‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 10 sur 92 · THÉORÈME CINQUIÈME · texte numérisé non relu

THÉORÈME CINQUIÈME

H est essentiel, pour la foi chrétienne, de ne pas voir

intuitivement, c'est-à-dire en lui-même et dans sa

propre forme, l'objet dont on a la foi*

C'est ce que nous prouvons en général par la définition que l'apôtre saint Paul a donnée de la foi, et qui doit être adoptée, par tous les chrétiens : « La foi, dit-il aux Hébreux (c. XI, v. 1), » est le fondement des choses que l'on doit espérer, et une » pleine conviction des choses quon ne voit pas. » L'Apôtre ne

sépare pas ici les choses qu'on doit espérer de celles qu'on ne voit point, comme si les premières étaient susceplibles d'être vues à la différence des secondes; car alors il contredirait ce qu'il dit ailleurs, dans son épitre aux Romains : « L'espérance » qui se voit n'est plus espérance; car qui est-ce qui espère ce )> qu'il voit déjà? » (VI! I, 24). La foi et l'espérance sont donc, dans les principes de l'Apôtre, également incompatibles avec la vue de l'objet que l'on croit ou que l'on espère; et c'est ce qu'il établit d'une manière encore plus tranchée, s'il est possible, dans la première épître aux Corinthiens, où il dit, c. XIII, v. dernier, que « la foi, l'espérance et la charité demeurent à » présent (dans l'Eglise), mais que (v. 10), lorsque nous serons » dans l'état parfait du ciel, tout ce qui est imparfait sera » aboli. )> Et ce qui est imparfait et qui doit être aboli un jour, ce sont à ses yeux la foi et l'espérance (ibidem, v. 9).

Nous prouvons en outre, et plus en détail, notre proposition par l'enseignement unanime des Pères et des docteurs. Pour faire mieux sentir la valeur des textes que nous allons bientôt citer, commençons par une observation qui nous paraît essentielle.

Il y en a qui, abusant de certains passages de la Somme ihêologique de saint Thomas, ne veulent voir dans la vérité de l'existence de Dieu qu'une donnée de la raison, indispensable pour pouvoir ensuite former des actes de foi , au lieu d'y voir avec le docteur angé'ique lui-même (1) le premier de tous les articles qu'il faut croire de foi divine. Ils considèrent en conséquence l'évidence métaphysique de l'existence de Dieu et de sa souveraine véracité comme le motif qui les détermine, même en matière de foi, à admettre avant le reste ces vérités premières. Un tel système renfermant à lui seul le rationalisme tout entier, nous allons le combattre par la proposition subsidiaire suivante.

(1) o Prima autera subjectio hominis ad Deum est per fidem , secun- » dùm illud Hebr. 11, Accedentem ad Deum oportet credere quia est; et » ideô fides prsesunponilur ad legis praeccpla. Et propter hoc, Exod. 20, » id quod est fidei praemiltitur ante legis praecepta, eùm dicilur : Ego >> sum Dominus Deus tuus, qui eduxi te de terra yEgypli. Similiter » Peuter. 6, prœmittilur, Audi Israël, Dominus tuus Deus unus est : et » posteà slalim incipit agere de praeceptis. Sed quia in fide multa conti- » nentur ordinata ad fidem quâ credimus Deum esse, quod est primum » et principale inter omnia credibilia, ut dicluin est : ideô praesuppositft » fide de Deo, per quam mens humana Deo subjicialur, possunt dari » praecepta de aliis credendis. » % % q. 16, art. 1, c.

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