CartuU p. 73-76, n
de vie modeste des sœurs, pauvres jusqu'à la misère, — leur
assiduité au travail des mains (couture et blanchissage), —
leur fidélité à payer les dîmes, — la générosité de leurs aumônes,
— leur obéissance à la Grande-Dame, — leur exactitude à la prière, à Toffice (des Ave), à la messe, à la méditation, — leur fuite du monde, — leur austérité (dans la nourriture, le lit et le vêtement), — leur dévotion envers les âmes du purgatoire,
— leur filial dévouement à l'Église, — et la bonne estime dont elles jouissent dans le peuple. 11 termine par un trait charmant dont nous devons respecter la forme originale : « Ce lieu fut visité avec dévotion par l'illustre confesseur et très pieux roi, saint Louis. 11 y prit tant de complaisance qu'il procura la consécration de l'église par le vénérable Père en Dieu, le Seigneur évêque de Tournai. 11 obtint aux Béguines beaucoup de privilèges et de libertés, propres à favoriser leur vie dévote; enfin, à la ressemblance dudit lieu, il fonda et dota un Béguinage à Paris ainsi que plusieurs autres en diverses localités. »
Le rapport des délégués à l'évêque est de tout point conforme au Mémoire : les Béguines de Gand n'ont jamais suivi les errements de celles que Clément V a justement condamnées, mais « ont toujours vécu et vivent toujours avec tant d'honnêteté et de sagesse qu'il n'y a jamais eu lieu, contre elles, à suspicion et à mépris ^ » .
Trois cent cinquante ans plus tard, les tuteurs et gouverneurs du Béguinage rendaient le même hommage à la direction des Dominicains, dans les termes les plus flatteurs. Ils ne tarissent
1. Cartul.y ^.Tl, n» 107 : « NuUa super hiis fuit nec suspicio aut infamia contra ipsas. B — Jean XXII se sert des mêmes expressions, en écrivant à Tévêque de Cambrai.
pas en éloges sur leur compte, tant pour le passé que pour le présent, invoquant l'opinion publique et le suffrage des Béguines elles-mêmes. Ils leur renvoient tout l'honnetir, après Dieu, des vertus qui distinguent la vie de ces bonnes filles, et tiennent à mettre en lumière ce fait, vraiment étonnant *, que dans le cours de tant d'années, huit cents Béguines aient pu vivre sans plainte sérieuse contre leurs directeurs, au dire des anciens et des contemporains. Ils certifient qu'eux-mêmes n'ont jamais eu à leur faire de reproches, comme ils le déclarent devant Dieu et devant les hommes ^ ; en foi de quoi, ils signent la pièce que nous venons de résumer et que de Jonghe a traduite du flamand en latin, à la suite de sa notice sur le couvent de Gand ^.
Cette déclaration avait été provoquée par l'acte suivant des Béguines, en date du l®"" mars 1670 :
« Nous, Marie Van den Haute, Grande-Dame, — Catherine Van den Haute, assistante, — Adrienne de Zuttere et Isabelle de Grave, dames de Spiritu sancto ^, représentant la communauté du grand Béguinage de Sainte-Elisabeth à Gand : faisons savoir et déclarons par ces présentes, que les Révérends Pères Prêcheurs de cette ville, institués nos confesseurs, l'an mille deux cent trente quatre, par Leurs Altesses, d'heureuse mémoire, mesdames Jeanne et Marguerite, comtesses de Flandre, et confirmés par les comtes Louis et Robert, dans les privilèges relatifs à leur ministère, se sont toujours (comme nos devancières nous l'ont