Quod multis mirum videtur
2. «Ita declaramus coram Deo est horainibus. » — Cartul,, p. 254, n» 370.
3. Belgium Domin., p. 118-119. (Celte pièce est signée de Jean-Baptiste délia Faille, gouverneur de Gand, et du chevalier Emmanuel Ballet, seigneur de Lecavcnburch, tous deux protecteurs officiels du Grand Béguinage.)
4. C'est-à-dire: chargées des aumônes. — On les appelait aussi «Régentes du Saint-Esprit. » Cf. Cartul., acte du 11 mars 1569, p. 229, n» 323.
appris avec grand éloge) acquittés de leur charge à la pleine édification et satisfaction de cette communauté. A présent encore ils s'en acquittent, en nous instruisant et nous excitant à la sobriété, la pureté, l'obéissance, la charité et la concorde. De quoi nous les remercions, après Dieu, du plus profond de notre cœur, ne désirant rien autre chose que leur persévérance dans leur zèle^ et notre maintien sous leur conduite et direction : car leurs bons avis, leurs exemples, leurs prudentes consolations, affermissent et avancent, de jour en jour, notre communauté dans la paix, la crainte et l'amour de Dieu, ainsi que dans la charité du prochain. C'est pourquoi nous leur rendons ainsi témoignage, selon Dieu et notre conscience.
« Fait dans notre susdit Béguinage, le premier jour de mars
« Signé : Marie Van den Haute, — Catherine Van den Haute, — Adrienne de Zuttere, — Isabelle de Grave. »
Ces deux pièces ont d'autant plus d'importance que, prenant place entre les calomnies des Gueux et les sarcasmes des voltairiens, — entre Calvin et Joseph II, — elles sont la meilleure Z'éponse à leur opposer.
Pendant quatre cents ans, la situation était restée la même. Charles-Quint n'y avait rien modifié, par sa déclaration de 1531 ; et pourtant le protestantisme avait déjà, depuis dix ans, déclaré la guerre aux communautés religieuses en Allemagne. Calvin commençait à dogmatiser comme Luther : vingt ans plus tard, ses partisans devaient préparer, dans les Pays-Bas, la révolte simultanée des nobles et des paysans contre la domination espagnole et le catholicisme. Il ne nous appartient pas d'apprécier ici le caractère du Compromis des nobles au point de vue politique, et nous concédons volontiers à Victor Hugo que
« les Gueux ont fait la Hollande » . Mais il nous est permis de mettre en doute la sincérité du zèle religieux auquel on doit les atrocités de toute nature, si volontiers oubliées par les apologistes des prétendus réformateurs et réformés. Guillaume d'Orange avait un médiocre souci de la foi, et l'hérésie lui était surtout un moyen d'arriver à la domination : les Gueux menaient grand bruit à propos de l'Inquisition, — dont PJiilippe II faisait peu d'état pour les Pays-Bas, — et réclamaient la liberté de conscience, afin de l'interdire aux autres, sous prétexte de progrès des lumières et d'émancipation générale.
Au mois d'août 1566, la révolution, préparée de longue date, en Angleterre *, éclata dans la Flandre, qui fut mise à feu et à sang par ceux que Guillaume d'Orange lui-même qualifiait de voleurs et d'assassins. Le 22 du même mois, le couvent de Gand fut pillé, l'église dévastée et la bibliothèque complètement détruite. Les livres et manuscrits jetés dans la Lys en obstruaient le cours, au dire des contemporains. Le grand bailli de Gand, un instant effrayé par l'audace des agressions, reprit pourtant courage, et le 29 au matin, fit dresser deux potences qui mirent en fuite les iconoclastes. Une paix relative, due aux victoires du duc d'Albe, successeur de Marguerite de Parme dans le gouvernement des Pays-Bas, dura jusqu'au dimanche de la Pentecôte, 24 mai 1578. A cette date, — deux ans après la fameuse pacification de Gand, — le P. Philippe Burggrave étant prieur, le couvent fut de nouveau envahi. Les magistrats, élus grâce au calviniste Hembyze 2, laissèrent libre champ aux pillards. Après cinq jours d'avanies et de souffrances, les religieux furent
1. V. procès de Jacques Visaige (mis en lumière par M. de Coussemaker). — Cf. Pacification de Gand, p. 15. 1876 ; — cit. Gachard ; Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 396.