Annal, Gallo-Flandr.y loc. cit
2. V. l'acte de cession dans le Belgium Dominicanuniy p. 27-28.
3. Une inscription du cloître disait : « Anno 1228, hic conveutus Fratrum prœdi-
Le terrain n'avait pas une grande étendue, resserré qu'il était entre la Lys et TEscaut, les rues qui menaient à Saint- Michel et réglise elle-même, bien différente du magnifique vaisseau qu'on admire aujourd'hui. II n'y avait ni courtil, ni jardin, dans l'étroite enceinte, et le couvent prenait ainsi forcément l'apparence d'une sorte de citadelle à l'aspect austère et presque refrogné, qu'elle devait toujours conserver.
La superficie de l'enclos ne devait guère changer dans le cours des siècles ; mais les constructions ne tardèrent pas à se transformer. En 1240, furent posés les fondements d^une nouvelle église dédiée sous le vocable de l'Annonciation*. Ce fut seulement en 1473 — deux cent trente ans plus tard — que l'œuvre de Jeanne de Flandre fut achevée par Marguerite d'York, sœur d'Edouard IV d'Angleterre et femme de Charles le Téméraire. Une inscription flamande conserva jusqu'au siècle dernier le souvenir de cette princesse, qui avait réclamé, pour prix de ses largesses, un souvenir dans les prières des amis du couvent, lorsqu'ils viendraient assister à l'once ou entendre les prédications 2.
Si pauvre et si incommode que fût leur oratoire, il ne tarda pas à se faire un grand concours de peuple autour de la chaire où montaient assidûment les nouveaux arrivés. Leur parole eut vite conquis la faveur générale : les âmes pieuses surtout recouraient à leur ministère avec le même empressement, dont
catorum iu Gandavo fundaium est per illustnssimam D. Fordinanduin Portugalensium, Flandriae et Hannoniœ comitem, et Dominam Joannam comitissam, ejus conthoralem, et per diligentiam Domini Walteri, episcopi Tornacensis. »
1. Souvent répété au cours de l'histoire dominicaine, jusqu'à la fondation du fameux cou\ent des Jacobins de Paris, rue Saint-Honoré.
2. « Obsecramus omnes qui hune conventum diiigunt, et qui divinura officiumaut praedicationem audient, ut nobiscum ex corde Deum orent ad salutem et intenlionem hujus praenobilis et de\ot8e Dominée. » — De Jonghe, Belg. Domlnlc.y p. 29.
se scandalisaient si fort leurs rivaux de Paris et d'ailleurs *.
11 faut toutefois le reconnaître, à part de rares exceptions de peu d'importance et de durée, les Frères prêcheurs ne trouvèrent que de la sympathie chez leurs voisins des couvents et des paroisses. Les chanoines de Saint-Bavon et les bénédictins de Saint-Pierre imitaient les chapitres de Notre-Dame et de Sainte- Geneviève dans leur bienveillance à l'endroit des frères. L'évêque, un saint homme, dont Thomas de Catimpré nous a conservé la louange 2, s'était fait ouvertement leur protecteur, et le clergé ne pouvait que suivre son exemple. Peut-être faut-il aussi le dire, la comtesse Jeanne avait, aussi bien que son époux, choisi pour directeur de sa conscience, le prieur du nouveau couvent, et ce choix ne devait pas être pour rien dans la faveur qui entourait les fils de Saint-Dominique. Les vrais motifs de cette bienveillance générale étaient pourtant, à Gand comme à Lille, la dignité de la vie, la gravité du maintien, l'austérité de la parole et la sûreté de la doctrine. Plusieurs de ceux qui contribuaient ù la fondation du couvent de l'Annonciation laissèrent dans l'esprit des contemporains un souvenir plein de charme. Leurs noms sont tombés dans l'oubli où les premiers Prêcheurs, « plus soucieux d'être des saints que d'en écrire la chronique », ont enseveli tant de vertus et de services ; mais si l'on tient à s'en faire une idée, il sufQt de recourir à la naïve Vie des Frères écrite par Gérard de Frachet, un témoin oculaire, aux notices de Thomas de Catimpré et à celles que nous a conservées Choque t, dans ses Actes des sai/its dominicains de Belgique. D'après les documents exploités par cet écrivain, le treizième siècle put admirer, au couvent de Gand, plusieurs
1. Cf. Guillaume de Saint-Amour^ Kutebouf, Loriis^ ViUou, etc. i. De A}tlbu6, I, 15,
hommes illustres par leur doclrine et leur sainteté : le vénérable Odon, qui vit jeter les fondements de la nouvelle église, en 1240 ^; — le vénérable Gilles de Saint-Omer, dont Thomas de Catimpré nous a gardé le souvenir ^ ; — le vénérable Baudouin de Axel, mort en 1273, que la sainte Vierge retint dans l'Ordre ;
— maître Gilbert de Ovis, docteur de l'Université de Paris, mort en 1283 ; — et surtout le vénérable Jean Lammens ou Agni, près duquel Marguerite d'York désira vainement avoir sa sépulture, dans le cimetière où il avait été enterré, en 1296 ^.
Le nom de ce dernier — le premier confesseur des Béguines
— nous met tout naturellement en mémoire l'œuvre qui devait glorifier à tout jamais Ferrand de Portugal et Jeanne de Constantinople, continuée par Guy de Dampierre et Marguerite de Flandre : je veux dire la fondation du Grand Béguinage de Gand.
Les plus empressées aux offices et aux prédications du petit couvent de Wittocx Hospitael étaient de pieuses filles de la noblesse et du peuple, agrégées sans doute à l'une de ces confréries de la sainte Vierge, que les souverains pontifes et leurs légats enrichissaient volontiers de privilèges et d'indulgences,
— que favorisaient les Prêcheurs, — et qui furent probablement le noyau des premières fraternités du tiers ordre dominicain^.
Beaucoup d'entre elles, bien que nobles, étaient pauvres, exposées dès lors aux périls de la jeunesse et de l'isolement : avoir pitié d'elleset les préserver de la double misère, dont elles
1. Thom. Caut. : De Apibusy lib. II. — De Jo^^he, Belg. Dominic.j p. 04.