Art. vi-\ii
qu'elle ne soit liée par aucune obligation ou promesse, soit d'entrer en religion, soit de contracter mariage, et qu'elle s'engage à observer les règles suivantes :
l*" Obéir en toute soumission à la Grande-Dame et à la maltresse de son couvent ;
2® Observer scrupuleusement la chasteté pendant tout le teitips qu'elle sera dans le Béguinage, évitant toute fréquentation de personne ou de lieu qui pourrait la compromettre, et la communauté avec elle ;
30 Accepter en toute constance, justice et patience, la situation faite par la divine Providence, sans songer à se procurer, ouvertement ou en cachette, ce qui ne lui vient pas de façon régulière, c'est-à-dire par la voie des quêtes, dons ou héritages *,
On le voit, ce sont les trois vœux de religion en substance, — mais sans l'obligation qu'ils entraînent, pour le religieux proprement dit, et avec des atténuations qui en rendent la pratique assez facile.
L'article xii contient une disposition, qui paraît d'abord singulière, et se comprend pourtant assez vite.
La nouvelle professe est avertie que si, dans le cours des quatre ans qui commencent, elle est atteinte de grave maladie ou infirmité, elle ne pourra se réclamer du Béguinage ou du fonds des pauvres pour son traitement. Après la quatrième année, c'est-à-dire quand on pourra compter sur sa persévérance, elle en aura le droit, comme ses autres compagnes.
La béguine, ainsi acceptée, doit, chaque jour, réciter trois chapelets, ^rîa ^erto, qui constituent le Psautier de la Vierge^,
l. Art. Tiii.
Si c Psalteriam Beatae Màritâ Virginis i»,^ en flamand: • Onse lieve Vronwe sauter. »
et ne peut omettre cette prière sans une raison juste et grave *. Par la comparaison de ce document avec d'autres de la même nature et du même temps, nous savons que la pratique de réciter cent cinquante Ave Afarîa existait en plusieurs communautés de femmes 2, que la division en trois chapelets était en usage, et que chaque série de cinquante Ave portait le nom de Beltis, ceinture ou couronne ^. Mais la manière de réciter le rosaire différait de la nôtre, comme nous l'apprend le Psalterium annexé au Livre des Règles des Béguines gantoises.
(( Voici, ditEchard, — que nous citons d'autant plus volontiers qu'il a plus tardé à voir clair en cette question, — voici la méthode prescrite pour cette récitation. La béguine qui préside à l'office, avant chaque Pater ou Ave, lit un mystère de la vie du Christ ou de la sainte Vierge '*.)) — Nous remarquons" d'abord que la béguine lisait l'exposé du mystère, et, d'après le même texte, toute novice devait, avant son admission, apprendre par cœur la série de ces petites méditations. La raison s'en voit tout de suite. Il était assez difficile de se rappeler cent cinquante formules différentes, si brèves qu'elles fussent ; et même après avoir, pendant toute une année, exercé sa mémoire à les retenir, il était utile, sinon tout à fait nécessaire, d'en avoir le répertoire sous les yeux.
Le manuscrit de Saint-Gall, cité par le P. Danzas, nous a conservé les méditations en usage à cette époque, dans les monastères de cette région ; en voici quelques-unes :
, 1. Art. xv : c Aile daghente lesene drie hoedekins, diemen noii^int onaer lieve. Vrouwen Sautere, sonder dies te faelgierne », etc. {CarL, p. 20.) 2. Danzas : Etudes..., p. 401-403.
.3».D.u saxon : Belt, — Cf. Dacange: Glossarjum, v, SeUis. , : . 4. ScriptoreSy i, 852.
LÀ liÈGLB 75
« Ave Maria,,, Jésus ». -^ que vous, Vierge très pure, avez conçu par ropéralion du Saint-Esprit. »
<( Ave Maria,.. Jésus », — que vous avez enfanté, à Bethléem, en grande joie et sans douleur. »
« Ave Maria... Jésus », — que vous avez offert dans le temple à son Père céleste. »
Or voici un exemple de la récitation du rosaire, à Gand :
« Ave Maria... qui avez été prédestinée, de toute éternité, à devenir la mère de Dieu. »
« Ave Maria... qui avez reçu la visite de Farchange Gabriel. »
« Ave Maria... qui avez été saluée par l'ange avec le plus profond respect *. »
Les deux méthodes sont identiques et portent le même cachet d'inspiration ou d'origine. Avant de commencer la dizaine, la béguine fait l'énoncé du mystère : u L'Annonciation des anges» ; — à la fin de la dizaine, elle fait une courte prière, pour demander la pureté, qui est la vertu inspiratrice de la méditation. Ce qui se pratique pour toute la série, quand la récitation se fait en public, c'est-à-dire officiellement, comme observance régulière ^.
