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IKTÉRIEUR DE l'ÉGLISE DU NOUVEAU BÉGUINAGE
peints de couleurs atténuées et sur les voiles éblouissants de blancheur. La fumée de Fencens emporte vers les voûtes, dans ses spirales embaumées, les prières d'un accent si naïf et si doux ; c'est bien la maison de recueillement et d'oraison, telle que la comprenait le moyen âge, — un vestibule du ciel, où les anges coudoient les âmes fidèles, unis à elles dans l'adoration, la louange et la supplication, au pied de l'autel dominé, dans un nimbe d'or et de pierreries, par l'Agneau vivant et immolé. La paix enveloppe tout l'ensemble d'une atmosphère surnaturelle, — celle que Memling et Van Eyck mettent, dans leurs triptyques, autour des bienheureux agenouillés sur les degrés du trône de Dieu. Quand on a vu ce spectacle, ne fût-ce qu'une fois, il reste dans le regard et la pensée, aussi vivant qu'à la première heure : l'architecte qui a su faire un tel cadre à ce tableau est vraiment de la race des grands penseurs. Laissez le temps éteindre un peu ces ors, embrumer légèrement ces vitraux, fondre ces couleurs dans une tonalité plus égale, et vous n'aurez rien à envier des merveilles qui faisaient dire à nos aïeux : w Verrons-nous plus belles choses en paradis ? »
Autour de cette église, u le terrain de huit hectares ( mis à la disposition de l'architecte Verhaegen ) a été peuplé par lui d'une foule de constructions modelées sur celles du bon vieux temps, et disposées dans un désordre savant. Pas d'alignement, pas de plan voulu, du moins en apparence, pas deux maisons qui paraissent se rattacher l'une à l'autre. Des rues suffisamment larges... bordées de murailles, dans lesquelles s'ouvrent des portes à judas, bardées de fer, avec des croix partout. Les maisons et les couvents sont jetés, derrière ces murailles, de face, de profil, en avant, en arrière, semblant une œuvre d'incertitude et de fantaisie. Des pignons crénelés ou à degrés,
des tourelles, des clochetons, des fenêtres étroites à petits carreaux verdâtres, des cheminées ouvragées, des toits surplombant les façades où l'ogive fleurit..., tout, jusqu'à la couleur des briques et des ciments, adroitement variée, — tout est disposé pour rejeter brusquement de plusieurs siècles en arrière... On est étonné de voir aller et venir là dedans des gens en costumes modernes... Vous êtes violemment plongé dans le moyen âge ; vous vous trouvez dans un tableau de Leys ; il vous semble que vous allez y devenir un personnage. Ce Béguinage de Saint-Amand est une chose réussie... et de caractère empoignant ^. »
Cette appréciation, bien que dictée par des sentiments peu sympathiques, est cependant exacte et peut s'achever par ces quelques mots de M. le baron de Haule ville : w Je ne crains pas de le dire, cette construction est une petite merveille de science et de goût, de travail et d'art... Le nouveau Béguinage est incontestablement plus beau que l'ancien, et cette perfection relative va mettre le sceau à la jeune réputation de Vécole de Gand : je demande la permission d'appeler ainsi le groupe d'artistes, d'où est sorti M. Arthur Verhaegen et qui travaille, avec une si noble ardeur, à la restauration de l'art monumental national 2. »
Ce qu'il y a peut-être de plus curieux dans la cité d'Armandsberg, c'est l'entrée principale, qui s'ouvre au fond d'une sorte de couloir, par une haute arcade surmontée d'un corps de logis, comme les portes des villes fortifiées du moyen âge. A gauche, une tourelle octogonale s'appuie au bâtiment dont elle masque, en partie, le grand toit de tuiles rouges, et fait saillie sur la voie
1. Cité par la Revue générale, ap. Jules Lainmens (Le Béguinage de Sainte- ÉUsahth, p. 94).