ore inachevée. Elle ne fut consacrée que Tannée suivante
A 1/lNTÉRIEUR DU BÉGUINAGE 123
Restait à installer dans leurs logis les nouvelles habitantes, et le duc d'Arenberg s'en était réservé le soin.
Accompagné de Tévêque, il conduisit à la salle du chapitre la Grande-Dame, les supérieures des quatorze couvents * et les personnes de distinction présentes à la cérémonie. En son nom et au nom de ses filles, Mme Julie Verhaeghe remercia le duc, qui lui répondit : « Soyez les bienvenues chez moi. Sous la protection de sainte Elisabeth, le Béguinage entrera, je Tespère, dans une, ère de prospérité, et répondra, j'en suis persuadé, à sa destination qui est de vous rendre la sécurité et le bonheur. »
Personne plus que le noble duc ne pouvait se croire autorisé à parler ainsi de l'avenir, lui dont la famille a pour devise : « Christus protector meus! Le Christ est mon protecteur )),et qui avait toujours mis ses œuvres sous la garde de Celui dont il est dit : « Ce que Dieu garde est bien gardé I »
Le Béguinage de Saint-Amandsberg commençait dès lors sa nouvelle carrière, et, depuis vingt-neuf ans, il la poursuit avec la même paisible assurance. Le nombre de ses habitantes n'a pas diminué, tant s'en faut ; leurferveur non plus, et la sympathie qui les entoure leur garantit, pour longtemps, la paix dont elles ont joui, à Gand, pendant des siècles.
Dans son ensemble, le nouveau Begijnhqf présente l'aspect d'un rectangle, divisé par des diagonales, en trois groupes principaux d'habitations. Celui du centre contient la grande église,
1. Couvents ter Leyeriy — Pie /X, — Saint- Joseph ^ — Sainte-Sophie y — Sainte-Éléonore, — Sainte-Eulaliey — ter Eecheriy — Saint-Philippe y — ter Wyngaerde, — Sainte-Begghe, — Saints-AngeSy — Trinitéy — Saint-Engelbert et ten Hove,
orientée suivant l'usage, entre deux plaines ou squares qui portent les noms de Saintc-Klisabeth et de Sainte-Begghc. Presque en face, mais dans le quartier du sud-ouest, une chapelle, dédiée à saint Antoine de Padoue, continue la tradition du culte rendu par les Béguines au célèbre thaumaturge. Les deux constructions sont de style gothique, décorées également dans le goût du moyen âge, mais de proportions et d'aspect dissemblables, en raison de leur destination différente. Saint-Antoine est un oratoire ; Sainte-Elisabeth est une sorte de collégiale.
« Bâtie en style pur du douzième siècle, Sainte-Elisabeth est un monument admirablement réussi, malgré les grandes difficultés que présentait, pour le voûter en briques, l'absence d'arcs-boutants. Ceux-ci ont été omis dans une pensée d'économie, et c'est uniquement grâce à l'exécution parfaite des murs et contreforts, que la voûte de la grande nef, large de plus de neuf mètres, a pu être établie sans ancrages apparents... Ceux qui ont étudié les anciennes églises des Béguinages de Belgique ^, y retrouveront le sentiment exquis de la simplicité monastique et les formes traditionnelles de ces antiques institutions religieuses 2. »
Pour la voir sous son vrai jour, il faut y entrer, à l'heure de l'office, quand la nef est remplie de Béguines comme ensevelies sous leur voile et chantant, d'une voix sans apprêt, les litanies de très la sainte Vierge ou les hymnes du saint Sacrement. Le chœur resplendissant de lumières lutte d'éclat avec le soleil, dont les hautes verrières réfractent les ravons sur les murs
1. Comme on peut le voir dans l'église du Béguinage de Tirlemont, actaellcment en la possession des Dominicains.