On le voit, cette façon diffère de la nôtre, en ce que nous énonçons le mystère, seulement une fois et en général, avant chaque dizaine ; tandis que les Béguines en énoncent une part quelconque, avant chaque Pater et chaque Ave : ce qui demande un temps assez considérable pour, la récitation d'un chapelet. Aussi
1. De psaZter of Rozenkrans Van Maria, p. 1. — Cf. Manuel des Béguines de Castelnaudary, p. 244 et suiv. Toulouse, 1862.
2. Rosario de la gloriosa Vergine Maria. Venet., 1521. Le même système à peu près se retrouve, au seizième siècle, dans les indications données par Albert- Castellano, qui se réclame de l'usage existant^ suivant lui, depuis saint Domi-* nique ; mais il ne s'agit plus ici que de la récitation du rosaire par les simples fidèles,. : ....-:
ne sommes-nous pas surpris que ce soit là tout Toffice auquel elles fussent tenues, en commun, d'après Tarticle xvii.
Celle qui présidait lisait la formule, et les autres répondaient en récitant VAve. Ajoutons, pour compléter cette notice, que cette ordination fut intégralement maintenue, lors des révisions de Louis de Nevers, de Charles-Quint et de Tinfante Claire- Eugénie, de telle sorte que, dans sa discussion avec les BoUandistes, à propos du Rosaire, Echard ait pu en alléguer la pratique ininterrompue, ainsi que le constatait le P. Louis Robyn, du couvent de Gand, en sa note rectificative, adressée au même Echard, le 27 novembre 1623 *.
Revenons à la règle proprement dite.
Les Béguines doivent assister, chaque jour, à la messe, sous peine de privation de sortie dans la journée ; — observer le silence autant que possible ; — avoir la dévotion des âmes du purgatoire ; — jeûner aux vigiles de la sainte Vierge ; — se confesser, tous les quinze jours, et communier suivant l'avis de leur directeur, au moins aux grandes fêtes et à celles de la sainte Vierge. Les jours de communion, elles ne pourront sortir, à moins d'absolue nécessité constatée par la Grande-Dame ^.
Les cinq articles suivants règlent leur conduite extérieure, et leur interdisent les festins de noces, de baptêmes, de fêtes patronales, les réunions où se rencontrent des personnes de sexe différent, la fréquentation indiscrète des ecclésiastiques et des religieux^, qu'elles ne peuvent admettre dans leur
1, Certaines Béguines, comme celles de Bruges et de Saint-Omer, récitaient l'olfice de la sainte Vierge. (De Jonghe, op, cit., et Fredericq : Les Béguineê dû grand couvent SainP-Jehan.)
2, Articles xvi-zzr
3, On dirait la contre-partie des règlements du chapitre de Saint-Einilion.
maison, soùs prétexte dliospitialité, à moins d'une dispense spéciale de la Grande-Dame. Elles ne doivent jamais passer la nuit hors du Béguinage. En voyage elles seront accompagnées d'une sœur, prendront garde de prêter à quelque méchante insinuation et rendront compte de leur conduite, quand elles rentreront, si la Grande-Dame juge à propos de les interroger *.
L'article xxvi leur assigne le vêtement que tout le monde connaît en Belgique : robe de laine noire en temps ordinaire, — bleue, les jours de fête 2, — guimpe et voile de toile, avec un grand voile d'étamine noire pour les sorties, sans rien qui sente le luxe ou la mondanité, dans les ceintures ou couteaux et aumônières qu'on y suspendait d'ordinaire, à cette époque. Les formules de cet article semblent empruntées à la règle des Frères prêcheurs ^, dont le souvenir vient aussi naturellement à l'esprit, en lisant l'article précédent. On sent, dans cette rédaction, le même esprit et comme la même main. Les mêmes expressions se retrouvent dans le règlement de 1354 et dans les constitutions des Sœurs prêcheresses : la nuance même qui permet aux Béguines les gaiits interdits aux sœurs, accentue la ressemblance. C'est évidemment l'œuvre d'un fils de Saint- Dominique.
Trois autres articles recommandent la charité fraternelle, et par conséquent l'humilité, le douceur, la patience, en condamnant la jalousie, la moquerie, la joie bruyante et les manières qui sortent de la réserve convenable à l'état religieux.
( Vid, supra,) — « Par especial se doivent warder estroitement de hommes d'esglise, soient prestres séculier ou religieux de quelconques estât qu'ils soient», dit le règlement de Saint-Omer, 1328.
L Art. xxi-xxY.
2. Jadis l'habit était gris, (cgrisei coloris b.~ Cf. Lettre du 14 mai 13128, adressée par Tévêque de Tournai au pape Jean XXII.