville et ceux de la Flandre qui fréquentaient assidûment les foires de Pâques, en compagnie de leurs femmes et de leurs filles. Ce qui confirme cette opinion c'est que les Béguines s'établirent d'abord u dans une soupente de la Halle aux tanneurs, où étalaient, en temps de foire, les marchands drapiers des Flandres^ ». Saint Louis les y avait autorisées, puis, en 1256, avait acheté le modeste logis pour leur en faire don. En 1257, il leur donnait cent livres pour l'amé-